Vendredi , 26 février 2021
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Tunisie – Le mausolée de Saïda Manoubia incendié

 

Dans la nuit du lundi au mardi 16 octobre 2012, vers 3h du matin, le mausolée (la Zaouia) de Saïda Manoubia, qui se trouve à la Manouba, a été totalement ravagé par le feu.

 


Une patrouille a été immédiatement dépêchée sur les lieux où l’enquête préliminaire a permis d’établir, selon le témoignage de 4 femmes âgées résidants dans le sanctuaire, que cinq individus cagoulés l‘ont attaqué et incendié, précise un communiqué du ministère de l’Intérieur.

 

 

Ils sont entrés directement dans la chambre où se trouve le tombeau et ils ont versé dessus un liquide hautement inflammable avant d’y mettre le feu, ajoute la même source.Ces personnes ont aussi subtilisé, avant de s’enfuir, quelques biens : deux bagues et un portable appartenant aux femmes présentes, en plus d’un mouton et 2 chèvres appartenant à leur voisin, toujours selon le même document.

 


Le dossier a été confié à la police judicaire, avec l’appui de la police technique et scientifique.

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Attaque de l’ambassade américaine à Tunis : Quatre morts, zéro responsable

 


« Selon la loi “sous l’état d’urgence, le rôle des forces armées est secondaire et complémentaire à celui des forces de sécurité intérieure ».


 
Cette déclaration du ministère de la défense, en date du 25 septembre, indique l’ampleur de la crise sécuritaire dans laquelle se trouve la Tunisie et ce depuis l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis. Le fait même qu’un établissement pareil puisse être touché renvoie à un état fragile de la sécurité en Tunisie. Outre l’ambassade saccagée, l’assurance tunisienne Comar devra payer 500 000 € pour les dégâts causés à l’intérieur de l’école américaine, qui a été incendiée.
 
 


Les répercussions de cette attaque, dont les protagonistes se définissent comme islamistes, sur le citoyen tunisien, les investisseurs étrangers et les pays partenaires de la Tunisie vont être très négatives. Cependant, jusqu’à aujourd’hui, aucun rapport n’a été établi pour élucider ce qui s’est passé le 14 septembre.
 
 


Quatre manifestants ont été tués et on compte une centaine de blessés lors de l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis. Qui en est responsable ?
 
 


Le ministre de l’Intérieur avait annoncé à l’Assemblée Constituante (mercredi 19 septembre) qu’il allait envoyer lendemain de son interrogatoire, un rapport à la Présidence, chose qui n’a pas été faite jusqu’à maintenant selon le service de communication qu’on a contacté.
 
 


Le ministère de la Défense, deuxième responsable de la sécurité sous état d’urgence encore en vigueur , ne l’a pas fait non plus mais la procédure judiciaire a déjà été entamée.


 
Selon Mounir Abdenebi, le Procureur adjoint de la République du tribunal permanent militaire
« Il y aurait eu trois morts par balles et non deux seulement. Le quatrième par contre a été heurté par un véhicule »


 
Voulant savoir qui serait responsable de ces tirs, M.Abdenebi nous a répondu


 
« Je peux vous assurer, noir sur blanc, que les balles utilisées provenaient du ministère de l’Intérieur et que les soldats n’ont pas utilisé leurs armes. »
 
 


Après avoir interrogé le ministère de la Défense, on a contacté le ministère de l’Intérieur qui s’est montré opaque quant à cette question. M. Lotfi Hidouri, responsable au service presse nous a rétorqué qu’il n’a aucun détail à ce sujet. Voulant lui rappeler la promesse de M.Larayadh, il nous a répondu que :
 
 


« On n’a aucun détail. Il n’y a que les familles des manifestants morts qui peuvent demander ces informations et ce, s’ils présentent une plainte auprès la justice. »
 
 


Retour sur les faits

 


Le lendemain de l’attaque contre l’ambassade américaine par des centaines d’islamistes et quelques dizaines de casseurs, la Présidence de la République tunisienne a convoqué les ministres de l’Intérieur, de la Justice, de la Défense, de l’Assemblée Constituante, des Affaires Etrangères, ainsi que le chef du gouvernement Hamadi Jebali.

 


Dans le communiqué publié à la suite de cette rencontre, M.Marzouki a appelé à renforcer la sécurité des ambassades et établissements étrangers sur le sol tunisien, à soutenir les institutions sécuritaires, l’armée pour accomplir leurs devoirs envers les citoyens, à combattre tout ce qui touche à l’insécurité du pays, et ce dans le cadre de la coopération avec la société civile et les partis politiques loin de tout calcul politique.
 
 


 
Certes, le vendredi 14 septembre, l’état de désorganisation des forces de l’ordre en place était évident voire ahurissant. Le soir même, le ministre de l’Intérieur, invité sur la chaîne nationale, reconnait que ce qui c’est passé pendant cette journée- où quatre manifestants ont été tués-est une énième claque pour son ministère après les scandales du meurtre sous torture deM.Khamassi par des agents de la police et le viol d’une jeune femme par des policiers. Sur le plateau le philosophe Youssef Seddik lui demande de démissionner.
 
 


« Je n’ai pas l’habitude de fuir mes responsabilités. Je ne démissionne pas en temps de crise» répondit le ministre »
 
 


A cela, M.Seddik ironisera en disant que M.Larayadh vient de créer un nouveau concept : « Démissionner quand tout va pour le mieux ! »


 
Selon son ministère, quatre manifestants ont été tués, deux par armes à feu et deux lors “d’accidents routiers”. Selon M.Larayadh, on ne sait encore qui est-ce qui a tiré. Cela jettera des soupçons sur les Américains et l’armée. Deux jours plus tard, l’ambassadeur américain à Tunis Jacob Walles les dissipe en affirmant sur radio Mosaïque FM que la sécurité américaine n’a même pas tiré une seule balle.
 
