Dimanche , 23 février 2020
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Le gouvernement Jemli, un accouchement dans la douleur

Chaque fois qu’on a l’impression de voir le bout du tunnel dans la formation du gouvernement Jemli, la lumière s’amenuise un peu plus. Et l’obscurité reprend le dessus.

Le 1er janvier, jour de l’an, on avait cru que le feuilleton allait prendre fin. Mal nous en a pris. Il a fallu encore 24 heures et la publication « fuitée » de la composition du gouvernement pour que Jemli rende publique enfin la liste de son équipe. Les « réserves » du président de la République n’ont servi à rien ni même ses remarques.Pour ne pas paraître comme celui qui fait obstacle à l’entrée en fonction du gouvernement, Kaïs Saïed paraphe de sa belle plume une lettre joliment calligraphiée adressée au président du Parlement pour lui transmettre la liste de l’équipe Jemli telle qu’il l’a reçu de ce dernier. Il prendra soin même de remettre la lettre et sa pièce jointe en mains propres à Rached Ghannouchi, prenant ainsi l’opinion publique à témoin.

Ainsi le processus d’investiture du gouvernement est lancé. Le président de l’ARP convoquera le bureau de l’assemblée pour fixer la date de la séance plénière consacrée au vote de confiance du gouvernement.On s’attendait à ce qu’elle ait lieu le plus rapidement possible, mais c’était ne pas prendre en considération non plus les réserves de ceux qui s’étaient placés dans l’autre bord, mais surtout l’opposition parfois farouche affichée parmi les dirigeants du parti Ennahdha contre une équipe dont ils récusaient non seulement certains noms mais même la méthode avec laquelle elle a été conçue.

Le Conseil de la Choura, la plus haute instance du Mouvement convoqué à la hâte donnait de la voix en réclamant rien moins que la modification de la liste présentée par Habib Jemli. Avec en filigrane la menace qu’expriment certains de ne pas voter la confiance. Ce qui serait un comble, car on imagine mal que le parti qui propose le gouvernement s’oppose à lui.

En prenant le parti de reculer la date du vote de confiance, à sa limite extrême c’est-à-dire au vendredi 10 janvier, le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi cherche à désamorcer ce qui prend la forme d’une crise. En même temps, il n’écarte pas la possibilité d’une modification de certains noms, car tant que la liste n’est pas présentée à la plénière cela reste possible, estime-t-il.

Mais est-ce vraiment possible, comme il le prétend ? Constitution ne dit rien à ce sujet puisqu’elle ne parle que de délais accordés au chef du gouvernement désigné pour former son équipe et obtenir le vote de confiance. Par ailleurs s’il dispose (article 89) que « le président de la République charge le candidat du parti politique ou de la coalition électorale ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l’Assemblée des représentants du peuple, de former le gouvernement », il n’impose pas à ce dernier de remettre la liste de son équipe au président de la République qui de son côté la transmet à l’ARP.

Modifier la composition, est-ce possible?

Mais comme le chef du gouvernement désigné a pris son mandat du président de la République c’est à ce dernier qu’il rend compte de la suite qu’il lui donne. Ce qui implique que la composition du gouvernement ne peut plus être modifiée une fois transmise par le président de la République à l’ARP. La seule possibilité reste que le chef du gouvernement désigné demande lui-même cette modification dans les délais constitutionnels prescrits, et sollicite du président de la République de la transmettre à la présidence de l’assemblée.

Ce qui ne semble pas être le cas. Puisque Habib Jemli s’est dit opposé à toute modification de son équipe avant son investiture par l’ARP. Même dans ce cas, c’est lui qui jugera de l’opportunité de la modification, a-t-il estimé. « C’est la meilleure équipe possible et celle qui est la plus apte à prendre en charge les problèmes économiques et sociaux du pays » a même jugé Habib Jemli pour faire taire tout appel à un changement des ministres et secrétaires d’état proposés.

Mais cela ne risque-t-il pas de crisper un peu plus l’atmosphère entre le chef du gouvernement désigné et le parti, Ennahdha en l’occurrence, qui l’a chargé de cette tâche.

Il ne fait pas de doute que l’équipe Jemli est entachée de plusieurs tares originelles. Elle est pléthorique puisqu’elle compte 43 membres, soit le gouvernement le plus nombreux dans l’histoire de la Tunisie. Ce qui est contraire aux exigences d’efficacité et d’économie des deniers publics.

