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14 janvier 2011 : la BBC publie des enregistrements audio de Ben Ali

Trois enregistrements audio de communications téléphoniques, dévoilés par la BBC, ont apporté quelques éclaircissements sur les derniers moments du régime de Ben Ali les 13 et 14 janvier 2011.

Le premier enregistrement semble se passer entre le président déchu et l’homme d’affaires et copropriétaire de Nessma TV, Tarak Ben Ammar. D’après les échanges, il aurait eu lieu suite au discours prononcé par Ben Ali le soir du 13 janvier 2011. Il avait tenté d’apaiser les tensions et de calmer le peuple en lançant la fameuse phrase « Je vous ai compris ! ».

En voici le contenu :

 

 Salut monsieur Tarak !

 C’est le Zine bien-aimé ! Le Zine du peuple !

 Aujourd’hui, j’ai dû m’exprimer en dialecte tunisien ! Ha ha ha !

 C’est le Ben Ali que nous attendions ! Le fils du peuple !

 Mon discours n’était pas terrible !

 Absolument pas ! Même Al Arabiya et France 24 ont salué votre discours ! C’est un retournement historique ! Vous êtes populaire ! Je vous avais dit qu’il fallait s’exprimer en dialecte tunisien ! C’était magnifique !

 Ha ha ha !

 Le monde et le peuple vous soutiennent !

Le deuxième enregistrement porte sur trois appels téléphoniques. Le premier se passe entre le ministre de la Défense, Ridha Grira, et Ben Ali alors que ce dernier se trouvait à bord d’un avion à destination de l’Arabie Saoudite :

 Que se passe-t-il Ridha ?

 Monsieur le président, un communiqué vient d’être publié par la présidence de la République, la présidence du parlement et la présidence de la chambre des Conseillers…

 Que veulent-ils ?

 Ils ont annoncé que Mohamed Ghannouchi allait assurer l’intérim…

 Que veulent-ils ? Ridha ! Que veulent-ils ?

 Ils ont annoncé que Mohamed Ghannouchi allait assurer la présidence par intérim.

 Qu’ont-ils annoncé ?

 Mohamed Ghannouchi assure l’intérim !

 (mot inaudible) Je reviens dans quelques heures ! Je reviens dans quelques heures ! C’est normal ! En absence du président, c’est à lui d’assurer la fonction par intérim ! Je reviens dans quelques heures !

 Vous êtes le bienvenu monsieur le président.

 

Le deuxième appel a eu lieu entre Ben Ali et le lobbyiste Kamel Letaïef, avec qui il ne s’était pas entretenu de 1992 au 10 janvier 2011.

 Monsieur Ridha Grira, ministre de la Défense, m’a affirmé que la situation était sous contrôle.

 Non non non ! Il y a beaucoup de dérapage et l’armée ne suffit pas, ne suffit pas !

 Quoi ?

 Kamel !

 Oui !

 Me conseilles-tu de revenir maintenant ?

 Quoi ?

 Dois-je revenir maintenant ?

 Je vais revenir.

 Quoi ?

 Je suis sur le chemin du retour. Me le conseilles-tu ?

 Les choses ne sont pas bonnes !

 

Quant au troisième enregistrement, il s’est déroulé entre Ben Ali et le Chef d’état-major des armées tunisiennes, le général Rachid Ammar :

 Allô ! Rachid ?

 Oui, qui est-ce ?

 Mon général, c’est le président, comment allez-vous ?

 Mes respects !

 La situation, est-elle sous contrôle ?

 Tout se passe bien ! La situation est sous contrôle !

 Écoute-moi Rachid !

 Oui.

 Me conseilles-tu de revenir maintenant ou après ?

 Je pense qu’il vaudrait mieux attendre.

Le troisième enregistrement publié par la BBC se déroule le 15 janvier 2011 alors que Ben Ali se trouvait en Arabie Saoudite. Il s’agit d’une discussion entre le président déchu et le ministre de la Défense, Ridha Grira :

 Allô !

 Bonjour Ridha. Qu’en est-il de la situation ?

 Il y a encore du grabuge ! Nous ne maîtrisons pas la rue ! Il y a même la thèse du coup d’Etat et nous ne savons pas qui en serait le responsable !

 Ce sont les islamistes ! Es-tu au ministère de l’Intérieur ?

 Non non non ! Oui, ce sont certainement les islamistes !

 Si c’est stable, je prends l’avion maintenant.

 Monsieur le Président, je tiens à vous informer qu’on ne pourra pas assurer votre sécurité. Je vous le dis en toute franchise en tant que votre fils !

 Pourquoi ?

 La rue est en colère. Je ne veux pas vous induire en erreur. Libre à vous de faire votre choix !

 Mais ça se calme, parait-il maintenant ?

 Le matin oui ! Actuellement, des annonces ont été lancées sur Facebook ! On s’attend à une journée un peu grave !

 Non non.

 Je vous en informe et vous êtes libre de faire votre choix. Je peux garantir votre passage jusqu’au palais, mais la rue ! Je ne sais plus !

 Qu’ai-je fait à la rue ? Je l’ai servie !

 Monsieur le Président, je vous informe objectivement de la situation, ce ne sont pas des explications. À vous d’interpréter !

 Ok.

 

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