 


Le mercredi 19 septembre, devant les députés de l’Assemblée Constituante, M.Larayedh demande à ce qu’on ne se focalise par sur cet incident en affirmant à plusieurs reprises que la situation sécuritaire en Tunisie s’est améliorée. Muni de ses fiches, il offre à l’auditoire un comparatif de nombre d’arrestations, de suicides, de cas d’immolation, de crimes… entre les premiers mois de la Révolution à ceux de 2012.
 
 


M. Ali Larayadh, pare-choc de Rached Ghannouchi ?
 
 


Face à une attaque prévue et attendue contre l’Ambassade américaine à Tunis, notamment après l’assassinat le 11 septembre de J. Christopher Stevens, ambassadeur américain en Libye et de ses trois employés à Benghazi, le ministère de l’Intérieur tunisien et l’armée nationale n’étaient pas assez préparés le vendredi 14 septembre pour protéger l’ambassade américaine à Tunis.
 
 


En effet, encore une fois, c’est le chef de la garde présidentielle Sami Sik Salem, l’homme providentiel du 14 janvier 2011, qui sauve la donne. Le 18 septembre, le porte-parole officiel de la présidence de la République Adnen Mansar, dévoile au journal «Time» que le Président Moncef Marzouki a envoyé des centaines d’agents de la garde présidentielle pour contrer les manifestants.


 
Selon le Maghreb Confidentiel n°1032 du 20 septembre et un cadre du Ministère de l’Intérieur qui veut garder l’anonymat :


 
« l’ambassadeur américain Jacob Walles avait exigé dès le 12 septembre (lendemain de l’attaque des représentants US au Caire et à Benghazi ) que la sécurité soit renforcée autour du compound. Sa demande avait été transmise par le Premier ministre Hamadi Jebali au ministre de l’Intérieur. Mais celui-ci ne s’est pas exécuté, essentiellement parce que Ghannouchi souhaitait que les manifestants puissent se rassembler face à l’ambassade. Résultat : les policiers postés devant l’entrée n’ont rien pu (ou voulu) entreprendre contre les manifestants qui attaquaient l’enceinte par derrière »
 
 


Ces propos dont personne ne peut affirmer sans preuve tangible, sont pourtant à prendre au sérieux, notamment quand on se souvient des déclarations enflammées de M.Ghannouchi, chef du parti au pouvoir Ennahdha, qui appelait dans les années 90 à brûler les ambassades américaines.


 
Mais où est Nourreddine Khadimi, ministre des Affaires religieuses ?
 
 


En Algérie, c’est surtout les imams qui ont appelé au calme dans les mosquées face aux provocations du film dit “anti-islam”. En Tunisie, c’est de la mosquée Al Fath (centre de Tunis) que cette crise a éclaté. Partis de cette mosquée jusqu’à l’ambassade américaine, soit dix kilomètres de marche, les islamistes ont pu atteindre leur but et baisser le drapeau américain pour hisser Al Okâab, le drapeau noir de l’Islam.
 
 


Néanmoins, Al Fath est connu pour être le lieu où prêchait l’actuel ministre des affaires religieuses Noureddine Khadimi- accompagné de ses fidèles-qui a soulevé une émeute contre le film Persépolis en octobre 2011. Contrairement à ses ferventes déclarations contre les artistesdans les médias, il s’est fait très discret ces derniers jours.
 
 


En attendant les rapports …
 
 


 
En attendant les rapports du ministère de la Défense et surtout celui de l’Intérieur, le sentiment d’insécurité devient croissant en Tunisie. Par ailleurs, le journal Al Fajr du parti au pouvoir Ennahdha montre Ali Larayah comme l’homme de la situation malgré les échecs retentissants de son ministère. “Et l’homme de l’Etat vainquit” mette-t-on à leur Une dans une manœuvre laudative dont personne n’est dupe face à la réalité de la situation. Les députés du même parti continuent à parler de la sacro-sainte légitimité pendant que ceux des autres blocs parlementaires ont appelé entre autres à la démission de M.Larayedh, à un rapport pour éclaircir la situation …


 
Faut-il attendre encore un autre rapport comme celui que ce même ministère avait promis lors des évènements du 9 avril ? Sur quelle justice faut-il compter alors que l’autre ministre d’Ennahdha, M.Nourreddine Bhiri avait mis la main basse sur le pouvoir judiciaire ?
 

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Attaque contre l’ambassade et l’école américaines à Tunis

Des salafistes attaquent l’ambassade américaine à Tunis pour protester contre la diffusion sur Internet d’un film américain jugé blasphématoire et offensant à le prophète Mahomet. Des milliers de personnes attaquent l’ambassade des États-Unis et l’école américaines, en banlieue de Tunis. Des actes de vandalisme et de pillages accompagnent ces attaques. Les …

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Procès aujourd’hui de Nessma TV au Tribunal de première instance de Tunis

 


“Le procès de la chaîne TV Nessma démarrera, ce matin, au tribunal de première instance de Tunis. Pour rappel, l'affaire remonte au mois d'octobre 2011 après la diffusion du film d'animation franco-iranien "Persépolis" (2007) de la réalisatrice iranienne Marjane Satrapi, doublé, en dialecte tunisien et suivi d'un débat d'une heure trente sur l'intégrisme religieux. La projection de ce film, jugé "blasphématoire à l'égard de l'islam" a donné lieu à plusieurs plaintes déposées par des avocats et des citoyens. Voici un round-up historique et chronologique de l'affaire dite "Persépolis":

 

 -7 octobre 2011: diffusion du film sur la chaîne TV Nessma

 

 -9 octobre 2011: un groupe d'"extrémistes" a tenté, d'attaquer les bureaux de la chaîne dans le quartier de Montplaisir et à l'avenue Mohamed V à Tunis en signe de protestation contre la diffusion du film. Plusieurs partis politiques ont condamné l'attaque alors que d'autres ont critiqué la décision de la chaîne "survenue en une phase pré-électorale sensible (les élections du 23 octobre 2011).

 

 - 10 octobre 2011: le bureau du procureur de la République de Tunis a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire sur la diffusion, par la chaîne Nessma, du film "Persépolis".

