Mardi , 2 juin 2020
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L’Armée tunisienne, une vocation inédite à l’enseigne de la performance !

L’Armée tunisienne, voilà un sujet que les chercheurs avaient  rarement l’opportunité d’aborder, mais qui, la Révolution aidant, s’invite dans la réflexion de maints think tanks, unanimes pour trouver que le rôle des forces armées tunisiennes a gagné en importance sans céder aux sirènes de la politique.

Carnegie Middle East Center vient de publier une intéressante étude où il estime que « bien que  l’armée tunisienne ait fait des progrès significatifs dans l’ère post-Révolution, le gouvernement tunisien doit s’appuyer sur les atouts de l’armée et définir des paramètres clairs pour les objectifs et le rôle institutionnel de l’armée ».

Il doit également remédier aux  lacunes en matière d’efficacité afin de répondre aux priorités nationales prescrites par l’armée et d’accroître ses capacités et performances. Pour ce faire, il doit, tout d’abord, clairement définir des objectifs politiques pour  l’utilisation des missions de l’armée et établir une doctrine directrice liée aux priorités nationales, notamment  la lutte contre le terrorisme. Ensuite, il  doit nouer des  partenariats solides avec des pays  étrangers pour continuer à former et à équiper ses forces et à participer à des échanges et des exercices. Troisièmement, il doit t renforcer ses propres capacités de lutte contre le terrorisme et de sécurité des frontières par des opérations ciblées en partenariat avec les forces américaines et alliées. Enfin, il est tenu de renforcer ses institutions en protégeant les libertés civiles et en améliorant la transparence et la clarté de sa planification stratégique. L’introduction d’un suivi et d’une évaluation mesurés, tant au niveau des politiques que des programmes, en partenariat avec le gouvernement et l’armée, aidera à identifier et à cristalliser les objectifs intermédiaires. En mettant en œuvre ces mesures pour améliorer son efficacité, l’armée tunisienne aura un rôle important à jouer dans la sauvegarde de l’évolution démocratique de la Tunisie, souligne Carnegie.

L’étude rappelle que le  secteur de la défense en Tunisie a reçu un volume croissant d’aide militaire étrangère depuis 2011. Il s’agit d’une expérience nouvelle. Pendant des décennies, l’armée tunisienne a été maintenue délibérément dans un état de faiblesse  pour éviter que le pays ne subisse le même sort que ses voisins. Mais aujourd’hui, les partenariats avec les États-Unis, les pays  européens et des partenaires régionaux tels que l’Algérie jouent un rôle important dans son évolution. Face à la nécessité de moderniser des équipements militaires obsolètes, de réformer ses institutions et sa doctrine de défense, et de lutter contre les menaces sécuritaires en constante évolution liées à Al-Qaïda et à l’État islamique autoproclamé, le secteur de la défense tunisien saisit l’opportunité de recevoir une assistance militaire étrangère.

Un environnement chargé de menaces et de défis

Toutefois, il est noté que « la capacité de l’armée tunisienne à absorber et à utiliser cette assistance est limitée par un mélange de réalités politiques et par son propre héritage institutionnel ». La polarisation et la fragmentation politiques ont bloqué l’élaboration d’une  politique de défense et soulignent la nécessité de définir clairement la mission de l’armée, d’élaborer une doctrine professionnelle et de promouvoir des intérêts nationaux plus larges. Les rôles des forces armées sont en outre compliqués par un paysage complexe et décourageant de menaces et de défis, notamment la lutte contre le terrorisme, la sécurité des frontières et l’amélioration du professionnalisme et de l’état de préparation des militaires, fait remarquer Carnegie.

Le secteur de la défense tunisien se trouve donc à un point d’inflexion important. En renforçant ses capacités, l’aide étrangère à la sécurité peut contribuer à ancrer des relations civilo-militaires efficaces et à renforcer la tendance démocratique post-autoritaire. Cette aide à la sécurité couvre une série d’activités – formation, conseil, équipement, exercices, échanges et renforcement des capacités institutionnelles – utilisées pour permettre une gestion sécuritaire  efficace, transparente et responsable. La coopération en matière de sécurité, qui comprend la formation, les exercices, les échanges, l’équipement et le renforcement des institutions entre militaires, est un sous-ensemble des activités d’assistance au secteur de la sécurité.

Des succès significatifs malgré l’indigence des moyens

La Tunisie a obtenu des succès significatifs dans ses efforts de lutte contre le terrorisme, quoi qu’avec l’aide de partenaires étrangers. Depuis 2015, les opérations militaires ont réduit et même démantelé des réseaux de terroristes dans tout le pays, en utilisant des renseignements provenant de partenaires américains et européens, affirme l’étude de Carnegie. Bien que ces succès opérationnels soient encourageants, l’armée tunisienne devra intensifier ses efforts, car des groupes persistent dans les zones frontalières. En outre, elle devra se concentrer sur la formulation d’une stratégie en prévision du retour éventuel des combattants étrangers de l’État islamique.

L’ex président Zine el-Abidine Ben Ali a maintenu l’armée volontairement faible pendant des décennies, et les militaires ont été tenus à l’écart des grandes décisions stratégiques et sont restés sous-financés avec un budget très modeste par rapport à celui du ministère de l’Intérieur. En outre, les militaires n’avaient qu’une expérience limitée des combats après l’indépendance tunisienne en 1956, surtout dans le cadre des missions de maintien de la paix des Nations unies. En effet, l’attaque du Mont Chaambi en 2014 a causé le plus grand nombre de victimes militaires enregistré depuis la crise de Bizerte en 1961, avec quatorze soldats tués par des jihadistes affiliés à Al-Qaïda. Après la chute du président Ben Ali, le nouveau gouvernement de Tunis a cherché à moderniser l’armée, en donnant la priorité à sa professionnalisation et à sa préparation face aux menaces qui pèsent sur la sécurité.
Malgré les difficultés économiques du pays, les dépenses militaires de la Tunisie sont passées de 572 millions de dollars en 2010 – avant la révolution – à 824 millions de dollars en 2018 (avec un pic à près d’un milliard de dollars en 2016). L’augmentation du budget militaire a permis l’acquisition de nouveaux systèmes d’armes, mais l’afflux d’aide et de formation étrangères – notamment des États-Unis et de l’Europe – a contribué à la part du lion de l’effort de professionnalisation et de préparation. Les progrès sont toutefois lents, ce qui est compréhensible, compte tenu du dysfonctionnement politique en Tunisie, de l’incertitude quant au rôle des militaires dans la vie politique du pays et de l’état des militaires après des décennies de négligence sous Ben Ali, conclut Carnegie.

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