Dimanche , 14 août 2022
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Chronique d’un naufrage économique annoncé, Saied ne portera pas seul le chapeau

Le chef de l’Etat, Kais Saied, est embarqué dans une séquence politique qui s’annonce longue et ardue, avec le chantier déjà très polémique de la Loi électorale après les remous autour du référendum. Bon, le président de la République a demandé qu’on lui donne les moyens de toiletter tout le système politique et constitutionnel pour justement faire le lit d’une économie saine. Dont acte, les moyens il les a depuis le 25 juillet 2022. On jugera sur pièce au plus tard à la présidentielle de 2024. Pendant ce temps que fait le gouvernement pour épauler Saied sur le lourd dossier économique ? Pas grand-chose à notre connaissance. Il ne se passe rien de notable dans le pays, rien à part ces bruits sur les milieux d’affaires, des clameurs hautement nocives pour le seul moteur de l’économie qui fonctionne encore…

Le président a mis le holà mais les dégâts sont là

Le bruit, insidieux, est parti du sommet, du président de la République, quand il a crié publiquement sa détestation pour tout signe extérieur de richesse, allant jusqu’à déclarer que les riches n’ont aucune chance de rentrer dans ses 18 mètres. Et depuis c’est la curée sur une catégorie de personnes dont le seul crime aura été d’avoir réussi après un dur labeur pour la plupart. Des moutons noirs il y en a certes, mais pas plus que dans les autres franges de la population qui se vautrent dans la petite corruption. On le sait : l’opprobre et la souillure sont tenaces quand ils sont collés à quelqu’un…

Jusqu’à la preuve du contraire, à part les vieux dossiers qui datent du magistère de Youssef Chahed, aucun gros poisson n’a été ferré par la justice en dépit de la pléthore de rumeurs savamment distillées par Saied à chacune de ses apparitions télévisées hebdomadaires guettées par des citoyens aigris qui en veulent au monde entier. Bon, les diatribes du président de la République se font plus rares, notamment en direction des présumés businessmen qui auraient mis le doigt dans le pot de confiture. C’est peut-être la démonstration que ces affaires étaient en grande partie surfaites, gonflées à dessein pour flatter les bas instincts d’une catégorie de Tunisiens revanchards. Cela se nomme populisme…

Les attaques présidentielles se sont calmées et on parle de moins en moins des prétendus milliards qui allaient être récupérés sans tarder pour financer le développement de la Tunisie. Il n’en demeure pas moins que le pays subit les dégâts de la campagne anti-riche. Les hommes d’affaires, terrorisés et tétanisés, n’osent plus sortir un rond pour miser, accentuant la fonte des investissements locaux qui a été amorcée dès le départ précipité de Ben Ali. Idem pour les investissements étrangers…

Pourquoi le Japon pourrait nous filer sous le nez

La seule actualité est la 8ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 8), programmée à Tunis ces 27 et 28 août. Pour le coup c’est une perche en or qui est tendue à la Tunisie. Mais fait-elle tout ce qu’il faut pour capitaliser sur ce méga événement ? Rien n’est moins sûr. Lors de sa rencontre avec Samir Saïed, ministre de l’Économie et de la Planification, hier mardi 2 août l’ambassadeur du Japon, Shinsuke Shimizu, a souligné l’opportunité que représente pour la Tunisie cette méga rencontre à laquelle prendront part des centaines d’investisseurs japonais, africains et européens. Tokyo veut effectivement faire de Tunis un pont vers l’Afrique et la zone euro-méditerranéenne. Mais à part l’agitation pour que l’avion du Premier ministre japonais se pose sans encombre il n’y a rien de significatif sous le ciel tunisien…

La cheffe du gouvernement, Najla Bouden, a certes sonné le rassemblement pour que la TICAD 8 soit une rampe de lancement, mais nous ne voyons pas autour de nous ce qui est fait pour que la Tunisie mérite les investissements qu’elle convoite. L’instabilité fiscale est toujours ce qu’elle est – les chefs d’entreprise vous le diront mieux que nous -, rien n’a été fait pour assainir le climat des affaires et faciliter les investissements, les lourdeurs administratives n’ont pas reflué bien au contraire, sans parler des autres réformes planquées sous le tapis depuis un paquet d’années…

Il ne faut pas s’étonner que les négociations avec le FMI traînent en longueur en dépit des effets d’annonce. La Tunisie en est là et si le sursaut national autour de l’économie et des finances publiques n’est pas au rendez-vous très rapidement il faut craindre le pire…

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