 

- 10 octobre 2011: Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a fait part, dans un communiqué, de son rejet total de toute forme d'agression contre les établissements de presse et des menaces contre les journalistes. Evoquant la tentative d'agression contre les locaux de la chaîne de télévision "Nessma TV", le SNJT souligne son soutien au droit de protester et de manifester pacifiquement, loin de toute forme de violence et d'extrémisme.

 

- 10 octobre 2011: Réactions et positions divergentes des partis concernant la diffusion du film. Certains ont condamné les agressions violentes commises par des groupes de salafistes contre le siège de la chaîne TV Nessma dénonçant ces pratiques qu'ils ont qualifiés de "dangereuses et étrangères" à la société tunisienne, et qui menacent les valeurs démocratiques, réaffirmant leur solidarité avec la chaîne Nessma TV, afin qu'elle demeure une tribune de l'information libre. D'autres partis ont dénoncé, dans leurs communiqués, ces agressions, critiquant, toutefois, la diffusion par la chaîne "Nessma TV" du film "contenant des scènes qui personnifient Dieu", mettant en garde, dans ce sens, contre "ces comportements agressifs" de la chaîne qui ne servent pas le droit à la différence entre les courants politiques et de pensée, mais menacent la paix sociale et le processus de transition démocratique.

 

 - 11 octobre 2011 : Accusé "d'atteinte aux valeurs sacrées", M. Nabil Karoui, directeur de la chaîne, avait été la cible d'"attaques intenses" et de "critiques virulentes", sur le réseau social "Facebook", et avait présenté ses excuses au peuple tunisien pour la diffusion de la séquence controversée du film "Persepolis", tenant à préciser qu'il n'avait aucune intention de nuire aux musulmans à travers la projection de ce film.  

 

 - 11 octobre 2011: Le service d'information de l'ambassade d'Iran à Tunis a fait part de son étonnement face à la diffusion du film d'animation franco-iranien, intitulé "Persepolis", considérant ce film comme "hérétique", dès lors que son contenu est attentatoire aux axiomes religieux, de même qu'il donne une fausse image de la société iranienne. Dans un communiqué rendu public, le service d'information affirme avoir contacté des parties officielles pour interdire la diffusion du film et adressé une demande écrite aux responsables de la chaîne privée "Nessma Tv" les invitant à reconsidérer la décision de diffusion de ce film d'animation et à prendre en considération les croyances des téléspectateurs.

 

- 12 octobre 2011: Nabil Karoui avait comparu une première fois devant le procureur adjoint de la République chargé de la presse et de l'information , au tribunal de première instance de Tunis, pour audition au sujet de l'enquête ouverte à la demande d'un certain nombre d'avocats et de citoyens.

 

 - 15 octobre 2011 : Les patrons de presse dénoncent les violences contre Nessma TV  et l'attaque du domicile du PDG de Nessma.

 

 - 15 octobre 2011: La chaîne privée "Nessma TV", a appelé les autorités compétentes à garantir la protection nécessaire à son personnel, journalistes, techniciens et agents, afin qu'ils puissent accomplir leur mission médiatique dans les meilleures conditions.

 

- 17 novembre 2011: Premier procès au tribunal de première instance de Tunis de Nabil Karoui et deux de ses employés, le responsable du service de visionnage au sein de cette chaîne et la représentante de l'Association 'image et parole' qui a assuré le doublage du film en dialecte tunisien.. "Ce jour marque la mort réelle de la liberté d'expression en Tunisie" déclare Nabil Karoui avant d'entrer à la salle d'audience ajoutant "Cette affaire est une affaire politique et je vois en ce jour, la mort réelle de la liberté d'expression en Tunisie".

 

 - 17 novembre 2011 : Le tribunal de première instance de Tunis a décidé de reporter le procès de Nabil Karoui, directeur général de la chaîne privée Nessma Tv et deux de ses employés, au 23 janvier 2012.

 

 - 23 janvier 2012: Les médias interdits de couverture du procès de Nessma TV au palais de la justice à Tunis.

 

-23 janvier 2012: Le procès de l'affaire Nessma TV est reporté au 19 avril 2012 suite à la demande de la partie civile en vue de leur permettre de mieux préparer la défense. L'affaire est soumise de nouveau au procureur de la république et réexaminée, à la lumière du nouveau code de la presse  (décret-loi du 2 novembre 2011 relatif à la liberté de presse,  d'édition et de publication).”


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Affaire El Abdellia : l’huissier Bouazizi bénéficie de la liberté provisoire

 

La chambre correctionnelle du tribunal de Carthage a décidé hier d’accorder la liberté provisoire à l’huissier de justice, Mohamed Ali Bouazizi, poursuivi par le conseil de l’ordre des huissiers pour violation du secret professionnel. Dans son audition par le juge, Mohamed Ali Bouazizi a déclaré que le jour des faits, il a constaté un amas de déchets devant le Palais d’El Abdellia à la Marsa. En sa qualité de responsable politique dans la région, sans préciser en quoi consiste cette responsabilité, il a demandé au gardien du Palais d’enlever ces déchets. Mais une fois sur les lieux, il a remarqué l’exposition des tableaux de peinture portant atteinte à la sacralité religieuse. Il en a pris des photos puis s’est adressé à des prieurs dans une mosquée à la Marsa où il leur a montré les photos. Ces derniers accompagnés de l’huissier de justice se sont dirigés vers le Palais d’El Abdellia, décidés à sommer les organisateurs d’enlever les tableaux incriminés. Son récit s’arrête à ce stade en concluant qu’il n’a fait qu’exprimer une opinion à travers l’appel à un rassemblement pacifique pour protester contre les atteintes à la divinité et au prophète.

 

 

Comparant devant le tribunal, il n’a pu expliquer en quoi consiste exactement sa responsabilité politique l’autorisant à intervenir pour la propreté de la ville. Sur Facebook, des internautes affirment que du temps de Ben Ali, il était au sein du RCD. Mais sur la chaîne Hannibal TV, il a indiqué qu’il était dans le Mouvement des Démocrates Sociaux (MDS). Or, qu’il s’agisse du parti au pourvoir ou d’un parti de décor, les Tunisiens savent pertinemment que les deux étaient au service de la dictature et que les adhérents à ces partis n’avaient d’engagement que pour Ben Ali et son régime totalitaire. Si la qualité de responsable politique dont il s’est prévalu s’attache à son appartenance au Parti dissout ou à son antichambre précitée, ceci en dit long sur les mobiles et les intentions qui sont derrière son initiative.

