Mercredi , 27 mai 2020
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Tunisie – International Crisis Group tire la sonnette d’alarme !

Le rapport annuel de l’International Crisis Group est sans équivoque. La Tunisie figure parmi le top 10 des pays à risque de conflit ou d’escalade de violence. Elle est incluse dans la Watchlist 2020 en se basant sur une analyse détaillée de la situation politique et socio-économique dans le pays. Synthèse d’un rapport poussant à une véritable réflexion.  

Une situation, trois scénarios…

Selon le rapport de l’International Crisis Group, les dernières élections législatives et présidentielle en Tunisie ont clairement démontré que les Tunisiens ont exprimé leur mécontentement de la coalition au pouvoir. A travers le résultat des votes, une classe politique a été sanctionnée et une autre classe nouvelle a été récompensée, en favorisant la montée d’une nouvelle élite. Les nouvelles personnalités et les mouvements fraîchement élus s’engagent à renforcer les institutions de l’État, à réduire la dépendance du pays à l’égard des institutions financières internationales et à protéger son « identité arabo-musulmane ». Une approche qui défend la souveraineté politique, économique et culturelle de la Tunisie, en réponse aux revendications de changement radical et de protection des intérêts du pays après des années de dégradation des conditions économiques et de paralysie institutionnelle.

Ces résultats sont le fruit de l’échec de la transition démocratique de la Tunisie après 2011. Les Tunisiens ont exprimé leur rejet de l’impasse politique du pays, de la corruption, de l’augmentation du chômage et de la stagnation de l’activité économique à travers les urnes. En outre, de nombreux électeurs reprochent à l’UE et au Fonds monétaire international (FMI) d’avoir porté atteinte à la souveraineté de la Tunisie en imposant des mesures d’austérité budgétaire sans qu’il n’y ait une véritable relance économique palpable.

Le rejet de la classe politique jusque-là en place ainsi que le rôle des partenaires internationaux de la Tunisie était prévisible. C’est dire que les résultats déplorables de la politique consensuelle de la Tunisie après 2014 n’ont suscité que des critiques. En effet, les Tunisiens conservateurs et religieux, ainsi que certains partis d’opposition, s’accordent sur le fait que plusieurs des initiatives du dernier président défunt, Béji Caïd Essebsi, telles que la réforme des lois sur les successions pour protéger les droits des femmes, reflètent la pression occidentale et constituent une attaque contre la culture tunisienne.

Le rapport d’International Crisis Group indiquant la vision proposée par Kaïs Saïed, répondant à cette situation cumulée depuis 2011, explique son élection à 73% des voix au second tour de scrutin. Et si son statut d’indépendant avait contribué à son succès électoral, cela signifie également qu’il aura du mal à faire passer son agenda au Parlement.

D’autre part, les élections législatives ont produit un parlement sensiblement différent, avec la montée de certains nouveaux partis à l’instar de Qalb Tounes, Attayar, Al Karama et le PDL, et la régression d’autres comme Ennahdha, bien qu’il reste le premier bloc au parlement et la quasi disparition de Nidaa Tounes.

Ainsi, la question qui se pose est de savoir si la nouvelle composition parlementaire aussi hétérogène soit-elle, est capable de travailler ensemble ou si ce patchwork serait une source de désaccords et de tensions à l’échelle nationale. Les négociations pour former un nouveau gouvernement n’ont pas encore donné de résultats, et cette fragmentation parlementaire a contribué à l’échec du passage de Habib Jamli le 10 janvier.

Le rapport d’International Crisis Group estime que cette conjoncture politique délicate comporte trois risques majeurs. Bien que la montée de la nouvelle élite ait remplacé l’ancien clivage entre les islamistes et les laïcs, une nouvelle forme de polarisation pourrait paralyser les institutions.

En effet, la classe politique fraîchement élue pourrait tenter de jouer les surenchères dans l’objectif d’apaiser la colère et la frustration de l’opinion publique face au statu quo, à travers, notamment le lancement des campagnes anti-corruption partiales et sélectives, ou encore l’adoption d’une politique étrangère populiste antagoniste envers les partenaires européens de la Tunisie et les institutions financières internationales. Une hypothèse qui pourrait nuire aux relations avec l’UE et le FMI, compromettant la capacité de la Tunisie à honorer sa dette extérieure et menaçant une crise de la balance des paiements.

