Dimanche , 21 juillet 2019

Actualité

M. Mohamed Ghannouchi annonce sa démission du Gouvernement provisoire

 

M. Mohamed Ghannouchi a annoncé, dimanche, sa démission du poste de Premier ministre au sein du Gouvernement provisoire, appelant lesTunisiens à protéger la révolution populaire contre tous ceux qui cherchent à la faire échouer, et à faire face aux actes de violence et de pillage commis par ses ennemis. 

 

 

M. Mohamed Ghannouchi a affirmé qu'il a pris sa décision après mure et profonde réflexion et après de longues concertations avec les membres du Gouvernement, avec ses amis et avec sa famille.

 

 

Il a fait observer qu'il quitte le Gouvernement tout en ayant la conscience tranquille et que sa démission ne signifie nullement qu'il s'est délié de la responsabilité qu'il a assumée depuis le 14 janvier dernier, mais qu'elle procède plutôt de sa conviction qu'elle servira la Tunisie et qu'elle permettra de rétablir la sécurité en Tunisie.

 

 

Il a souligné qu'il refuse catégoriquement de prendre des décisions pouvant éventuellement occasionner des pertes en vies humaines et l'effusion de sang.

 

 

M. Ghannouchi a adressé des reproches aux médias tunisiens qui, de son point de vue, n'ont pas rapporté comme il se doit et avec le professionnalisme requis, les discours du Gouvernement, en ce sens qu'ils ont focalisé l'intérêt sur les mouvements protestataires qui revendiquent la démission du Gouvernement et du Premier ministre, et rapporté les échos des grèves socio-professionnelles.

 

 

Il a indiqué que les médias tunisiens n'ont fait aucune allusion aux acquis majeurs accomplis, en dépit de la courte durée de l'activité du Gouvernement et de la forte pression exercée sur son action, en l'occurrence, l'amnistie générale, le retour des expatriés, l'ouverture politique et les mesures décidées en vue de restituer les biens volés et la saisie des biens et avoirs du président déchu, de sa famille et de leurs proches.Il a insisté sur la nécessité de redoubler d'effort et de persévérance en vue de garantir un climat idoine pour les échéances politiques et électorales à venir et se préparer au mieux afin qu'elles se déroulent dans les meilleures conditions.

 

 

Concernant les évènements survenus en Tunisie le vendredi 14 janvier 2011, M. Ghannouchi a relevé qu'il a été informé des grandes manifestations de protestation qui ont eu lieu au niveau de l'avenue Habib Bourguiba, ainsi que de la proclamation de l'état d'urgence, de la dissolution du Gouvernement et de la décision l'habilitant à former un nouveau Gouvernement alors qu'il était dans son bureau.Il a rappelé, également, qu'il est resté dans son bureau jusqu'à 18H00 alors qu'il était en train de ramasser ses documents personnels pour quitter son bureau sans retour, au vu des circonstances et des dépassements que connaît la Tunisie qui l'ont empêchés de poursuivre son travail.

 

 

"Avant de quitter mon bureau, a-t-il indiqué, j'ai reçu une communication téléphonique du service de sécurité présidentielle me demandant, avec insistance, d'assumer la responsabilité historique, communication à laquelle je n'ai pas accordée d'importance". "J'ai ensuite reçu une deuxième communication téléphonique, m'alertant que dans le cas où je venais à décliner cette demande, un bain de sang aurait lieu car le président de la République a quitté la Tunisie et que des évènements d'une gravité extrême se déroulent en Tunisie.

 

 

Il a ajouté que "sans avoir informé ma famille et après avoir eu la confirmation du départ subite du président de la république, départ qui consistait en une véritable fuite et afin d'épargner les vies des Tunisiens et des Tunisiennes, j'ai décidé de rejoindre le palais de Carthage."Le Premier ministre démissionnaire a indiqué avoir contacter par téléphone le ministre de la Défense nationale avant son arrivée au palais de Carthage afin de l'informer des évènements survenus, précisant que "ce coup de téléphone l'a sauvé et a même sauvé la Tunisie d'un bain de sang".

