mercredi , 7 juin 2023
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Farouk Bouasker, nouveau fusible du pouvoir ?

Après le limogeage des ministres Fethi SellaoutiNasreddine Nsibi, Othman Jerandi, Fadhila Rebhi ou encore du fameux gouverneur de Sfax, Fakher Fakhfakh, qui sera le prochain fusible du pouvoir en place ? La réponse à cette question semble être de plus en plus claire puisqu’on ne cesse depuis quelques jours, du côté des soutiens au chef de l’État, Kaïs Saïed, d’évoquer le nom de Farouk Bouasker.

Le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), Farouk Bouasker avait été nommé par Kaïs Saïed à la date du 9 mai 2022. Il avait réussi à mettre hors-jeu Nabil Baffoun et à s’emparer du poste de son ancien camarade. Nabil Baffoun avait exprimé son opposition au processus entamé depuis le 25 juillet 2021 par le chef de l’État et avait critiqué les décisions de ce dernier. De son côté, Farouk Bouasker a multiplié les rencontres avec le président et s’est plié aux directives. La scène politique avait même baptisé l’Isie, en référence au projet politique de Kaïs Saïed, « Instance supérieure pour la gouvernance par les bases ».

Farouk Bouasker avait tout fait pour appliquer la feuille de route politique annoncée par le chef de l’État à la date du 13 décembre 2021. L’instance avait mobilisé des moyens hors du commun pour organiser le référendum du 25 juillet 2022 et les élections du 17 décembre de la même année. Présidée par Farouk Bouasker, l’Isie avait fermé les yeux sur la révision du projet de la nouvelle constitution en plein milieu de la campagne référendaire. Elle avait fait semblant de ne pas prendre en considération plusieurs infractions électorales de la part des soutiens à ce projet à l’occasion de la même campagne.

De plus, l’Isie a accepté sans broncher les révisions de la loi électorale ayant considérablement porté atteinte au rôle des partis politiques, mis fin à la discrimination positive des femmes et des jeunes et mis en place la fameuse condition des 400 parrainages causant la baisse importante du nombre de candidats aux législatives voir leur absence dans certaines circonscriptions. Farouk Bouasker a, également, émis des décisions interdisant les critiques et les remises en questions des candidats, des membres de l’instance et du processus électoral.

La liste des décisions de M. Bouasker répondant aux exigences du chef de l’État est longue. Néanmoins, cette dévotion ne lui permettrait pas, semle-t-il, d’échapper aux accusations de complot, de vendu, de trahison et de corruption lancées récemment par les soutiens du président. Le fait est que Farouk Bouasker n’avait jamais fait partie des fervents défenseurs du projet de la gouvernance par les bases. Il a toujours été considéré comme un simple accessoire et non une figure de l’ère du 25 juillet 2021. Maintenant, et suite à l’échec politique cuisant de ce processus et de l’accroissement des atteintes aux droits et aux libertés, le système doit se protéger et veiller à sa survie. Le moyen le plus simple reste la désignation d’un fautif, une personne ayant réussi à infiltrer ce noble projet afin de l’avorter !

Qui de mieux que le président de l’Isie pour jouer les boucs émissaires ? Sacrifier Farouk Bouasker et le jeter en pâture sont le moyen le plus simple et le plus efficace pour justifier les faibles taux de participation aux référendums et aux législatives. D’ailleurs, les soutiens du président de la République font tout leur possible pour démontrer que Farouk Bouasker essaie de discréditer ce projet politique. Le phénomène a été initié il y a de cela quelques jours. Plusieurs pages Facebook ont commencé à publier des textes insinuant que Farouk Bouasker faisait partie des forces contre-révolutionnaires et des comploteurs se cachant dans l’obscurité. 

Afin d’appuyer cette hypothèse, on l’accuse de vouloir organiser des élections municipales afin de permettre au mouvement Ennahdha de se positionner à l’échelle locale et régionale. En effet, certaines sources nous ont indiqué que l’Isie avait commencé à consulter des experts en gouvernance locale afin de préparer la tenue d’élections législatives. Or, le projet du président repose sur un système de conseils locaux et de districts. La question de la décentralisation qui bénéficiait d’un chapitre entier dans la constitution de 2014 a complétement disparu de celle de 2022.

La très contestée avocate Wafa Chedly s’est, bien évidemment, prise au jeu des accusations. Elle a publié plusieurs textes sur sa page Facebook, ainsi qu’une vidéo expliquant ces soupçons. Elle a affirmé que Farouk Bouasker avait volontairement annoncé un taux de participation de seulement 8%. Ce dernier cherchait à discréditer et à ôter les législatives de leur légitimité. Elle accuse Farouk Bouasker et le porte-parole de l’Isie, Mohamed Tlili Mansri de vouloir empêcher l’application de la nouvelle constitution. Elle a, aussi, assuré que l’instance était infiltrée par des nahdhaouis.

Wafa Chedly a accusé Farouk Bouasker, président de l’instance, Ridha Missaoui, son directeur exécutif et Ezzeddine El Handous, chargé de mission au sein de cette institution d’être des vendus et de servir les intérêts du mouvement Ennahdha. Farouk Bouasker aurait poussé vers l’enregistrement automatique de deux millions d’électeurs afin d’obtenir des faibles taux de participation et avait interdit le recours à la publicité politique dans les médias privés et avait contrôlé les passages médiatiques des candidats aux législatives afin de limiter le contact avec les électeurs.

Malgré tout ce qu’il aurait fait pour s’attirer les bonnes grâces du pouvoir en place et de ses soutiens, Farouk Bouasker n’inscrira son nom dans l’histoire de la Tunisie qu’en tant que fusible du processus entamé à la date du 25 juillet 2021. Un simple outil d’exécution ni plus ni moins. Il semblerait que l’homme qui avait tout fait pour faire de l’Isie une instance à la botte du pouvoir finira par en sortir par la petite porte auprès des opposants, mais aussi des soutiens du chef de l’État. 

 

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