mardi , 31 janvier 2023
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Le dossier des médias toujours en souffrance

Le gouvernement tunisien, dominé par le parti islamiste Ennahdha, entretient l'ambiguïté sur sa vision des médias, alternant promesses de respect de la liberté de la presse et discours menaçants. Confrontées à une grève sans précédent des journalistes le 17 octobre, les autorités ont promis de céder sur une revendication-clé: appliquer deux décrets vieux d'un an, l'un organisant la liberté d'expression et l'autre mettant en place un organe indépendant pour réguler l'audiovisuel. Mais une semaine après cette annonce, la profession est toujours en attente d'un calendrier, et les ONG ont demandé au gouvernement de faire preuve de clarté.

les tensions entre le pouvoir et les médias se prolongent

Le gouvernement tunisien, dominé par le parti islamiste Ennahda, entretient l'ambiguïté sur sa vision des médias, alternant promesses de respect de la liberté de la presse et discours menaçants. Confrontées à une grève sans précédent des journalistes le 17 octobre, les autorités ont promis de céder sur une revendication-clé: appliquer deux décrets vieux d'un an, l'un organisant la liberté d'expression et l'autre mettant en place un organe indépendant pour réguler l'audiovisuel. AFP - Le gouvernement tunisien, dominé par le parti islamiste Ennahda, entretient l'ambiguïté sur sa vision des médias, alternant promesses de respect de la liberté de la presse et discours menaçants. Confrontées à une grève sans précédent des journalistes le 17 octobre, les autorités ont promis de céder sur une revendication-clé: appliquer deux décrets vieux d'un an, l'un organisant la liberté d'expression et l'autre mettant en place un organe indépendant pour réguler l'audiovisuel. Mais une semaine après cette annonce, la profession est toujours en attente d'un calendrier, et les ONG ont demandé au gouvernement de faire preuve de clarté. "Cette annonce est en tant que telle positive, même si elle arrive tardivement (...) Toutefois, il est urgent que le gouvernement précise le calendrier relatif à l'application de ces décrets-lois, ainsi que si leur adoption est définitive ou temporaire", relevait mardi Reporters Sans Frontières. Par ailleurs, le bras de fer se poursuivait toujours entre les autorités et plusieurs médias publics qui accusent leurs nouvelles directions, nommées par le gouvernement, d'être soumises aux islamistes. Le conflit le plus âpre concerne le groupe Dar Essabah, qui publie les quotidiens Le Temps (en français) et Essabah (en arabe). Des journalistes y ont mené deux grèves de la faim depuis début octobre. Les rédactions réclament le limogeage de leur directeur général, nommé en août. Si elles espèrent un accord la semaine prochaine, plusieurs compromis sont déjà tombés à l'eau face au refus du pouvoir de révoquer le patron du groupe. Dernière polémique en date, le gouvernement a annulé à la dernière minute des négociations le 19 octobre. "Ce comportement est inacceptable. Mais jamais nous ne renoncerons à notre combat pour la liberté de la presse", a déclaré à l'AFP Sana Farhat, journaliste au Temps et déléguée syndicale. Ces rédactions, contrôlées jusqu'à la révolution de 2011 par la famille du président déchu Ben Ali, ont reçu le soutien des défenseurs tunisiens des droits de l'Homme qui craignent que le gouvernement actuel ne cherche à en faire les porte-voix de sa politique. "Je suis fier de ce que font les journalistes de Dar Essabah, mais aussi je suis un peu triste qu'on en arrive après le 14 janvier (2011, date de la fuite de Ben Ali) à ce point-là", a estimé Mokhtar Trifi, président d'honneur de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme. Les islamistes assurent pour leur part contre vents et marées que leur objectif n'est pas de contrôler la ligne éditoriale des médias publics, mais de les purger des tenants du régime déchu de Zine El Abidine Ben Ali. Ainsi, une députée du parti Ennahda, Halima Konni, s'est emportée à la tribune de l'Assemblée nationale constituante (ANC), accusant les "journalistes de soutenir la contre-révolution et d'appuyer le retour de Ben Ali et de tous ceux qui ont bafoué les droits du peuple". Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), que Mme Konni a aussi vivement critiqué, a dénoncé ces propos "dangereux", y voyant "une campagne tendancieuse qui vise les journalistes". Le président de l'ANC, Mustapha Ben Jaafar, a pour sa part reconnu dans un récent entretien à l'AFP que des "erreurs" avaient été commises par les autorités, mais que la liberté de la presse n'en est pas pour autant menacée. "Objectivement, lisez, ouvrez les télévisions, jamais la Tunisie ne pouvait même imaginer il y a deux ans qu'on pourrait vivre une telle liberté", a souligné cet allié laïque des islamistes. "On est insulté presque par la presse et ça se passe dans l'impunité totale", a-t-il ajouté.