 

 

Il a affirmé avoir trouvé au palais de Carthage MM. Foued Mebazaa et Abdallah Kallel qui lui avaient demandé d'assumer la responsabilité, compte tenu de la vacance provisoire au poste du président de la République, qui empêche de respecter les procédures ordinaires dans semblables circonstances.C'est ainsi, a-t-il précisé que s'est fait le recours à l'article 56 de la Constitution, le vendredi, puis le passage à l'article 57 de la constitution le samedi, après avoir adopté les procédures constitutionnelles requises en vertu desquelles M. Foued Mebazaa a assumé le poste de président de la République par intérim.

 

 

Il a fait remarquer que depuis cette date, il a assumé sa pleine et entière responsabilité et que la priorité absolue était de rétablir la sécurité et de mettre fin à tout ce qui est de nature à provoquer des pertes en vies humaines parmi les citoyens et à éviter de prendre des décisions à leur encontre "même aux dépens de nos vies".M. Ghannouchi a affirmé que suite aux opérations terroristes perpétrées, samedi, dimanche et lundi, et aux informations attestant l'existence de snipers dans certains quartiers et la réalisation d'opérations d'incendies, le Gouvernement provisoire a été formé en concertation avec toutes les parties y compris l'Union Générale Tunisienne du Travail, Gouvernement qui a suscité des critiques et provoqué un sit-in à la Kasbah.

 

 

Il a rappelé que le Gouvernement a répondu favorablement à cette revendication populaire, relevant que la composition du nouveau gouvernement a bénéficié du consensus de toutes les parties politiques et les composantes de la société civile.M. Ghannouchi a ajouté que le pays a rencontré, au début de l'action de ce nouveau Gouvernement provisoire, des difficultés, qui ont consisté tout d'abord en une dérive sécuritaire, rapidement surmontée, pour virer ensuite vers la dérive sociale, à travers les revendications incessantes de toutes les parties, "comme si la révolution de la dignité, révolution des chômeurs et des catégories démunies, est devenue la révolution des majorations salariales et de l'amélioration des conditions des parties avantagées", qui disposent de sources de revenus permanentes contre l'existence de 500 mille chômeurs, dont 150 mille diplômés du supérieur, ceci outre les régions de l'intérieur qui n'ont pas connu de développement adapté à leurs potentialités humaines et naturelles.

 

 

M. Mohamed Ghannouchi, a poursuivi en déclarant: "ceci a été le premier test pour le Gouvernement et nous avons veillé à traiter cette question en toute sagesse et en adoptant la politique de dialogue avec l'organisation syndicale qui nous a aidé, à maintes occasions, à calmer les ardeurs, à pousser les travailleurs à se remettre au travail et à nous permettre de se consacrer à la priorité absolue qui consiste en la préparation de l'organisation des élections, ce qui exige l'adoption de réformes politiques, notamment, au niveau du code électoral et de l'instauration d'un climat de sérénité et de sécurité, outre, le fait de donner de l'espoir à toutes les personnes démunies qui vivent sous le seuil de la pauvreté et qui représentent environ 200 mille familles, dont 125 mille ont déjà bénéficié jusqu'à la fin de 2010 des interventions de l'Etat.'

 

 

M. Ghannouchi a, également, déclaré 'j'ai toujours affirmé que nous ne disposons pas d'une baguette magique pour changer les accumulations des 23 années écoulées en seulement quelques semaines. Nous n'avons pas de ressources naturelles ni de soutien extérieur pour changer la situation."

 

 

Toutefois, nous avons examiné avec beaucoup de réalisme les différents dossiers afin que les services publics ne soient pas paralysés et ce, en dépit des difficultés et des manoeuvres de certaines parties qui tentaient et oeuvraient à entraver le bon déroulement de ces services pour installer l'insécurité et le doute quant aux perspectives ouvertes grâce à la révolution pour l'ensemble des tunisiennes et des tunisiens.

