Lundi , 25 mai 2020
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Qu’arrivera-t-il si le gouvernement Jamli ne passe pas ?

C’est la question sur toutes les lèvres ce matin du vendredi 10 janvier 2020, jour du vote de confiance du gouvernement de Habib Jamli : ce gouvernement passera-t-il ou pas ?

Chacun y va de sa calculette pour compter le nombre d’élus de chaque coalition qui devrait voter la confiance. Ou pas. Les 109 requis d’un côté comme de l’autre sont difficiles à trouver, il y a trop d’incertitudes. Il y a surtout un grand manque de conviction. Quel que soit le vote, très rares  parmi les 217 députés qui sont sincèrement convaincus que le gouvernement de Habib Jamli est le meilleur qui soit. De l’autre côté, très rares aussi sont les députés qui sont sincèrement convaincus que l’alternative est meilleure.

A toutes ces incertitudes, à toutes ces rumeurs de députés « achetés » à la dernière minute, à toutes les manœuvres (pas trop silencieuses) qu’opèrent certains lobbyistes pour préparer le chef du gouvernement qui succèdera à Habib Jamli, l’instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc) est entrée sur la scène pour semer encore plus de trouble. Une liste d’au moins cinq ministres du gouvernement Jamli devrait être distribuée sur les 217 députés ce matin. Cinq ministres poursuivis dans des affaires dites de corruption, d’après l’instance. Théoriquement, constitutionnellement, juridiquement, ils sont innocents et on ne sait même pas si ce sont des affaires sérieuses ou montées de toutes pièces. Politiquement cependant, ces cinq ministres sont condamnés par Chawki Tabib et ils ne seront que cinq ex-futurs ministres. Peut-il en être autrement, le président de l’Inlucc pouvait-il  agir autrement dans un pays qui a grand besoin d’une moralisation de sa vie publique ?

Que se passera-t-il alors cet après-midi ? Quelle est l’alternative ?

Une nouvelle fois, on sort l’article 89 de la Constitution, le seul qui tranche la question de ce qui arrivera si le gouvernement de Habib Jamli n’obtient pas la confiance de 109 députés.

« Si le gouvernement n’est pas formé au terme du délai fixé (le 15 janvier 2020 NDLR), ou si la confiance de l’assemblée des représentants du peuple n’est pas obtenue, le président de la République engage dans un délai de dix jours des consultations avec les partis, les coalitions et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité la mieux à même d’y parvenir de former un gouvernement dans un délai maximum d’un mois.

Si dans les quatre mois suivant la première désignation (15 mars 2020 NDLR), les membres de l’ARP n’ont pas accordé la confiance au gouvernement, le président de la République peut dissoudre l’ARP et convoquer de nouvelles élections législatives dans un délai de 45 jours au plus tôt et de 90 au plus tard. »

Cette solution devrait faire peur à beaucoup de députés parmi ceux qui ne vont pas donner leur confiance cet après-midi à Habib Jamli. Car rien ne garantit que la personnalité qui sera nommée par le président Kaïs Saïed (après concertations avec tout le monde) sera meilleure que Habib Jamli. Encore moins son gouvernement. Rien ne garantit, non plus, que le président de la République n’usera pas de ses prérogatives de dissolution du parlement. Pour ces députés, jouer à la roulette russe est moins risqué que d’aller à de nouvelles élections avec tout ce qu’elles supposent de frais, de mobilisation, de temps et d’énergie.

« Un gouvernement Saïed sera meilleur ? On a vu son entourage ! Pas un seul CV rassurant, prévient Ahlem Hachicha Chaker du mouvement Machrouû.

Un gouvernement Ennahdha est redevable à l’assemblée et aux électeurs. Là, avec le gouvernement du président, c’est carte blanche à un type à l’ambition dévorante, qui a prouvé son incompétence et sa mauvaise foi, y compris envers ceux qui l’ont élu.

Ennahdha aura toujours un truc à négocier. Saïed ne négocie rien, il ne demande rien. Il veut. Et là on lui donne ! Ces partis d’accord aujourd’hui s’entretueront demain pour se placer au gouvernement ».

En résumé, si le gouvernement passe, il va être faible, très faible et aura difficilement une marge de manœuvre et des soutiens à l’ARP pour faire passer ses lois. Il sera amputé, de prime abord, de quelques ministres. Subir un remaniement avant même d’avoir commencé est juste une première qui ne peut que fragiliser Habib Jamli.

Si le gouvernement ne passe pas, c’est la situation politique qui sera fragile et le pays encore plus faible.

Dans un cas, comme dans l’autre, nous sommes face à deux mauvais choix qui vont tous les deux affaiblir davantage la Tunisie. Ce qu’on appelle le prix de la démocratie.

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