Tunisie : La « marmite » est-elle près d’exploser ?

Grand connaisseur des intrigues de palais et des pratiques de sérail qui ont émaillé les 25 ans de règne de Ben Ali, le journaliste français, Nicolas Beau, livre son sentiment sur la situation en Tunisie, dans une contribution sur les réseaux sociaux intitulée : «La marmite tunisienne au bord de l’explosion», c’est le titre de la contribution du journaliste français Nicolas Beau, sur les réseaux sociaux. Auteur de deux livres à grand succès sur la Tunisie de Ben Ali, il constate que « ce qui frappe aujourd’hui à Tunis, c’est à quel point les élites politiques et intellectuelles de la Tunisie légale ont oublié le pays réel. On a oublié un peu vite que ce sont des revendications contre la pauvreté et la corruption, venues des profondeurs du pays qui ont ébranlé le régime de Ben Ali. Or depuis le 14 janvier 2011, date du départ de l’ex-dictateur en Arabie saoudite, la situation n’a fait qu’empirer. À quelques encablures des restaurants bling-bling et des hôtels luxueux de Gammarth, d’Hammamet et de La Marsa, la Tunisie de l’intérieur est au bord de l’explosion sociale. «Pour ces millions d’oubliés, qui lors de l’élection de la Constituante, il y a tout juste un an, ont choisi en majorité le vote islamiste, l’heure n’est plus aux délices et poisons des palabres de la Constituante. Le gouvernement tunisien, dominé par le parti islamiste Ennahdha, avait promis qu’il rendrait sa feuille de route constitutionnelle le 23 octobre, date du premier anniversaire de la Constituante. Or depuis septembre, le pouvoir tunisien cherche à gagner du temps. Nicolas Beau ajoute : (…) «Ce grand méconnu qu’aura été l’ancien ambassadeur de France à Tunis, le sarkoziste Boris Boillon, avait eu ce jugement cruel : «L’Assemblée constituante est un détour inutile, il fallait à peine trois semaines pour rédiger une constitution». «L’impatience grandit, le chômage explose, la croissance est en berne. «S’il existe un seul secteur qui recrute aujourd’hui, c’est bien le ministère de l’Intérieur. Les opposants à Ben Ali avaient toujours avancé l’effectif de 130 000 policiers sous l’ancien régime. Ce chiffre était totalement surestimé. Le pays comptait en fait quelques 50 000 policiers. Or depuis janvier 2011, date du départ de Ben Ali, 25 000 à 30 000 ont été embauchés, dont 10 000 par les islamistes d’Ennahdha.