Une présence exagérée

Si l’architecture du gouvernement a été maintenue on ne peut qu’exprimer des réserves sur le nombre trop élevé de secrétaires d’état. 14 secrétaires d’état, c’est vraiment beaucoup trop, surtout que cette fonction qui ne donne à son titulaire aucun réel pouvoir est à l’origine de conflits, parfois sournois, à la tête des départements concernés. Ce qui ne donne pas une bonne image de l’autorité des hauts responsables de l’Etat. En fait si cette fonction est indispensable dans un ministère comme celui des Affaires étrangères du fait que le ministre est appelé à se déplacer fréquemment elle n’a aucune nécessité ailleurs.

Parmi les observations qu’on peut faire à l’endroit du gouvernement Jemli c’est la présence jugée exagérée des magistrats à la tête des ministères de souveraineté (3 sur 4). Si personne ne peut mettre en doute le droit de ce corps de pouvoir assumer les plus hautes charges, ni d’ailleurs la capacité de ses représentants à les remplir de la façon la plus convenable, on aurait souhaité pour préserver sa totale indépendance le voir marquer sa neutralité en n’étant pas impliqué aussi directement dans les affaires gouvernementales dans des départements exposés.

La méthode utilisée par le chef du gouvernement désigné n’a pas été la meilleure, puisqu’il semble avoir promis des postes ministériels à tout-va sans se rendre compte des répercussions des engagements qu’il a pris et qu’il ne saurait tenir. Ainsi a-t-on vu Olfa Hamdi interpeller Habib Jemli en affirmant qu’elle avait rencontré pendant de longues heures ce dernier qui lui aurait promis le ministère des Affaires étrangères. Ce qui serait de sa part un impair puisque pour ce poste l’aval du président de la République est imposé par la Constitution.

La même observation vaut pour le ministère de la Défense nationale dont il avait promis la charge à Kamel Ayadi alors que ce dernier d’après son post sur facebook n’a rien demandé. Il lui aurait même demandé de lui proposer un autre ministère si jamais cette promesse ne pouvait être tenue. Il semble que ces deux ministrables déçus et forcément dépités ne soient pas les seuls à avoir été bernés par Habib Jemli.

L’épreuve du vote de confiance!?

Questions compétence et indépendance,deux critères sur lesquels le gouvernement a été bâti, il y a à boire et à manger comme dit le dicton français. S’il y a des compétences avérées comme Mongi Marzouk, à l’industrie et à l’énergie, Fadhel Abdelkéfi au développement et à la coopération internatonale ou le Général-médecin Mustapha Ferjani à la Santé, d’autres n’ont pas brilllé dans leurs domaines respectifs. Tarek Dhiab est peut-être un excellent footballeur mais cela ne fait pas de lui un ministre compétent de la Jeunesse et des Sports. Surtout qu’il est flanqué de deux secrétaires d’état ce qui est beaucoup trop pour un petit ministère. On avance que cinq des membres du gouvernement n’ont même pas le baccalauréat. Est-ce le signe d’une compétence indubitable. S’agissant de l’indépendance par rapport aux partis, là aussi les avis sont partagés, car la carte d’adhésion n’est pas le seul moyen pour mesurer l’appartenance partisane.

Accouchement dans la douleur, naissance aux forceps. Le gouvernement Jemli est à n’en plus douter dans de mauvais draps. Puisqu’il ne parait ne pas pouvoir passer l’épreuve du vote de confiance à l’ARP.

Plus de trois mois après les élections législatives du 6 octobre 2019 devrions-nous revenir à la case départ et remettre le sort du gouvernement entre les mains du président Kaïs Saïed qui choisira la personnalité la plus apte à former le gouvernement.

Il importe de rappeler à cet égard, que l’article 89 de la Constitution dispose en effet :

« Si la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple n’est pas accordée, le Président de la République engage des consultations dans un délai de dix jours avec les partis politiques, les coalitions et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité jugée la plus apte, en vue de former un gouvernement dans un délai maximum d’un mois. Si, dans les quatre mois suivant la première désignation, les membres de l’Assemblée des représentants du peuple n’ont pas accordé la confiance au gouvernement, le Président de la République peut décider la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple et l’organisation de nouvelles élections législatives dans un délai d’au moins quarante-cinq jours et ne dépassant pas quatre-vingt-dix jours »

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