Mercredi , 27 mai 2020
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Gouvernement Fakhfakh : ça passe ou ça casse

Après plus de quatre mois des élections législatives, les Tunisiens attendent toujours un gouvernement. L’instabilité politique, la multitude de péripéties sont telles que le citoyen tunisien s’en trouve pontois, perdu dans les méandres des manœuvres incessantes.

A quelques heures de la fin des délais constitutionnels pour la formation du gouvernement, les choses se précipitent mais ne semblent pas s’éclaircir pour autant. C’est dire que notre classe politique s’est jurée de nous tenir en haleine jusqu’au bout.

Mardi 18 février, entrevues et concertations s’intensifient. Les acteurs de cette pièce, qui n’a que trop duré, sont conscients de l’urgence de la chose, d’autant que le président de la République a lâché le mot. Si le chef du gouvernement désigné venait à échouer ou s’il n’obtenait pas la confiance du parlement, on passerait à l’ultime recours, celui de la dissolution de l’assemblée et d’élections anticipées.

Hier, tout le monde s’est réjoui de la « leçon » constitutionnelle donnée par Kaïs Saïed à Ennahdha. Les islamistes tentaient, par tous les moyens possibles, de tirer profit de la situation de confusion et de flou constitutionnel pour se repositionner. La polémique est donc lancée autour de l’application de l’article 89 et le mouvement nous sort de l’une de ses poches l’éventualité d’une motion de censure contre le gouvernement en place. Histoire de barrer la route à Kaïs Saïed si l’idée lui venait de dissoudre le parlement. Brandissant la menace de l’article 97, Ennahdha a dû reculer d’un pas suite à l’intervention du chef de l’Etat. Tout le monde s’est donc réjoui de voir Rached Ghannouchi, dans une posture « inconfortable » recevant sa leçon d’un Kaïs Saïed, pleinement dans son rôle. Sauf qu’au final, tout le monde semble oublier que cet imbroglio est du fait d’Ennahdha qui continue, mine de rien, de mener la danse en imposant ses conditions. Il est vrai que l’épée de Damoclès d’élections anticipées est suspendue au-dessus de sa tête, mais elle l’est tout autant au-dessus de celle des autres partis. S’il préfère éviter cet extrême, le mouvement n’en est pas moins près à y faire face. L’amendement du seuil électoral pour exemple.

Sans Ennahdha, le gouvernement du protégé de Kaïs Saïed sera mort dans l’œuf. Le président de la République en fera porter la responsabilité aux partis, cependant la sienne sera tout aussi engagée, puisqu’au final il n’aura pas choisi la personne la plus apte… Pour l’instant, on n’en est pas là.

Alors, les tractations s’intensifient avec l’intermédiation de l’UGTT et de l’Utica dans une sorte de mini remake du Dialogue. Le génie du parti islamiste est de faire en sorte que les autres lui réalisent ses desseins, tout en pensant bien faire pour l’intérêt du pays.

Aux dernières nouvelles, Nabil Karoui, président de Qalb Tounes qui n’a eu de cesse de fustiger son exclusion, affirme que le gouvernement passera pour éviter le scénario d’une dissolution du parlement. Lire : un terrain d’entente a été trouvé avec Elyes Fakhfakh. D’après nos sources, Qalb Tounes ferait son entrée au gouvernement avec deux ou trois portefeuilles. Une réunion devait se tenir entre les deux parties pour régler les détails de la transaction. Dans ce cas de figure, il n’y aurait, a priori, plus de réserves concernant le gouvernement. Mais pour maintenir la pression, le député Qalb Tounes Iyadh Elloumi a assuré que son parti n’acceptera pas d’être représenté avec seulement deux ministres, vu son poids au parlement. Elloumi veut également pousser Fakhfakh à se concerter avec Qalb Tounes publiquement et non pas dans des entrevues « clandestines ». Il se dit qu’on propose à Qalb Tounes de choisir des noms indépendants mais qui lui sont proches. Ainsi, sa participation au gouvernement ne sera pas directe et affichée.

Pour ce qui est d’Ennahdha, sa condition d’un gouvernement d’union nationale (comprendre seulement sans exclusion de Qalb Tounes) acceptée, il lui reste de négocier d’autres portefeuilles et surtout un changement de personnalités proposées à la tête de certains ministères. Certains leaders du mouvement ont accusé Elyes Fakhfakh d’avoir placé ses compagnons d’Ettakatol. Et il semble que le chef du gouvernement désigné ait cédé sur le portefeuille des Technologies, initialement attribué à Lobna Jeribi. Celle-ci, serait affectée dans un autre ministère (les Relations avec le parlement) et les Tic auront un ministre « indépendant ». La question de l’Intérieur et de la Justice reste aussi dans la ligne de mire des Nahdhaouis, tout autant que la « refusion » des Affaires locales et de l’Environnement, séparés dans la composition initiale. Toutefois, toujours selon nos sources, le blocage serait désamorcé.

Du côté d’Attayar, il y a une sorte d’amertume et de fatalisme. Si les cadres continuent à dénoncer les agissements d’Ennahdha, un éventuel retrait n’est pas à l’ordre du jour. Mohamed Abbou a d’ailleurs refusé de répondre à une invitation de Rached Ghannouchi, mais il se dit prêt à travailler dans un gouvernement comptant le parti islamiste.

« Nous avons cessé de dire nos conditions et nous n’avons jamais été à l’origine des entraves liées au processus de formation du gouvernement ni aujourd’hui et ni avant. Ennahdha veut nous attaquer car son discours est dirigé vers ses bases et une frange de la population qui aime les explications simplistes mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas travailler ensemble, nous l’avons déjà fait » a-t-il déclaré aujourd’hui.

Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi annonçait, dans la matinée, un gouvernement dans les prochaines heures. Il est certain que le chef du gouvernement désigné respectera les délais constitutionnels qui prennent fin demain à minuit. Mercredi 19 février est en effet la date limite pour qu’il présente officiellement la composition de son équipe au président de la République.

Pour l’heure, Elyes Fakhfakh et les autres acteurs font un dernier tour de piste avant que l’affaire ne soit bouclée. Pour le pire ? Pour le meilleur ? On le découvrira bien assez tôt.

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