Lundi , 26 février 2024
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Initiative de sauvetage : le nouveau quartet dessine sa vision de « La Tunisie du futur »

L’UGTT, la LTDH, le FTDES et l’Onat ont officiellement lancé, à la date du 27 janvier 2023, une initiative pour le sauvetage de la Tunisie. Depuis cette date-là, peu de détails ont été communiqués au sujet de celle-ci. Les quelques informations disponibles précisent qu’il ne s’agit pas d’un dialogue national et que des commissions ont été formées afin d’élaborer une feuille de travail servant de document cadre à l’occasion d’un forum baptisé « La Tunisie du futur ». Business News s’est procuré une copie fuitée du premier draft de la note d’orientation de ce forum.

Le document en question insiste sur l’échec cuisant du processus politique entamé par le chef de l’État, Kaïs Saïed. Le cadre général évoque dans ses premières lignes les résultats des législatives et le faible taux de participation. Il a qualifié le processus entamé par le président de la République d’unilatéral et a considéré qu’on devait y mettre fin. Il s’agit là du même constat que celui de la quasi-majorité des acteurs de la scène politique tunisienne. Les affirmations de cet échec ont même été émises lors de l’annonce des taux de participation à la consultation électronique tenue du 1er janvier 2022 au 20 mars de la même année. Moins de 600 mille personnes y avaient participé, mais ceci n’avait pas empêché le président d’affirmer la réussite de ce qui pourrait être l’arnaque politique tunisienne du siècle.

La note d’orientation a considéré que la démocratie tunisienne faisait face à plusieurs défis menaçant l’État, l’unité nationale, la société, l’économie et l’image du pays dans le monde. Elle a estimé que le projet du président était totalement bloqué et isolé et avait opté pour la répression. Il semblerait que les organisations ayant lancé cette initiative se soient finalement mises d’accord sur les atteintes aux droits et aux libertés. Le FTDES avait continué à jouer son rôle d’unité de réflexion, d’analyse et de force de proposition. L’organisation avait au début considéré que le processus entamé le 25 juillet 2021 était une sorte de nouveau départ pour la Tunisie, puis, a intégré cette initiative.

L’UGTT avait, depuis le 25 juillet 2021, opté pour un discours soutenant l’annonce des mesures exceptionnelles mais assez sec et pauvre en positionnement politique. La centrale syndicale s’était limitée à son rôle syndical durant la majorité du temps. Ce n’est que vers le mois de décembre que l’UGTT a commencé à se montrer hostile envers le gouvernement et les processus entamé par Kaïs Saïed. L’arrestation du secrétaire général du syndicat de la Société Tunisie Autoroutes, Anis Kaâbi, le 31 janvier 2023, a poussé les leaders syndicalistes à se positionner ouvertement et publiquement contre le chef de l’État.

De son côté, la LTDH avait connu de nombreux conflits internes depuis l’annonce des mesures exceptionnelles. Les militants étaient divisés entre défenseurs des libertés et de la démocratie à tout prix et ceux qui considéraient justes les atteintes à certains rivaux politiques ou personnes adoptant des pensées et idéologies différentes des leurs. La LTDH avait même accepté de participer au simulacre de dialogue national organisé par Kaïs Saïed. L’élection, par la suite, de Bassem Trifi comme nouveau président de l’organisation a, complètement, changé la donne. La LTDH a retrouvé son rôle d’organisation défendant farouchement les droits et les libertés quel qu’en soit le prix.

Pour ce qui est de l’Onat, le scénario ressemble plus à une compilation de ce qui s’était passé au niveau de l’UGTT et de la LTDH. Son ancien président, Brahim Bouderbala, est connu pour son soutien inconditionnel au président de la République. L’avocat avait, même, essayé de justifier les poursuites de civils devant la justice militaire, dont l’ancien président de l’OnatAbderrazak Kilani. Il a, aussi, intégré l’initiative « Pour que le peuple Triomphe » et a été élu député au prochain parlement. Son successeur, Hatem Mziou a choisi une toute autre approche puisqu’il s’est opposé à la question des poursuites militaires et avait défendu M. Kilani. Il a, également, contesté les condamnations de Mehdi Zagrouba et Seif Eddine Makhlouf, critiqué la prestation du gouvernement et déploré l’application du fameux décret n°54.