 

 

Ces manoeuvres, a-t-il indiqué, ont touché plusieurs volets dont notamment le domaine économique, dès lors que la perte de dizaines de milliers de postes d'emploi et la concrétisation des projets annoncés ne feraient qu'avorter la révolution.Il a, d'autre part, indiqué que : "la Tunisie est devenue un pays libre et l'information est aujourd'hui libre', et que le tunisien n'a pas peur de s'exprimer, ajoutant en substance: 'Néanmoins, la démocratie n'est pas encore réalisée, dès lors qu'elle exige une série de mesures, de procédures, de règles et de devoirs qui doivent être consacrés'. Il a précisé qu'un tel objectif ne peut être atteint qu'après l'organisation des élections et la remise du flambeau au nouveau Gouvernement qui sera constitué à l'issue de ces élections.

 

 

Il a affirmé que la période du Gouvernement provisoire a été longue, en ce sens que chaque heure a été marquée par de nouveaux évènements, et courte, dès lors que le Gouvernement provisoire a engagé ses travaux depuis seulement 50 jours et qu'il exerce ses activités dans un climat d'instabilité, au vu des milliers de personnes qui affluaient sur les ministères et des revendications immédiates et excessives d'accès à l'emploi et d'amélioration des conditions "comme si des forces invisibles cherchaient à avorter cette expérience remarquable et cette révolution calme déclenchée par les jeunes grâce aux technologies de communication, et qui a fait plus de 200 martyrs et victimes dans différentes contrées du pays".

 

 

En dépit de l'instabilité, des difficultés et du désordre dans nombre de domaines, le Gouvernement est parvenu en un laps de temps relativement court à concrétiser plusieurs revendications de la collectivité nationale, à l'instar de la libération de tous les prisonniers politiques, du retour de tous les exilés, de l'institution de l'amnistie générale et du recouvrement des droits politiques et civils, dans le souci d'ouvrir une nouvelle page dans le cadre de la réconciliation nationale.Il a rappelé que les obstacles et les restrictions ont été levés pour permettre à quiconque de constituer un parti politique, précisant que 40 demandes ont obtenu les récépissés préliminaires.

 

 

Aussi, la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme, qui a depuis toujours, connu des obstacles, a-t-elle recouvré ses droits et qu'elle oeuvre en toute liberté dans le cadre d'un nouveau climat de liberté.Pour ce qui est des affaires de corruption, de malversation et d'enrichissement illégal, M. Ghannouchi a affirmé que des administrateurs judiciaires ou des séquestres judiciaires ont été nommés à la tête de toutes les entreprises appartenant aux proches du président déchu afin que le personnel de ces établissements ne perd pas ses sources de revenu.Il a été également procédé au gel de leurs comptes bancaires en Tunisie ainsi que de leurs biens à l'étranger, en émettant des demandes officielles auprès des pays concernés à ce sujet, outre l'adoption d'un décret-loi portant saisie des biens et avoirs appartenant à la famille du président déchu et à ses proches, soulignant que la justice se prononcera sur ces différents dépassements.Il a fait observer que des commissions rogatoires ont été émises au sujet de plusieurs personnes qui ont fui le pays et qu'il a été procédé à la confirmation des accusations qui leur ont été adressées, dont notamment, l'homicide volontaire, l'incitation au meurtre et autres tel que la haute trahison.M. Ghannouchi a déclaré: 'malheureusement et malgré tous ces efforts, les mesures prises par le Gouvernement n'ont pas été véhiculées comme il se doit par certains médias', s'interrogeant sur les raisons de la focalisation sur la déchéance du gouvernement, comme si c'était le principal objectif de la révolution, indiquant "pourquoi cette focalisation sur le premier ministre ?