Vers la création d’une instance chargée de l’établissement de la liste noire des journalistes

Une instance indépendante sera créée dans le cadre du projet de loi organique sur la justice transitionnelle pour établir la liste noire des journalistes, a confié, mardi matin, le chargé de l’information auprès du ministère des droits de l’Homme et de la justice transitionnelle Chakib Darouich. «Cette instance aura pour mission de diffuser la liste des journalistes apparentés à l’ancien régime et de définir les mesures à prendre pour les juger que ce soit par la révocation ou l’interdiction de l’exercice de l’activité journalistique loin de l’esprit de vengeance », a-t-il expliqué lors de la rencontre périodique de l’information. « Le ministère des droits de l’Homme et de la justice transitionnelle a décidé la création de cette instance indépendante pour régler ce dossier une fois pour toutes », a-t-il précisé, faisant remarquer que le projet de loi organique sur la justice transitionnelle qui va définir la composition et les prérogatives de cette instance sera soumis à l’Assemblée nationale constituante à la fin du mois d’octobre. D’autre part, M.Darouich a souligné que la loi sur la justice transitionnelle prévoit aussi la création d’une instance publique indépendante qui sera chargée de l’établissement des faits sur les abus commis depuis 1955 et de la réconciliation. Cette instance, a-t-il précisé, aura pour mission d’ouvrir tous les dossiers et de consulter les archives pour aider la justice à classer ces affaires. L’instance, a-t-il ajouté, va ouvrir tous les dossiers sans pour autant prendre en considération les questions de l’immunité, du secret professionnel ou des jugements antérieurs.

Médias — Législation: Fruit d’une mobilisation, les décrets-lois 115 et 116 activés

La journée de grève générale décidée pour hier par le Syndicat national des journalistes tunisiens, qui a été massivement suivie par la profession, est un acte de sursaut dont le but est en fin de compte d’instaurer dans ce pays l’ordre d’un journalisme affranchi du régime des tutelles politiques, des allégeances plus ou moins avouées, des pressions insidieuses qui sont exercées ou qui pourraient l’être encore à la faveur de situations de précarité parfois entretenues. Autant de choses qui, nous l’avons vu amplement dans le passé, érodent la crédibilité et le sérieux de l’information comme de l’analyse... Crédibilité et sérieux dont la profession porte la responsabilité devant la société tout entière et dont, depuis la révolution, elle ne veut plus se montrer indigne. Les journalistes tunisiens, à travers leur syndicat, ont eu le souci que soit mise en place une législation qui accompagne cette évolution et, surtout, qui empêche tout retour en arrière vers les anciennes pratiques d’assujettissement de la presse. C’est dans ce sens qu’ils ont été associés à l’élaboration de deux textes importants qui définissent les droits et devoirs devant la loi : il s’agit des fameux décrets-lois 115 et 116. Cela s’est passé durant la première période de transition démocratique, qui a précédé les élections du 23 octobre dernier. C’est également dans ce sens qu’ils ont milité afin que ces dispositions, dont ils reconnaissent qu’elles sont perfectibles, soient prises en compte par le gouvernement de la Troïka et entérinées, considérant l’incontestable avancée qu’elles représentent du point de vue de la transition démocratique et de la protection de la liberté d’expression. Ce combat fut de longue haleine et s’est heurté à une opposition âpre. Mais ses fruits sont là et couronnent un effort de mobilisation et d’activisme. En effet, les deux décrets-lois viennent enfin d’être reconnus par le gouvernement. Cela s’est passé hier, en pleine action de grève : un communiqué de la présidence du gouvernement informe que les décrets-lois ont été «activés»... Le communiqué poursuit: « Le gouvernement reste toujours ouvert au dialogue pour interagir positivement avec toutes les questions qui engagent le secteur de l’information et celles qui concernent la situation sociale dans certains établissements médiatiques». Saluons donc, en même temps que l’action des journalistes qui entendent défendre leur liberté, ce résultat décisif qui est assurément à mettre sur le compte d’une lutte persévérante... Même si d’autres restent sur le chemin.

Pourquoi les journalistes tunisiens sont-ils en grève aujourd’hui?