 

 

Cette initiative, justement, a entraîné dans plusieurs régions une vague de violence sans précédent depuis la révolution du 14 janvier, ayant nécessité une réaction énergique de la part des autorités qui ont procédé à l’arrestation de plusieurs salafistes parmi les auteurs de ces troubles, dont des délinquants et des repris de justice. Bon nombre d’entre eux ont été toutefois relâchés.

 

 

Quant à Mohamed Ali Bouazizi dont le geste a été à l’origine de tous les dérapages, le seul fait qui lui a été reproché est de ne pas avoir respecté le secret professionnel en divulguant l’objet du constat et de la sommation qui lui ont été requis. L’action a été déclenchée par le conseil de l’ordre devant le tribunal cantonal de Carthage qui dans son audience d’hier a relevé, outre le vice inhérent à la violation du secret professionnel, l’accomplissement d’un acte de procédure pendant un jour férié. En effet, selon le code de la procédure civile et commerciale, il est interdit à l’huissier de justice d’intervenir en dehors des jours ouvrables sauf s’il est de permanence.

 

 

Concédant à la demande de la défense, le tribunal a accordé au prévenu la liberté provisoire sous les conditions d’usage. Parmi ces conditions, il ne doit pas quitter la Tunisie et doit être en mesure de comparaître aux prochaines audiences et de se soumettre aux décisions du tribunal. Contrairement à ce qui a circulé sur certains médias, l’octroi de la liberté provisoire ne vaut pas un non-lieu.

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Tunisie : A qui profite l’expo d’El Abdellia ?

 

Ce dimanche, dimanche 10 juin au palais El Abdellia, à La Marsa , des salafistes ont tenté d’envahir la galerie où a lieu «Le Printemps des Arts» dont l’ouverture a pourtant été annoncée dès le 1 juin. Et pour cause. Les arts plastiques sont par essence anti-salafistes. Les miniatures persanes d’inspiration chiîte, comme le cubisme, l’impressionnisme tout comme l’hyper-réalisme sont catalogués blasphémateurs par la rigidité doctrinale du wahhabisme.

 

Alors que la Tunisie semble se perdre face aux assauts afghans, voici que des artistes tunisiens, des peintres, paraissent faire acte de résistance, et repousser les limites, que certains voudraient leurs imposer. Parce que la provocation reste l’une des principales vocations de l’Art, cet empêcheur de penser en rond. Mais le coup de pinceau fût-il rageur, ferait-il le poids face aux adeptes du Zmaqtel, et autres disciplines guerrières ? C’est ce que l’on va voir.

 

 

Remettre en cause l’ordre établi

 

Un monstre barbu aussi délicieusement que délictueusement coloré, semble exploser la toile en autant de bulles de bandes dessinées. Une femme, se servant d’un plat de couscous comme d’une feuille de vigne, entourée de sombres démons, s’adresse dans sa nudité, directement à notre imaginaire, à nos rites magico-religieux ancestraux. Une profondeur vertigineuse initiée par le contraste clair-obscur d’une image qui semble, à elle seule, transfigurer les rapports hommes-femmes, remettre en cause l’ordre que voudraient imposer les tenants de l’obscurantisme. Une installation symbolisant la lapidation, qui semble également chercher son inspiration dans les jardins Zen japonais, trônera au cœur d’une salle, comme un appel à l’aide étouffé. L’art peut aussi être engagé. Plus clair encore, dans sa simplicité lapidaire, un tableau décliné en quatre parties s’en prendra de manière aussi percutante qu’originale, à la fois à la troïka, et à l’opposition, jugée inexistante.

 

Sur les réseaux sociaux, certains sympathisants d’Ennahdha ont vite compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient tirer de cette affaire. Ils ont ainsi diffusé des photomontages, rajouté des tableaux qui n’étaient pas exposés lors de cet événement, pour le décrédibiliser et le livrer à la vindicte des Facebookeurs. Ainsi, on a vu circuler une «œuvre» mettant en scène de manière sommaire le Prophète chevauchant El Bouraq, en survolant la Kaâba. Alors que cette image n’a aucun rapport avec l’exposition. On a également pu apercevoir circulé un slip accroché à une plaque de plexiglas avec des pinces à linge. Là aussi, il s’agit d’une intox caractérisée. La lingerie, fusse-t-elle de luxe n’a en effet pas été exposée à El Abdellia.

 

«Sobhann Allah»

 

 

Or les apprentis salfistes n’avaient pas besoin de se donner autant de peine. En effet, un tableau accroché en bonne place,  retranscrivait en arabe les mots «Sobhann Allah», avec des lettres formées par des insectes. La dernière lettre faisant office de corde tendue pour pendre un personnage. Difficile d’accéder à un quelconque second degré. Autant dire que ce tableau a été voué aux gémonies sur les réseaux sociaux. Mais est-ce vraiment une surprise ? Pis : un artiste européen ou américain pourrait-il ainsi s’en prendre de manière aussi frontale à la Torah même dans des temples de l’art et de la culture contemporaine comme le Museum of Modern Art, le fameux MoMa de New-York ? Le Centre Pompidou de Paris, se permettrait-il d’exposer une œuvre détournant l’étoile de David ? Pourrions-nous imaginer des artistes allemands tourner en dérision la tragédie du Holocauste, ou des Français mettant en scène de manière caricaturale la Rafle du Vel d’Hiv ? Disposerions-nous réellement, dans la Tunisie de la Révolution, d’une marge de liberté plus large que celle des Américains, et autres Européens ? Ou faut-il se résoudre à assister à la rupture consommée entre les artistes tunisiens exposant dans les banlieues huppées, et leur propre société ?