Les quatre organisations semblent s’être retrouvées dans l’obligation de s’opposer à la politique de Kaïs Saïed afin de rectifier le tir et de sauver l’honneur. Ils ont sûrement pris exemple sur l’UNFT, l’Utap et l’Utica qui ont presque disparu du paysage politique en raison de leur soumission et de leur allégeance au chef de l’État. Ceci a considérablement déstabilisé la société civile tunisienne qui, selon la note d’orientation, est l’un des acteurs clé de la sortie de la crise actuelle.

Le nouveau quartet a indiqué, dans le même document, que l’État était au bord de la faillite et que l’économie nationale était au bout de ses limites. La même source a évoqué l’inflation, la désintégration des systèmes de production, le manque d’investissements et le déséquilibre des finances publiques. La Tunisie manque considérablement de ressources financières et la question d’un accord avec le FMI ou d’autres bailleurs de fonds semble de plus en plus inatteignable en raison de l’opposition exprimée à ce sujet, notamment par l’UGTT. 

Il semble que la centrale syndicale ait convaincu le reste du quartet de la dangerosité de cet accord puisque la note d’orientation utilise l’expression « la poursuite des négociations avec le Fonds monétaire international et l’acceptation de ses diktats sans que le pouvoir en place ne bouge un doigt ». La même source a considéré que le chef de l’Etat était dans le déni et induisait l’opinion publique en erreur en évoquant de fausses informations.

Le quartet a considéré que la crise que traversait la Tunisie était purement politique et était reliée à la gouvernance du pays et des institutions. Fait surprenant, le document parle d’un dialogue national alors que les initiateurs de cette opération de sauvetage avaient nié l’entame d’un processus similaire à son début. Il s’agit d’un dialogue visant à rétablir la relation de confiance. 

La note d’orientation évoque le rôle des partis politiques, contrairement au projet du président de la République. Ce dernier pense que ces structures et autres corps intermédiaires doivent disparaître pour laisser place à une démocratie directe. Néanmoins, le quartet tient les politiciens et les partis responsables de la dégradation de la situation du pays et a considéré que la démocratie représentative de la dernière décennie a ouvert la voie à la baisse du taux de participation aux législatives, à la mise en place d’une instance chargée des élections nommée par et à la botte de Kaïs Saïed. La confiance envers les institutions de l’État, les partis et le système a été entachée. Le même phénomène peut être observé, selon la note d’orientation, actuellement. Le quartet a estimé que l’ensemble de ces éléments ne devaient pas conduire à la désintégration de la vie politique. Les organisations ont évoqué l’importance d’une entente et d’un accord à l’échelle nationale. Ils ont signalé le recours à des discours d’incitations et de haine.

Malheureusement, et après plusieurs paragraphes faisant l’éloge du dialogue et de l’entente, la note conceptuelle affirme que le dialogue entre les forces politiques est non nécessaire et inefficace. L’utilisation du terme « dialogue national » semble dans ce document avoir une fonction simplement esthétique puisqu’il n’y a pas de détails quant à son déroulement ou aux entités concernées. La note d’orientation a insisté sur la confiance exprimée par les citoyens et l’acceptation populaire de cette initiative. Il semblerait que le quartet envisage d’entamer un processus excluant en quelque sorte les partis politiques tout en reprochant la même chose au chef de l’État. Le quartet cherche à séduire le peuple tunisien et a affirmé que les partis politiques joueront leur rôle dans le futur. Or, Kaïs Saïed utilise presque le même élément de langage. Il a multiplié les discours portant sur la défaillance des partis politiques et de son engagement envers le peuple.

Le nouveau quartet semble vouloir avancer coûte que coûte vers l’exécution de cette initiative. Il est déterminé à se détacher complètement des partis politiques et du conflit les opposant au président de la République. Néanmoins, tous ces efforts-là pourraient finir tout simplement à la poubelle puisque le président de la République (où de ce qui en reste) ne s’est toujours pas exprimé au sujet de cette initiative. De plus, il a démontré, par ses discours et par ses décisions, ne pas être prêt à dialoguer ou à prendre en considération les propositions et les avis des autres. Kaïs Saïed, selon la majorité des acteurs de la scène politique, se contentera de faire comme si toute la chose n’existait pas.

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