 

 

Son départ est-il synonyme d'un règlement de ces problématiques? Pourquoi précisément en cette période ?S'agissant du sit-in de la Kasbah, le vendredi dernier, et des manifestations connues par l'avenue Habib Bourguiba àTunis, M. Ghannouchi a indiqué que des personnes à bord de voitures, non concernées par le sit-in de la Kasbah, se sont infiltrées parmi les manifestants ayant accompli des opérations de pillage, d'incendie, de terrorisme et de violence. Il a ajouté qu'une personne a été arrêtée à Kasserine avec en sa possession plus de 90 mille dinars, somme qu'il allait distribuer à tous les fauteurs de troubles.

 

 

Il s'est interrogé dans ce contexte: "Qui est derrière l'opération de l'avenue Habib Bourguiba et tout ce cycle de violence ?".En ce qui concerne la commission de réforme politique qui préparera les projets de loi, dont en particulier, le code électoral, M. Ghannouchi a affirmé que cette commission qui fait désormais l'unanimité s'est transformée en un comité supérieur de protection de la révolution, de réforme politique et de transition démocratique, et que le président de la république par intérim procédera lundi 28 février à la signature d'un décret-loi relatif à ce comité, afin de le doter du cadre juridique nécessaire pour lui permettre d'accomplir sa mission avec toute l'efficacité requise.Il a ajouté que le président de la république par intérim annoncera, à partir du début de la semaine prochaine, la feuille de route concernant les prochaines élections.

 

 

M. Ghannouchi a conclu sa conférence de presse en adressant ses remerciements à tous ceux qui ont soutenu le gouvernement durant la période post-révolutionnaire, et en déclarant: "Que Dieu préserve la Tunisie de tout malheur". 

Tunisie : Conseil National pour la Sauvegarde de la Révolution

 

Ce vendredi 11/02/2011 a eu lieu, au siège du Conseil National des Avocats au Palais de Justice de Bab Bnet à Tunis, une réunion qui a rassemblé les représentants des conseils, partis, associations et organisations soussignés.

 

 

Les présents ont étudié les propositions concernant la fondation d’un Conseil National pour la Sauvegarde de la Révolution en signe de fidélité au sang des martyrs, en concrétisation des aspirations de notre peuple, en consécration des principes de sa révolution, en réaction aux dangers de sa récupération et de son avortement et pour éviter le vide au pays.

 

 

Les participants se sont mis d’accord, malgré des divergences de position quant au gouvernement actuel, sur l’importance de la fondation de ce Conseil auquel on a donné le nom de « Conseil National pour la Sauvegarde de la Révolution » en accord avec les principes suivants :

 

 

1 - Que ce conseil ait un pouvoir exécutif décisionnel et ce en veillant à la préparation des législations relatives à la période de transition et à leurs approbations (annulation des lois contraires aux libertés, etc ...)

 

 

2 – La surveillance des actions du gouvernement provisoire qui se charge des affaires courantes et la soumission à l’approbation du conseil de la nomination des responsables aux hautes fonctions (gouvernementales, NDLR).

 

 

3 – Revoir les commissions qui ont été formées en ce qui concerne leur validité et leur composition de sorte à ce qu’elles soient le résultat d’un consensus et à condition qu’elles soumettent automatiquement tous les projets qu’elles proposent à l’approbation du Conseil.

 

 

4 – Prendre les initiatives que nécessite la situation transitoire dans tous les domaines et en premier lieu, la Justice et l’Information.

 

 

5 – Le Conseil se compose des représentants des partis politiques, associations, organisations et conseils soussignés et des représentants de toutes les régions à condition que cela se fasse par consensus.

 

 

6 – Le lancement du Conseil est approuvé par un décret émis par le Président provisoire.