 

L’inacceptable violence

 

 

Karim Ben Smail, directeur des éditions Cérès, écrit à cet égard : «L'enjeu peut sembler dérisoire, (…) certains trouveront même des justifications "ils ont exagéré, nous sommes un pays musulman". Mais ne nous y trompons pas, c'est l'avenir du pays qui se joue dans ces micro-affrontements: l'enjeu est majeur, c'est celui de la sécurité des individus. Si l'Etat tolère qu'un millier de voyous envahisse des locaux municipaux et touche aux propriétés privées alors nul n'est à l'abri de ces excités. Ni nous, ni nos biens, ni nos enfants. N'importe quel bandit de quartier ou ex voleur à la tire pourra se cacher derrière une barbe et imposer sa loi débile. Le rôle de l'état est d'y mettre un frein ferme et immédiat».

 

Il est clair que dans un Etat de droit digne de ce nom, la force publique est à l’usage exclusif des seules autorités légitimes. Les dépassements devenus courants sont inacceptables quels qu’en soient les auteurs. La police a pu, en fin d’après-midi, s’opposer aux salafistes, qui ont même dû finalement battre en retraite. Le «Printemps des Arts» a bien eu lieu. Mais l’Art tunisien peut-il pour autant crier victoire ? Aux dernières nouvelles, selon le portail Nawaat citant les propos de Jérôme Benoit, l’un des responsables au Palais Abdellia, «vers 1 heure du matin les salafistes ont pu finalement s’infiltrer au palais, ils ont tagué les murs et à l’intérieur ils ont lacéré une dizaine d’ouvres». Mais… A qui profite le «crime» ? Aux salafistes, qui ont montré une nouvelle fois de quoi ils sont capables ? Au camp «progressiste», qui a pris fait et cause pour les artistes ? Aux peintres eux-mêmes, qui ont (pour une fois) bénéficié d’une couverture médiatique inespérée ? Ou… à Ennahdha ? S’agirait-il de tourner un remake de Perspeolis, au moment même où des activistes de la société civile tentent de faire la lumière sur le procès des Martyrs de la Révolution ?

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Le 9 avril 2012: Journée noire pour le droit de manifester en Tunisie

 

Le lundi 9 avril 2012, de violents heurts entre manifestants et policiers ont eu lieu à l’av.H.Bourguiba, dans les ruelles qui lui sont adjacentes et à l’av.Mohamed V à Tunis. Cette journée devait être dédiée aux martyrs tués par le colon français il y a de cela 74 ans (soit le 9 avril 1938) et aux martyrs de la Révolution du 14 janvier 2011 assassinés par des coupables que la justice peine encore à démasquer, soit quinze mois après la chute de dictateur Ben Ali.

 

 

Lors de cette journée commémorative du 9 avril, la répression policière avait pour légitimité la décision du ministère de l’intérieur qui stipule la stricte interdiction de toute manifestation sur l’av. H. Bourguiba.

 

 

Affrontements entre manifestants et policiers

 

 

Suite aux appels de la société civile pour un rassemblement bravant l’interdiction du ministère de l’intérieur, ce dernier a pris ses précautions dès la veille. Tout au long de l’avenue, un dispositif sécuritaire a été renforcé : Mis à part les véhicules de l’armée toujours présents sur les lieux, trois fourgons de police étaient devant le bâtiment de l’ambassade de France, trois autres devant le théâtre municipal, cinq sur l’esplanade de l’avenue ainsi qu’un pick-up.

 

 

Ce lundi 9 avril 2012, de 10h du matin jusqu’à environ 17 heures, les heurts se sont déroulés d’une manière sporadique. La police se montrait parfois conciliante et calme et parfois devenait brusquement enragée contre les manifestants, les pourchassant à coup de matraque, de coups de pieds et en lançant des bombes de gaz lacrymogènes. On a été témoin de scènes absurdes, dont la plus brutale a été celle où un policier traverse la rue, courre directement envers un homme qui marchait devant l’hôtel l’International ; l’agent des forces de l’ordre lui donne un coup violent sur le cou avec sa matraque. L’homme tombe de son long et le policier rejoint de suite ses camarades.

 

 

Près du café l’univers, des hommes courent pour relever le blessé et le mettre sur une chaise, l’homme commence à dire la “chahada”, on essaye de lui faire boire de l’eau.

 

Sur place, on filme la scène mais des hommes s’interposent pour nous empêcher de le faire.

 

 

Un autre fait dangereux concerne la manière avec laquelle les policiers jettent les bombes de gaz lacrymogène. On a remarqué que certains d’entre eux l’ont respecté, en dirigeant le lanceur d’une façon oblique, vers le ciel. Par contre d’autres policiers ont visé tout droit et d’une manière horizontale les manifestants causant par là de graves blessures. Haifa, une jeune femme présente à la manifestation, raconte dans cette vidéo le non respect des procédures d’utilisation des bombes de gaz lacrymogène par la police.

 

 

Après ce terrorisme policier, la circulation reprend, bizarrement, comme si de rien n’était ; les passants se baladent de nouveau tranquillement pendant que les policiers discutent sur l’allée, adossés à leurs fourgons ou en position de barrage. Les manifestants se mettent devant eux avec leurs pancartes et leurs drapeaux sur le dos en lançant des slogans tels que : « Ministère de l’intérieur, ministère terroriste », « Ô Martyr repose-toi, on continue le combat » ou bien « Le peuple veut la chute du gouvernement »…

 

 

Vue la réaction impassible des agents des forces de l’ordre face à ces slogans, un étranger penserait que des instructions ont été données pour ne pas attaquer les manifestants mais un Tunisien habitué à ce genre de spectacle saurait pertinemment que la police va agir à nouveau d’une manière imprévisible. En effet, on pense que cela va s’arrêter mais quelques minutes plus tard une énième vague de personnes commence à courir. Les gens (manifestants et passants), effrayés, courent tous dans une seule direction pendant que d’autres choisissent de se dissocier de cette vague pour se diriger vers les ruelles adjacentes de l’avenue H. Bourguiba.

 

 

Les moments les plus durs auquels on a assisté étaient ceux où les policiers (minimum quatre), avec et sans uniforme, attrapent un manifestant(e) ou même un passant(e) et s’acharnent sur lui en le tabassant à coups de pieds et surtout de matraque.

