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Jemli a-t-il enquêté sur ses ministres ? L’Inlucc dit que non !

Profondément divisé, le parlement doit voter, ce vendredi 10 janvier 2020, la nouvelle équipe gouvernementale, proposée par Habib Jemli, chef du gouvernement désigné. Chargé par le mouvement Ennahdha, vainqueur des dernières législatives, Jemli avait annoncé, le 2 janvier courant, la composition de son cabinet proposé sur fond de tractations de la part de plusieurs partis politiques.
Le gouvernement compte 28 ministres et 14 secrétaires d’Etat, dont la majorité n’est pas connue du grand public. Formé avec difficulté en raison des tiraillements politiques, Jemli affirme avoir choisi une équipe indépendante, après six semaines de concertations avec les principaux partis du pays.
En dépit d’un important appui du mouvement Ennahdha, première force au parlement avec 54 sièges, le gouvernement Jemli ne semble pas convaincre les partis antagonistes et les organisations de la société civile.

  • Une ARP dispersée. Personne, ou presque n’est content de Jemli

L’indépendance mise en doute Ancien secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Agriculture de 2011 à 2014 dans les gouvernements Jbali et Larayedh, alors dirigeants d’Ennahdha, Jemli, 60 ans, est considéré par des observateurs comme un proche de ce parti. Le bloc démocratique qui regroupe des députés d’Ettayar et d’Echaâb ainsi que des indépendants (41 élus), a annoncé qu’il ne votera pas la confiance au gouvernement proposé.

Zouhaier Maghzaoui, député d’Echaâb estime que le gouvernement proposé est en réalité un ” gouvernement d’Ennahdha et de Qalb Tounes “. Ettayar a annoncé renoncer à rejoindre le gouvernement. Il n’avait pas obtenu les ministères clés qu’il demandait, dont la Justice et l’Intérieur.
Tahia Tounes qui compte 14 élus, considère que l’indépendance des ministres proposés est “mise en doute alors que la compétence de certains est ” inexistante “, assurant qu’il ne votera pas la confiance au gouvernement Jemli.

Des magistrats à la tête des ministères clés La désignation de plusieurs juges à la tête des ministères régaliens a suscité l’indignation de certains partis politiques et organisations de la société civile.
Ces réactions concernent notamment le juriste et porte-parole du Parquet et du pôle antiterroriste, Sofiène Sliti, désigné ministre de l’Intérieur. Elles visent également l’ex-Premier président de la Cour de Cassation, Hédi Guédiri, choisi ministre de la Justice ainsi que le ministre pressenti pour le portefeuille de la Défense Imed Dérouiche. A ce propos, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) a fait part de son refus ” catégorique ” de la candidature du magistrat Imed Derouiche à la tête du ministère de la Défense nationale, qualifiant cette candidature de ” provocante “.

Pour le mouvement ” Tunisie en avant ” la nomination des magistrats dans le cabinet de Jemli touche à l’indépendance de la justice qui doit être à l’abri de toute instrumentalisation politique.
D’après cette formation politique, les ministères de souveraineté sont soumis à la politique du mouvement Ennahdha notamment en ce qui concerne les assassinats politiques et l’appareil secret.
D’autres blocs parlementaires comme la Réforme nationale (15 députés) ont émis des doutes sur l’indépendance de cette équipe proposée. «Certains noms figurant sur la liste de la nouvelle équipe gouvernementale suscitent des interrogations sur leur indépendance et leur compétence », souligne le groupe de la Réforme nationale.

  • Même Al Karama n’est pas content

La Coalition Al Karama (21 élus) est de même avis. Elle qualifie la composition proposée de ” gouvernement de raccommodage “. Al Karama émet des réserves sur le ministre du Tourisme, le ministre de la Planification internationale, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la santé et le secrétaire d’Etat chargé de la diplomatie économique.

D’autres organisations comme le Collectif Soumoud (Résistance) et le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) mettent en garde contre des suspicions de corruption qui pèsent sur certains ministres de Jemli.

Constat corroboré par l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) qui annonce avoir adressé une correspondance à Jemli, comportant une liste nominative de certains ministres et secrétaires d’Etat soupçonnés de corruption.

  • L’Inlucc l’affirme. Jemli ne lui a demandé aucun dossier !

L’INLUCC précise qu’elle s’attendait à ce que le chef du gouvernement réclame des dossiers concernant tous les membres du gouvernement, “ce qui n’a pas été fait”. Une assertion, qui contredit les affirmations de Jemli qu’il a fait enquêtes sur ses ministres.

Les tractations se poursuivent à quelques heures, de la tenue de la séance plénière consacrée au vote de confiance pour le gouvernement Jemli, les tractations n’en finissent pas. Qalb Tounes, 38 députés, devrait tenir, cet après-midi, son conseil national pour déterminer sa position définitive concernant la composition du gouvernement proposé. Il présentera, lors de cette réunion, les résultats des négociations effectuées par le président du parti Nabil Karoui avec le président de Tahia Tounes Youssef Chahed ainsi qu’avec le mouvement Echaâb et les blocs de la ” Réforme nationale ” et ” Al Moustakbal “.

Le conseil de la Choura réuni, lui aussi, cet après-midi, devra communiquer sa position.
” Le conseil de la Choura examinera toutes les options possibles, soit en consacrant le choix d’appuyer le gouvernement Jemli ou de revoir sa position “, a fait observer Ajmi Lourimi, membre d’Ennahdha.
Face à toutes ces tractations, le chef du gouvernement désigné Habib Jemli ne revient pas, jusqu’ici, sur sa position de maintenir son équipe gouvernementale, appelant à voter la confiance au gouvernement proposé et à ” privilégier l’intérêt national “.

D’après la Constitution, si le Parlement n’accorde pas sa confiance, le président “engage des consultations dans un délai de dix jours avec les partis et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité jugée la plus apte de former un gouvernement dans un délai maximum d’un mois”.

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