Les journalistes de Kapitalis, à l’instar de tous leurs confrères en Tunisie, observent une grève générale, durant toute la journée de mercredi, pour revendiquer la consécration de la liberté d’expression. Le recours à la grève générale a été décidé par le Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) «après avoir épuisé toutes les voies de dialogue» et en raison de «l’attitude obstinée du gouvernement et de son refus de répondre favorablement aux revendications des journalistes et de l'ensemble du personnel exerçant au sein des entreprises de presse», lit-on dans la motion générale du bureau exécutif élargi du Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt), publiée le 25 septembre 2012. Selon cette motion, «les revendications des journalistes s’articulent autour des treize points suivants: «1 - inscription de la liberté d’expression, de presse et de création sans aucune restriction dans le texte de la Constitution; 2 - application des décrets-lois n°115 et 116 publiés au Jort, mise en place de la haute autorité indépendante de l’information audiovisuelle (Haica) dans les plus brefs délais et rejet des projets de loi qui prévoient des sanctions pénales à l’encontre des journalistes ou qui limitent la liberté de presse et d'expression; 3 - garantie du droit d’accès du journaliste à l’information, conformément au décret-loi n°41 de l'année 2011; 4 - révision des récentes nominations parachutées à la tête des médias publics et de ceux placés sous administration judiciaire, dont le groupe de presse Dar Assabah, et annulation des décisions prises à cet effet tout en considérant la désignation à ces postes de personnes impliquées dans la propagande de l’ancien régime de Ben Ali comme une atteinte aux objectifs de la révolution en Tunisie; 5 - séparation effective entre l’administration et la rédaction, mise en place de comités de rédaction par voie d’élection ou de consensus, élaboration de charte de la rédaction et révision des textes qui ont été déjà élaborés; 6- rejet catégorique de toute atteinte au droit syndical, toutes restrictions et toute sanction à l’encontre des journalistes en raison de leurs positions syndicales et refus de toute retenues sur les salaires des journalistes grévistes; 7- régularisation des situations précaires dans les différents médias, rejet des modes de recrutement illégaux, et adoption de la transparence dans les concours, sur la base de la compétence et conformément aux dispositions du Code du travail et des conventions y afférentes; 8- réintégration des journalistes licenciés abusivement ou ceux auxquels on a mis fin aux contrats ou qui ont été mutés sans tenir compte des procédures légales en vigueur au sein de l’Etablissement de la radio tunisienne; 9- reconversion des arriérés des rémunérations des journalistes de Dar Assabah sous forme d’actions dans le capital de l’entreprise et la constitution d’une société de rédacteurs; 10- criminalisation des agressions physiques et matérielles à l’encontre des journalistes et des travailleurs du secteur et ouverture d’une enquête sérieuse concernant ces atteintes; 11- révision de la composition du Conseil d'administration de la Télévision tunisienne conformément aux normes internationales; 12- adoption d’une convention collective unifiée pour l’ensemble des journalistes tunisiens; 13- répartition équitable de la publicité publique.»