 

 

Ensuite, le calme reprend de nouveau. Commence alors l’intimidation. Quelques policiers, après avoir chassé les manifestants, se pavanent en tenant leurs matraques et lanceurs de bombes de gaz lacrymogène.

 

 

Jets de pierres et de cocktails Molotov

 

 

Le 9 avril dernier, mise à part le degré élevé et inhabituel de la brutalité policière, n’a pas été différent des autres journées où les protestants étaient dans la rue. Le point commun en était la présence d’un groupe de jeunes garçons (entre 15 et 20 ans) qui commencent à chaque fois à jeter des pierres sur les policiers. Ils se déplacent en bandes et sont assez reconnaissables dans une manifestation.

 

 

Pendant cette journée, on était sur place et on n’a pas vu de jets de pierres à l’avenue mais plutôt dans les rues attenantes de l’Av. H.Bourguiba, au « Passage » et l’av. Mohamed V où quelques jeunes se munissaient des pierres trouvées par terre ou des chantiers sur les lieux pour les jeter sur les policiers. Ces derniers ripostent avec des bombes de gaz lacrymogène, s’avancent avec leurs fourgons. Les manifestants jetant des pierres s’enfuient. Entre dix et vingt policiers sortent du fourgon, certains parmi eux ne portant aucun signe qui prouve leur appartenance à la police “mise à part le gros bâton ou la matraque qu’ils tenaient à la main”.

 

 

A maintes reprises et dans d’autres articles, entre autres celui-ci datant du 16 juillet 2011, j’ai mentionné personnellement la présence d’un jeune (plutôt adolescent) qui jette un cocktail Molotov sur les policiers. Ces derniers ripostent à moins de quelques secondes par des bombes de gaz lacrymogènes ; tout le monde commence alors à courir et les agents des forces de l’ordre les pourchassent… La rapidité de la riposte de la part des agents des forces de l’ordre laisse place au doute quant à l’identité de ces jeunes perturbateurs.

 

 

Ce scénario est assez répétitif à dans quelques exceptions près où les manifestations se sont déroulées sans l’intervention de la police, notamment celles du 14 janvier et le 20 mars 2012.

 

Les policiers ont la phobie de la caméra et de la haine envers facebook

 

 

Suite à la répression très brutale de la manifestation du 6 mai 2011, le ministère de l’intérieur (Le ministre d’alors était H.Essid) a explicitement demandé à ce que les journalistes portent un brassard quand ils sont sur terrain pour que les agents des forces de l’ordre ne les attaquent pas et ne les confondent pas avec les trouble-fête. Cependant, il y a un fait, les policiers deviennent à chaque fois encore plus féroce quand on mentionne le fait qu’on soit journaliste sauf quand il s’agit d’un étranger. Dans une interview qu’on a faite avec Thierry Brésillon, travaillant pour la journal Rue89, il nous a confié :

 

 

Je peux vous dire que les journalistes étrangers ne sont pas plus tenus à l’écart que les tunisiens quand ça s’est mis à chauffer. La seule différence c’est quand tu parlais en français ils ne tapaient pas.

 

 

Sauf que cette fois-ci la police a attaqué aussi, avec le sourire, une journaliste étrangère. En effet, Julie Shneider, une journaliste française a été violemment tabassée. Dans son article « J’ai été frappée par les policiers tunisiens » publié sur lepoint.fr elle témoigne :

 

 

 

Tout va très vite. En quelques minutes, je me retrouve au sol. Je reçois des coups dans le dos, dans les fesses. Je porte mon sac à dos sur le devant. […] Finalement, au loin, j’entends mon appareil se faire fracasser sur le trottoir. Plusieurs fois. Des gens me hissent et me relèvent. Policiers ? Civils ? Je ne sais pas. Je suis poussée, tirée vers un fourgon de police. Un représentant du Pôle démocratique moderniste intervient et lance que je suis journaliste. Je le répète alors. Rien à faire. Je reçois encore des coups sur la tête. Certains sont donnés avec le plat de la main. D’autres, je ne sais pas. Des matraques peut-être. Aucune idée.

 

 

Il est important de mentionner qu’au-delà du fait d’être journaliste ou pas, les agents des forces de l’ordre deviennent encore plus agressifs à la vue d’une caméra et de celui qui la porte.

 

Le 9 avril, le scénario se dédoublait : Le premier c’était les moments calmes où on voit les policiers adossés à leurs fourgons ou faisant le guet et où les journalistes, photographes et tous ceux qui tenaient une caméra (professionnelle, amateur ou téléphone portable) osaient s’approcher pour filmer ou prendre une photo. Quant au deuxième scénario, surréaliste, on y voyait ces mêmes policiers se transformer subitement en chasseurs pourchassant tout le monde, notamment ceux qui avaient une caméra. Et, à chaque fois, la police usurpait les caméras soit pour les fracasser par terre soit pour les garder.

 

 

 

Cacher son appareil photo dans les moments où un policier vous fixe des yeux était une dure épreuve. La frustration de ne pas pouvoir prendre en flagrant délit ces transgressions policières augmentait à chaque pas. Dans l’une des ruelles attenantes à l’av.Mohamed V, on a assisté à une arrestation d’un jeune homme- qui marchait tranquillement-par un policier en civil qui l’a interpellé, l’a insulté, a commencé à lui taper sur la tête, à le bousculer pendant que lui répétait “Mais pourquoi vous me frappez ? Qu’est-ce que j’ai fait” ? Comme si la police avait le droit d’insulter et de frapper …

 

 

 

D’autres hommes se sont regroupés et ont molesté le jeune homme. De suite après un fourgon a traversé la rue et l’a embarqué. Etant accompagnée par des amis étrangers, on observait avec prudence cette scène. Comprenant le risque de brandir une caméra face aux policiers en civil, je l’ai gardée cachée sous ma veste en attendant le moment opportun de la sortir. A un certain moment, un policier est venu envers nous et a dirigé son lanceur de bombes de gaz lacrymogène dans notre direction en nous sommant de quitter les lieux…

 

 

 

 

Filmer à Tunis, en présence des policiers, en uniforme ou en civil, représente un risque, un danger, notamment pour les journalistes professionnels ou citoyens qui n’ont pas de gros moyens pour acheter, à chaque fois une nouvelle caméra puisque la police attaque en premier cette arme pacifique douée d’un pouvoir incontestable, celui de démasquer les bavures, dérapages et la brutalité disproportionnée des agents des forces de l’ordre.