 

 

Conseil National des Avocats

L’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT)

Forum démocratique pour le travail et les libertés

Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie

Le Courant Baa’siste

Ennahdha

Le Mouvement du Peuple

Le Mouvement des Nationalistes Démocrates

Le Mouvement Baa’s

Association Mondiale pour le Soutien aux Prisonniers Politiques

Ligue de la Gauche Travailliste

Le Congrès pour la République

Le Mouvement Unioniste Progressiste

Le Parti du Travail Patriotique et Démocratique

Association des Magistrats Tunisiens

Union des Diplômés Chômeurs

Liberté et Equité

Tunisie Verte

Syndicat National des Journalistes Tunisiens

L’Amicale Tunisienne des Anciens Combattants

Le Courant Réformateur pour le Développement

Union Générale des Étudiants Tunisiens

Le Parti Populaire pour la Liberté et le Progrès

Gauche Indépendante

Centre Tunisien pour l’Indépendance des Magistrats et des Avocats

Les Nationalistes Démocrates

Ligue des Écrivains Libres

L’Association Tunisienne de Lutte contre la Torture

Tunisie : la vérité sur la fuite de Ben Ali

Certains en ont fait un conte échevelé, voire un roman d’espionnage. Voici enfin, reconstitué, heure par heure, grâce à des témoins clés, le récit de ce 14 janvier qui vit le départ de Tunisie de Ben Ali et de ses proches.Ce 14 janvier, dans l’après-midi, le cours de l’Histoire s’accélère. Depuis le milieu de la matinée, le général Ali 

La Kasbah, réinvestie à nouveau par les manifestants

 

Ils étaient plusieurs centaines positionnés ce dimanche matin place de la Kasbah face à des militaires qui surveillaient bien la place du gouvernement, restée protégée depuis la fin en queue de poisson du dernier sit-in le vendredi 28 janvier 2011. Vers midi, ils sont rejoints par des milliers d’autres qui se sont rassemblés au centre ville et ont remonté à pied par Bab El Jazira et Bab El Jedid. Parmi les slogans, on peut lire « Pour un conseil de protection de la révolution », « dissolution du parlement et de la chambre des conseillers », « recomposition de la commission nationale d'investigation sur les affaires de corruption et de malversation », « reprise des procédures de dissolution du RCD », « suspension de la constitution », etc.

 

 

La manifestation est pacifique et s’intensifie toujours plus, finissant par forcer l’entrée à la place du gouvernement. Les militaires auront bien essayé de faire reculer la foule par des coups de feu à l’air, mais la colère et la détermination des manifestants étaient grandes.

 

 

Les informations sur l’état de la situation sont relayées minute par minute sur facebook. Le nombre de manifestants a faibli en soirée mais ils promettent de revenir. En outre, des participants au sit-in précédent seraient en route pour Tunis. Plusieurs télévisions étaient là pour couvrir les manifestations mais la plupart étaient anonymes. L’équipe de la télévision nationale a, néanmoins, été prise à parti et empêchée de travailler. 

 

Transition politique : La Chambre des députés vote «son écartement du pouvoir»

 

La séance plénière organisée hier par la Chambre des députés a voté une délégation quasi absolue  au Président de République par intérim, M. Foued Mebazaâ, en matière législative.

 


Au vu des débats inédits, houleux à la limite, vécus hier à la Chambre des députés en marge de l’examen de la délégation exceptionnelle du pouvoir législatif au président intérimaire de la République, ressortent des interrogations évidentes sur la capacité de certains députés, longtemps figurants, de changer de bord et de rater une occasion exceptionnelle de se taire maintenant que s’est ouverte une ère de liberté en Tunisie.
Le débat a été ouvert par le premier vice-président de la Chambre des députés, M. Sahbi Karoui, qui a « salué la révolution de tout un peuple contre le despotisme et la corruption » et « mis l’accent sur le besoin de dépasser les appartenances partisanes et d’être en phase avec les exigences du paysage politique en Tunisie » pour permettre « une transition telle que souhaitée par le peuple dans sa révolution ».

 


Le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, a expliqué cette demande étendue de délégation exceptionnelle des pouvoirs en matière législative par « un impératif d’accélération des procédures législatives pour mettre en route les réformes démocratiques permettant de transformer le visage de la République ».