Le deuxième risque provient d’un éventuel conflit entre le Parlement et la présidence de la République. En effet, le parlement présidé par Rached Ghannouchi, chef du mouvement Ennahdha, pourrait avoir une politique économique et étrangère beaucoup plus pragmatique que celle du président de la République, notamment, à l’égard des institutions financières étrangères.

Un conflit entre les deux parties, ou encore avec les créanciers étrangers ou tunisiens, pourrait inciter le président Kaïs Saïed à mobiliser ses partisans contre le parlement et le système des partis tunisiens en faveur d’une modification de la constitution et l’introduction d’un système basé sur la démocratie directe.

Enfin, si le Parlement et la présidence ne parviennent pas à s’entendre sur un gouvernement, Kaïs Saïed pourrait dissoudre le Parlement et convoquer des élections anticipées. Ce scénario risque de produire un autre parlement fragmenté sans coalition majoritaire, ou une polarisation accrue autour de la figure du président, qui, pour sortir de l’impasse, pourrait attaquer d’autres partis et créer le sien.

Toutefois, il existe un scénario potentiellement positif, selon lequel les nouvelles forces politiques pourraient s’entendre sur un programme de réformes visant à améliorer les services publics et à briser les monopoles commerciaux et les réseaux de favoritisme. Avec le soutien des plus grandes organisations nationales, notamment, les centrales syndicale et patronale, le président de la République et le nouveau gouvernement pourraient accorder la priorité à la réforme de l’administration publique, faciliter l’accès au crédit pour les entrepreneurs locaux et établir un programme d’investissement pour les régions les moins développées de la Tunisie.

Bien que ce scénario impliquerait la poursuite des négociations et le traitement avec l’UE et le FMI, des résultats tangibles devraient compenser toute critique concernant l’engagement avec ces institutions.

Les recommandations pour l’Union Européenne

Face à la situation politique actuelle en Tunisie, l’International Crisis Group a suggéré une ligne de conduite et une démarche à adopter pour l’Union européenne, principal partenaire économique et commercial de la Tunisie. Des recommandations qui restent en adéquation avec sa politique de voisinage apportant un soutien financier important pour la Tunisie.

Ainsi l’Union Européenne, devrait prendre en considération les préoccupations du nouveau président de la République en réinitialisant les relations avec la Tunisie et en adaptant son programme d’assistance aux nouvelles réalités politiques. Pour ce faire, l’appui devrait être axé sur les domaines les moins controversés, à l’instar de la réforme de l’administration publique ou la lutte contre le terrorisme. Outre le renforcement de la concurrence intérieure et les opportunités d’investissement, ainsi que le développement régional.

Concernant l’action gouvernementale, un engagement discret serait préférable pour soutenir le développement d’un plan macroéconomique qui vise à stimuler l’investissement, l’emploi et la croissance, pouvant être soutenu par les institutions financières internationales et les créanciers.

D’autre part, l’UE devrait œuvrer en collaboration avec le président Kaïs Saïed et le gouvernement pour la mise en place d’une agence nationale de renseignement économique, qui harmoniserait les efforts, aussi bien des acteurs locaux et internationaux pour soutenir les investissements et le développement économique.

Le rapport recommande, également, la reprise des négociations sur la zone de libre-échange approfondi et complet (ALECA), ainsi que le soutien du nouveau parlement dans ses efforts pour appliquer la Constitution, notamment, la nécessite d’installer la nouvelle cour constitutionnelle.

Une analyse objective…Place aux bonnes conclusions

Le rapport d’International Crisis Group tire la sonnette d’alarme sur la situation politique actuelle en Tunisie. Une situation aussi fragile que délicate, pourrait avoir des répercussions non négligeables sur le pays tant sur le plan politique qu’économique. Une analyse se basant sur des faits réels et tangibles étayée par des arguments objectifs doit être prise au sérieux et examinée avec beaucoup d’attention par tous les acteurs de la scène nationale. Des conclusions doivent tirées dans l’intérêt du pays qui, indéniablement, ne supporte plus tant de tiraillements et de tergiversations.

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