A cause de ces conditions difficiles, certains choisissent de filmer de loin, en zoomant ou en se mettant sur le toit ou à un étage élevé d’un bâtiment, ce qui explique la mauvaise qualité des vidéos prises.

 

 

 

La majorité des scènes de réelle brutalité sont alors manquées à cause de plusieurs raisons notamment le tabassage du journaliste ou le vol de la caméra ou son fracassement de la part du policier.

 

 

 

A cause de cette situation précaire dans laquelle travaille le journaliste, les activistes, blogueurs et citoyens reprennent le flambeau en passant sur facebook leurs vidéos prises à la sauvette . Ainsi, ce réseau social devient la source de manne de preuves tangibles des agressions policières et une source de problèmes pour les agents du “désordre” puisque cela démasque leur irrespect et du citoyen et de la loi.

 

 

 

D’ailleurs, le témoignage écrit par Zakaria Bouguerra, un étudiant en médecine qui a osé brandir son téléphone dans d’autres circonstances pour filmer une agression policière démontre cette phobie des policiers du facebook

 

 

 

Quelqu’un m’attrape par derrière Aye une gifle Je suis fait un policier en uniforme m’a attrapé. Il arrache mon téléphone et me maîtrise. Il appelle ses amis « Un traître ! Un traître !» qu’il dit « Il veut nous mettre sur Facebook » Et commence alors une danse macabre entre moi et les policiers,une danse faite de va et vient, de coups et d’évitement. Leur nombre ne cesse d’augmenter. Je crie dans un dernier espoir que je suis innocent que je n’ai rien fait qu’ils n’ont pas le droit (mais comme j’étais dupe).

 

 

« M.Ali Larayadh, je ne peux me faire filmer quand je me fais tabasser par les agents des forces du désordre »

 

 

Dans le débat qui a eu lieu sur la chaine nationale le soir même de la journée du 9 avril 2012, M.Ali Larayadh, ministre de l’intérieur, a défendu la police en arguant que certains manifestants étaient munis de pierres et de cocktails Molotov. Il a par ailleurs demandé aux journalistes de transmettre la réalité des choses. A l’écoute de tels propos, je pose la question à M.Larayadh :

 

 

 

Monsieur le ministre, comment voulez-vous que je me filme en me recroquevillant sur ma caméra quand je suis en train de me faire tabasser par un policier censé me protéger ? A moins que j’aie de la chance et qu’une personne cachée quelque part, à quelques mètres de moi, puisse me prendre en photo, la peur au ventre, en détriment de sa vie et de sa santé, pour la passer sur facebook.

 

 

L’avenue H. Bourguiba appartient aux manifestants pacifiques !

 

 

 

Dans ce scénario vécu depuis qu’on ait arraché le droit de manifester, à l’av. H. Bourguiba et ailleurs en Tunisie, les contestataires ne s’arrêteront pas de s’imposer sur cette avenue où ils ont bravé la dictature de Ben Ali en criant à l’unisson « Dégage !»

 

 

 

La portée symbolique de cette avenue, devenue l’agora de la société civile, où des débats pacifiques ont eu lieu les premiers mois de la Révolution, où les cafés et les commerces étaient très occupés à servir les clients, où les touristes et le monde entier, étaient stupéfaits par l’effervescence de citoyenneté et de civisme en Tunisie…est indéniable.

 

Le 9 avril 1938, les citoyens et les militants en colère contre le colon français portaient aussi des pierres, ont même brûlé des voitures et se sont insurgé. En parallèle, le 15 janvier 2011, un citoyen tunisien bien âgé était sur l’avenue, en train de balayer. Quand on a voulu savoir ce qu’il faisait, il a répondu les larmes aux yeux

 

 

 

« Je suis en train de nettoyer la rue, c’est la moindre des choses, vous avez réussi ce que nous avons échoué… » Ces agissements d’ordre révolutionnaire ne peuvent être arrêtés que lorsque la Justice sera équitable et que les politiciens au gouvernement seront sur terrain pour peser le pour et le contre afin de régler les problèmes au moindre dégât.

 

 

 

 

Grâce à la pression de la société civile et des députés de l’opposition siégeant à l’Assemblée Constituante, le mercredi 11 avril, le conseil des ministres décide enfin d’annuler la décision du ministre de l’intérieur. Cette bonne nouvelle n’est qu’un premier pas pour reconquérir le droit de manifester, en attendant qu’il y ait une stratégie efficace pour stopper et les manifestations illégales et la répression policière.

 

 

 

Après ces dernières journées où cette décision du ministère de l’Intérieur a opposé les pro-Ennahdha (qui ont soutenu le ministre) et anti-Ennahdha (qui ont revendiqué le droit de manifester pacifiquement), une question reste à poser :

 

 

 

Est-ce que ceux qui ont soutenu la décision du ministre de l’intérieur utiliseront l’av. H. Bourguiba pour manifester ? Maintiendront-ils leur position de protection “du tourisme et des commerçants” au détriment de leur droit de manifester “pacifiquement ?”

 

Les partis d’opposition veulent qu’Ennahdha échoue ?

 

 

 

Les membres d’Ennahdha au gouvernement et ailleurs ainsi que le ministre de l’intérieur semblent être hostiles aux manifestants qui s’imposent malgré la décision d’interdiction de l’avenue H. Bourguiba.

 

 

 

 

Cette animosité face à certains politiciens qui s’opposent à la politique de la troïka -et du parti Ennahdha plus précisément- pourrait être légitime (J’utilise bien le conditionnel car il n’y a aucune preuve mais des thèses de complot contre le gouvernement). Connaissant les sales pratiques du RCD, parti du dictateur déchu, on ne peut croire que ses partisans ont capitulé après avoir perdu la main mise sur le pays. Certes, ce parti a été dissous au mois de mars 2011, mais il s’est multiplié en d’autres petits partis (une quarantaine approximativement) qui essayent de fusionner maintenant sous l’égide de Béji Caid Essebsi.