Les médias en grève contre les attaques du pouvoir

Ras-le-bol des journalistes en Tunisie ! Nominations contestées à la tête de médias publics, poursuites en justice de patrons de presse ou journalistes, absence de liberté de la presse dans la Constitution... le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a décidé d'appeler les journalistes à observer une journée de grève générale mercredi 17 octobre. Une première dans l'histoire de la Tunisie qui devrait être soutenue par une grève d'une heure décidée par 320 médias arabes en signe de solidarité aux revendications des journalistes tunisiens, a indiqué un membre du bureau exécutif du SNJT Aymen Rezgui. Cette première historique est une nouvelle étape du bras de fer engagé entre les journalistes et le gouvernement dominé par les islamistes d'Ennahda. Pour le Bureau, cette grève apparaît comme la seule voie "après épuisement de toutes les voies de dialogue avec le gouvernement" et le "piétinement" des négociations engagées. Alors que le texte de la prochaine Constitution est encore en négociation, le SNJT demande que la liberté d'expression, de la presse et de la création y soit inscrite, qu'une instance nationale indépendante de l'information audiovisuelle soit enfin créée et s'oppose à tout projet de loi qui prévoirait des sanctions pénales à l'encontre des journalistes et porterait atteinte à la liberté de presse et d'expression. Le SNJT appelle en outre à reconsidérer les récentes "nominations unilatérales" et "parachutées" à la tête des médias publics. Crise profonde Cela fait des semaines qu'une crise dure entre le gouvernement dominé par les islamistes d'Ennahda et les journalistes tunisiens. "Le gouvernement a essayé de toutes les manières de mettre la main sur le secteur à travers des nominations arbitraires à la tête des médias étatiques, arguant d'un vide juridique alors que nous avons voté deux grands décrets qui réglementent la profession : le 115 – nouveau code de la presse – et le 116 qui crée l'instance indépendante pour la communication audiovisuelle, une sorte de CSA à la tunisienne. Les organisations professionnelles ne cessent de demander leur application et le gouvernement s'y refuse", expliquait déjà il y a six semaines au "Nouvel Observateur" la journaliste tunisienne Hanène Zbiss. Depuis, rien n'a changé. Nouvelle étape dans la confrontation, une crise a éclaté au sein du journal privé "Assabah" où des journalistes ont entamé une grève de la faim. Ils exigent le départ de leur directeur, Lotfi Touati, un ancien policier reconverti dans le journalisme, qui a été désigné à la tête du journal par le gouvernement devenu propriétaire du titre. Mercredi, donc, les journalistes sont appelés à observer une grève sur leur lieu de travail avant de se rassembler à 13h30 au siège du SNJT. Il est convenu que la presse écrite et électronique ne couvrira aucune actualité, tandis que les journaux télévisés et des radios se contenteront des titres de l’actualité avec une seule édition pour toute la journée pour les radios.

