Mardi , 27 septembre 2022
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La justice en prend pour son grade

L’indépendance et la transparence de la magistrature font partie des plus importantes revendications de la révolution du 14 janvier 2011, réclamées du temps de l’ancien régime. Pour parvenir à réaliser cette revendication essentielle, il fallait, notamment et entre autres, une lutte sérieuse et efficace contre le fléau de la corruption.

Après une rivalité silencieuse entre l’Association des magistrats tunisiens (AMT) et le Syndicat des magistrats tunisiens (SMT), voilà que depuis près de deux ans, ladite rivalité s’est transformée en querelle publique entre l’AMT et le CSM (Conseil supérieur de la magistrature) la plus haute autorité dans le secteur de la justice.

En effet, le dernier mouvement dans le corps des magistrats a donné lieu à un ensemble de points de discorde au sein de la corporation, mais si le SMT continue à être discret, l’AMT n’a pas hésité à exprimer sa colère après avoir laissé passer l’orage du mouvement.

Après des critiques timides et à peine audibles, les voix se sont élevées chez l’AMT pour émettre de sérieuses réserves concernant le mouvement en question qui, a été, selon l’Association, divulgué tardivement tout en s’étant déroulé dans des circonstances « douteuses voire illégales » selon la même partie.

Parmi les principaux griefs reprochés au mouvement, l’AMT évoque deux cas « criards », à savoir la mutation d’Ichraf Chebil, épouse du président de la République, à Sfax pour nécessité de service, et celle de Béchir Akremi, procureur de la République près le Tribunal de première instance de Tunis. Ce dernier, toujours selon l’AMT, « s’est brillamment illustré dans le traitement de tous les dossiers brûlants dont ceux touchant à des affaires de terrorisme », ce qui a suscité l’étonnement de l’Association quant à cette décision que certains considèrent comme étant une mise à l’écart voire carrément un « limogeage ».

Outre ces griefs concernant le mouvement proprement dit, l’Association, par la voix de son président, Anas Hmaïdi qui a multiplié les déclarations dans les plateaux-radios, est passée au stade des accusations nominatives contre le président du CSM Youssef Bouzakher, mais surtout contre Khaled Abbès, procureur général près la Cour d’Appel de Nabeul, accusé « d’interférence dans pas moins de trois affaires », en l’occurrence, celle d’harcèlement contre le député, Zouheir Makhlouf, et celle des deux hommes d’affaires Abdelhamid Ben Abdallah et Mourad Khechine.

Bien entendu et comme il fallait s’y attendre, le président du CSM a défendu et justifié les décisions concernant ce mouvement au sein du corps de la magistrature tout en accusant M. Hmaïdi de servir des agendas politiques. Il en est de même pour le juge Khaled Abbès qui a accusé le même président de l’AMT de « soulever des affaires et d’adresser des accusations montées de toutes pièces tout en le défiant d’apporter la moindre preuve quant aux propos tenus à son encontre ».

Ainsi, l’étincelle, partie suite au mouvement de la magistrature, s’est transformée en un véritable brasier qui risque de brûler et d’emporter tout le secteur de la justice, car les tiraillements ne semblent pas être prêts à s’estomper. Au contraire, au vu des défis lancés par les unes envers les autres, la bataille pourrait durer encore longtemps et connaître de nouveaux paliers verbaux en attendant d’éventuelles actions et autres procès en justice.

Du moins, c’est ce que menace de faire, Khaled Abbès qui a annoncé son intention de porter plainte contre Anas Hmaïdi pour diffamation et des propos mensongers, dans le sens où il jure ses grands dieux qu’il n’a jamais appartenu à un parti politique tout en accusant l’AMT d’être politisée, le soutien apporté au candidat d’Attayar au portefeuille ministériel de la Justice étant la meilleure preuve d’appartenance partisane.

Il faut dire que tous ces échanges d’accusations est contreproductif pour le Troisième pouvoir puisqu’ils remettent en cause le principe d’indépendance de la justice, appelé à être au-dessus de la mêlée et à préserver son prestige de pouvoir loin de toute politisation afin de trancher dans les affaires entre les justiciables.

En tout état de cause, la bagarre entre deux parmi les principales composantes des structures des magistrats, à savoir l’AMT et le CSM, qui a motivé et justifié ses décisions pour ledit mouvement, traduit une image triste du corps de la magistrature, dans la mesure où cela altère grandement et logiquement la confiance des justiciables en ce pouvoir censé être le dernier rempart pour faire régner la bonne gouvernance et la transparence dans tous les rouages de l’Etat.

D’ailleurs, certains observateurs conseillent le recours à une action de bons auspices en vue de convaincre les deux principales structures représentatives des juges de la nécessité d’organiser, dans les meilleurs délais, un congrès unificateur entre les adhérents à l’AMT et ceux au SMT afin d’aboutir, enfin, à une seule organisation sans aucun souci politique, mais mue par les seuls intérêts à caractère uniquement professionnel, matériel et social.

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