 

 

 

En outre, l’hostilité de Ali Larayadh et d’Ennahdha ne se suffit pas à l’RCD mais concerne aussi les partis de l’opposition qui ont-rappelons-le- lutté contre le régime Ben Ali. Rached Ghannouchi dira même lors d’un meeting mardi dernier que des “anarchistes staliniens” sont à l’origine des troubles qui ont eu lieu le 9 avril” !

 

 

 

Le parti islamiste considère que ces manifestations sont guidées voire manipulées pour réaliser un but : qu’Ennahdha échoue à assurer un travail honorable au cours de cette période délicate et post-dictatoriale.

 

 

Cette hostilité pourrait être légitime, avec ou sans preuve, (J’utilise encore le conditionnel car sans véritable enquête rien ne peut être confirmé) toutefois cautionner la répression ne doit plus être toléré.

 

 

 

Ainsi sur le plan de la communication, le ministre de l’intérieur a légitimé le comportement barbare de la police avant même de mener l’enquête, en se basant principalement sur de la suspicion envers les politiciens de l’opposition et des faits non avérés.

 

 

 

Par ailleurs, l’instauration de la stabilité et la sécurité en Tunisie ne peuvent émaner d’une police encore loyale à d’anciens directeurs-dont certains ont été éloignés- mais toujours en contact avec l’ancien réseau rcdiste. Les intérêts qui les unissent relèvent d’abord de l’ordre de leur propre sécurité- puisque la majorité est impliquée dans des affaires variant entre la corruption et la torture- mais aussi d’ordre financier… En plus, on ne peut devenir aussi rapidement « ange » après avoir été tortionnaire … La brutalité policière lors de la journée du 9 avril avait pour but de discréditer le travail de réforme du ministre de l’intérieur. L’enquête qui sera menée par une équipe indépendante du circuit embourbé du ministère le prouvera. En conséquent, l’évolution de la réforme au sein du ministère de l’intérieur dépendra principalement de l’efficacité du ministère de la justice.

 

 

 

Le ministre des droits de l’homme n’a pas publié de communiqué dénonçant la répression policière

 

 

 

Voulant réunir les différents communiqués de la société civile, des partis politiques et des ministères du gouvernement Jebali, on a contacté le ministère des droits de l’Homme et de la Justice transitoire.

 

M. Chakib Darouich, responsable de la communication nous a informé que leur ministère n’a pas publié de communiqué pour la simple raison qu’il soutient la décision de l’interdiction de manifestation à l’av. H. Bourguiba de Tunis.

On lui a demandé s’il y aurait un communiqué dénonçant les agressions contre les manifestants mais la réponse fut négative, cependant il nous a déclaré que chaque personne ayant été tabassée pourrait apporter un dossier, munis de photos, de vidéo, de certificat médical…prouvant ses propos.

 

 

 

Après avoir raccroché le téléphone, abasourdie par la réaction du ministère censé être celui des “Droits de l’Homme” et de la Justice transitoire… j’ai trouvé une vidéo circulant sur facebook dont le titre était :

 

 

« Samir Dilou (ministre actuel du ministère des Droits de l’Homme) lance de virulentes critique contre Ali Larayadh (ministre de l’intérieur actuel) ». En voici le contenu traduit:

 

 

 

Le prestige de l’Etat est un slogan rationnel mais on ne peut en parler sans évoquer le prestige du citoyen ! Les agressions qui ont eu lieu aujourd’hui à l’av. H. Bourguiba contre les manifestants, les jeunes, contre les journalistes sont très graves. Cela touche alors le prestige du citoyen mais aussi le prestige de l’Etat. Regardez ce que va raconter les médias étrangers demain concernant les agressions perpétrées contre les journalistes étrangers et tunisiens ! Ceci est dangereux.

 

 

Quant aux raisons de ces agressions … on ne peut revenir au discours désuet de l’ancien régime que c’est « des bavures individuelles qui ne reflètent pas la politique de l’Etat » Ceci est faux ! Certes il y a des bavures individuelles mais lorsque cela se répète et que ça devienne générale, on ne parle plus de bavures.

 

 

Le ministère de l’intérieur doit procéder à une réforme au sein de sa structure et au niveau de sa direction et de sa hiérarchie pour que la décision du ministre de respecter le citoyen dans la rue soit appliquée.

 

 

Après avoir visionné cette première partie de la vidéo, je pensais que le responsable de la communication au sien du ministère des droits de l’Homme n’avait pas coordonné ses déclarations avec celles de son supérieur, Samir Dilou…

 

 

 

Mais grande surprise, les facebookers tunisiens ont déniché des archives ces déclarations dignes d’un vrai ministre des Droits de l’Homme. Il s’est avéré que ce discours datait du 7 mai 2011, c’est-à-dire de l’époque où Samir Dilou n’était pas encore ministre, soit cinq mois avant les élections du 23 octobres qui portera son parti Ennahdha au gouvernement. Maintenant qu’il est au pouvoir, M. Samir Dilou soutient l’autre ministre du parti Ennahdha Ali Larayadh…

 

 

 

A ce moment là, je me suis rappelé les paroles de M.Kosai Jaibi avec qui j’ai fait une interview le 14 janvier 2012. Etant l’un des anciens partisans du parti islamiste (il a été torturé et emprisonné de 1993 jusqu’à 2006) je voulais savoir ce qu’il pensait du nouveau gouvernement où Ennahdha a eu la majorité des chaises au sein de l’Assemblée Constituante suite aux élections du 23 octobre 2011. Voici sa réponse

 

 

 

Ils détiennent les ministères les plus vitaux, où va-t-on ? On ne veut plus d’une nouvelle dictature. Ils doivent partager le pouvoir avec les autres partis qui ont combattu le régime Ben Ali… Sinon, ça sera la dictature.

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