Fronde des médias en Tunisie

Un journaliste tunisien, en avril 2012. «Il est inadmissible qu'on réutilise des personnalités qui ont supervisé la censure et la désinformation sous Ben Ali», s'insurge Kamel Labidi, président de l'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication Le Syndicat national des journalistes tunisiens a appelé à une grève générale mercredi pour dénoncer les tentatives des islamistes au pouvoir de phagocyter la presse. Chocolat chaud et Café noir ont disparu sine die des ondes de Radio-Tunis International. Deux émissions matinales «qui rebondissaient sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un tempo jugé un peu trop critique», expliquent leurs animatrices Najoua Zouhair et Nedia Haddaoui. En juin, le directeur de Radio-Tunis a cédé la place à «un simple technicien». Une ascension fulgurante qui doit tout, selon les deux jeunes femmes, à une sympathie sans réserve pour Ennahda, le parti islamiste au pouvoir. « À l'approche du ramadan, monsieur nous a demandé de rebaptiser ces deux émissions, sous prétexte que parler de chocolat et de café frisait le sacrilège en période de jeûne. Nous avons refusé.» Najoua et Nedia ont été du même coup suspendues d'antenne. Elles se sont solidarisées avec leurs collègues du groupe de presse Dar Assabah. Plusieurs d'entre eux ont annoncé une grève de la faim à partir de jeudi. Dar Assabah, qui fut pendant quelques années la propriété de Sakher el-Matri, gendre de l'ex-président Ben Ali, avant d'être saisi par l'État, publie deux quotidiens: Assabah (arabophone) et Le Temps (francophone). Les rédactions des deux journaux sont en guerre depuis plusieurs semaines contre leur nouveau PDG, Lotfi Touati, parachuté au mois d'août à la tête du groupe. « Un véritable putsch» assure Sana Farhat, journaliste et déléguée syndicale. Accusé de vouloir phagocyter la presse, le gouvernement s'en défend bien maladroitement. Pas question de «laisser certains médias se transformer en tribunes d'opposition à l'action du gouvernement», n'a pu s'empêcher de lâcher le chef de la diplomatie, Rafiq Abdessalem, en s'empressant d'ajouter que l'objectif est de les «assainir en écartant les symboles de l'ancien régime». Sauf que Lotfi Touati, un ancien commissaire de police impliqué jadis dans une affaire de corruption, s'est longtemps illustré comme l'un des chantres de Ben Ali. La confrontation a culminé lorsque Touati a fait appel à la police pour disperser le sit-in des journalistes et bloquer la parution d'une motion stigmatisant un directeur « qui prend ses ordres auprès du gouvernement». La censure, poursuit Sana, « nous l'avons durement éprouvée sous Ben Ali. Combien de fois suis-je rentré en larmes chez moi parce que je n'avais même plus le droit d'écrire sur de simples inondations susceptibles d'égratigner l'image du régime. Je n'ai pas envie de revivre cet enfer». Des «mercenaires» À Tunis, l'euphorie d'une liberté d'expression enfin recouvrée aura été de courte durée. Depuis des mois, les tensions entre les médias et les islamistes au pouvoir alimentent la chronique. Elles ont commencé avec la diffusion sur la chaîne privée Nessma TV du film Persepolis où Dieu est représenté sous les traits d'un aimable vieillard. Le patron de la chaîne, Nabil Karoui, avait dû présenter ses excuses et payer une amende pour ce «blasphème» qui avait déclenché la colère des fondamentalistes. En février, le directeur du quotidien arabophone Ettounsia a été incarcéré huit jours pour avoir publié en une photo de nu pourtant bien innocente. Fin août, Sami Fehri, patron d'Ettounsiya TV, a été placé en détention, officiellement, en raison de ses liens avec Belhassem Trabelsi, beau-frère de Ben Ali, en réalité, soutient l'intéressé, pour son émission satirique, «Les Guignols de l'info». Et puis, il y a ces nominations à tout va de «mercenaires» à la tête des deux chaînes de la télévision nationale, de l'agence officielle TAP ou du quotidien La Presse, le plus grand journal francophone du pays, dirigé aujourd'hui par l'ancien patron du Renouveau, l'organe officiel de l'ex-RCD, le parti de Ben Ali. «Il est inadmissible qu'on réutilise des personnalités qui ont supervisé la censure et la désinformation sous Ben Ali», s'insurge Kamel Labidi, président de l'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication (Inric). Début juillet, après avoir publié un rapport «qui n'a suscité aucune réaction à part des remerciements polis», Labidi a gelé les activités de l'Inric. Écœuré, il constate que «le gouvernement, obnubilé par les prochaines élections (prévues en juin prochain), tourne le dos aux réformes et s'immisce dans les rédactions en s'appuyant sur des gens qui ont fait jadis leurs preuves en matière de docilité». L'ennemi public des journalistes tunisiens a un nom: Lotfi Zitoun, influent conseiller du premier ministre Hamadi Jebali. «Zitoun mène une campagne de dénigrement des médias, affirme Sana Farhat. Il a même menacé de publier une liste noire de journalistes anciens collabos.» Il faut reconnaître, confirme Kamel Labidi qu'Ennahda peine «à rompre avec les pratiques de l'ancien régime qui avait fait des médias publics des canaux de propagande et de manipulation». Le Syndicat national des journalistes tunisiens, qui soutient Sana Farhat et ses collègues, a appelé à une grève générale mercredi.

Grève des journalistes : les modalités

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) vient de publier les modalités de la grève générale qui sera observée mercredi 17 octobre 2012. Ainsi, les journalistes sont appelés à se rendre sur les lieux de leur institution sans travailler puis à se rassembler vers 13h30 au siège du SNJT. Selon ce document, alors que la presse écrite et électronique ne couvrira aucune actualité, les journaux des télévisions et des radios se contenterons des titres de l’actualité avec une seule édition pour toute la journée pour les radios. L’Agence Tunis Afrique presse, pour sa part, ne relatera que les informations et communiqués importants. A noter que les journalistes à Business News observeront la grève, à l’instar de leurs confrères dans les autres organes de presse, et se limiteront, le cas échéant, à un strict minimum d’informations ayant un caractère urgent ou une extrême nécessité de publication.