 


« Opposition » 
en force ! 

 


S’il est vrai que 16 députés, seulement, se sont opposés à la délégation des pouvoirs votée hier par la Chambre des députés au profit du Président par intérim de la République. Il n’empêche que les débats étaient très chauds, à la limite de l’agressivité. Khadija Mbaziaâ (PVP) et Raoudha Essaïbi (PSL) se sont emportées suite aux propos de Hichem El Bassi (RCD) qui demande « la dissolution de la Chambre et la mise en route d’une assemblée constituante tout en mettant en place des mécanismes de contrôle du gouvernement de transition ».

 


Mme Mbaziaâ reproche à M. El Bassi «son silence et celui des députés RCDistes pendant des décennies» et l’accuse « d’opportunisme et du désir de s’approprier une révolution qui n’est pas sienne».
Mme Essaïbi conteste « le hold-up opéré contre le Parti Social Libéral (PSL) ». Elle affirme que « le PSL a longtemps milité pour la liberté d’expression » et que «le parlement n’est pas partie prenante de la mafia ayant sévi dans le pays».

 


D’autres députés PSL (Khalifa Trabelsi, Boujemaâ Yahiaoui, Mohsen Khaldi, etc.) ont insisté sur les mêmes propos allant même jusqu’à contester « la crédibilité du Premier ministre qui a évoqué sa peur à l’image de tous les Tunisiens ». Ils ont rejeté « ce processus de quasi-dissolution du parlement » et de « manipulation de la révolution».

 


En symphonie avec la colère de Khadija Mbaziaâ, sa collègue Faten Charkaoui a contesté « cette tendance totalitariste prônant l’exclusion » et demandé de trouver « une issue constitutionnelle à ce blocage ». Elle a appelé à « sauvegarder la révolution ».

 


Il est à rappeler que le PVP et le PSL ont soutenu « la candidature de Zine El Abidine Ben Ali à la dernière élection présidentielle» et ont «récolté» respectivement six et huit sièges à la Chambre des députés.
Les réactions à la Chambre des députés traduisent leur « profond malaise» d’être qualifiés par les médias, enfin libres, d’opposition de décor.

 


Large majorité

 


La teneur tendue des débats et la chaleur des applaudissements, même des députés RCDistes, laissaient les observateurs perplexes quant à l’issue du vote sur la délégation des pouvoirs. Le RCD conserverait-il sa discipline de vote maintenant qu’il est quasi dissout ?

 


L’hémicycle était certes plein et l’opposition regroupée ne disposait que de 51 voix. Les deux députés d’Attajdid, éternels opposants aux projets de loi sous Ben Ali, sont aujourd’hui pour le gouvernement de transition. Tout dépendait de la discipline du RCD.

 


A la fin du vote, point de surprise. Seize députés ont voté contre le projet. Ils appartiennent essentiellement au PSL, au PVP et quelques députés de l’UDU. Deux députés se sont abstenus. 
La Chambre des députés a ainsi voté son « écartement du pouvoir législatif » en délégant ses compétences au Président de la République par intérim dans dix-sept domaines, soit une délégation quasi générale.
L’actuelle Chambre des députés a-t-elle fait hier ses adieux?

Tunisie: suspension du RCD de Ben Ali, dissolution en vue

 

Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé dimanche soir la "suspension" des activités du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir sous le président Ben Ali, en prévision de sa dissolution, dans un communiqué lu à la télévision nationale.  

 

 

"Dans le souci de préserver l'intérêt suprême de la nation et d'éviter toute violation de la loi, le ministre de l'Intérieur a décidé de suspendre toutes les activités du RCD, d'interdire toutes réunions ou rassemblements organisés par ses membres et de fermer tous les locaux appartenant à ce parti ou gérés par lui", précise le communiqué.  

 

 

Le ministre Fahrat Rajhi a pris ces mesures "dans l'attente de présenter une demande officielle à la justice en vue de sa dissolution".