Lundi , 14 octobre 2019
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Législatives, l’envers du décor

Les deuxièmes élections législatives démocratiques de l’histoire de la Tunisie se sont tenues le 6 octobre dernier et l’évènement a été largement suivi. Si les électeurs n’ont pas répondu en masse à l’appel, les observateurs de tous bords étaient là pour contrôler le déroulé des élections et veiller à ce qu’il n’y ait aucun grain de sable dans la machine électorale. Selon les rapports qui commencent à être publiés, quelques irrégularités et des faits plus graves viennent toutefois gâcher la fête…

L’Institut Républicain International (IRI) et l’Institut National Démocratique (NDI) ont mené une mission conjointe de 30 observateurs déployés pour contrôler les élections législatives.

Lors d’une conférence de presse tenue lundi, les deux instituts ont présenté des recommandations liées principalement à la garantie de l’égalité de des chances entre les candidats et la sensibilisation des électeurs.

La mission d’observation a indiqué, qu’elle avait enregistré au premier tour de l’élection présidentielle des violations mineures qui ne sont pas de nature à affecter la transparence des élections et qu’elle publiera à la fin des échéances électorales son rapport complet. L’IRI et le NDI, ont toutefois relevé des points positifs liés notamment à bonne organisation du processus électoral au niveau de l’Isie notamment.

Le Centre Carter a félicité, pour sa part, les autorités électorales tunisiennes pour la bonne organisation des élections législatives et « exprimé également son inquiétude concernant le faible taux de participation et, perceptiblement, un manque de confiance de la population en la capacité de l’assemblée parlementaire à réaliser les objectifs de la révolution de 2011 ».

« Le taux de participation de 41%, plus de 20 points en dessous de celui de 2014, reflète le mécontentement de la population tunisienne face au peu d’accomplissements de l’assemblée sortante. Les partis et candidats indépendants élus dimanche vont maintenant devoir mettre de côté leurs différends et agir rapidement pour consolider les nouvelles institutions démocratiques tunisiennes, améliorer la situation économique et renouveler la foi des citoyens dans le potentiel positif de la transition démocratique du pays » indique le centre dans un communiqué.

La mission d’observation du Centre Carter, forte de plus de 90 observateurs, comprenait des citoyens de plus de 30 pays, a visité 392 bureaux de vote et les 27 centres de collecte en Tunisie le jour des élections. « Les observateurs n’ont signalé que des irrégularités minimes dans un petit nombre des bureaux de vote visités », a-t-il ajouté.

« Les élections législatives du 6 octobre se sont déroulées dans l’ordre, avec une très bonne application des procédures de vote et des mesures de transparence», a indiqué de son côté, la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en Tunisie, qui a déployé 95 observateurs dans 479 bureaux de vote le jour du scrutin.

« La Mission enregistre aussi une baisse sensible du taux de participation », a souligné Fabio Massimo Castaldo, chef de la MOE UE.

« L’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections, l’ISIE, a relevé avec succès le défi de l’organisation de ces élections législatives qui intervenaient à une semaine du second tour de l’élection présidentielle prévue le 13 octobre », a-t-il précisé, selon un communiqué diffusé sur le site officiel de l’Union Européenne.

« La transparence du scrutin a de plus été renforcée par une présence marquée des représentants des listes candidates et des observateurs, qui ont généralement pu observer sans entrave », a relevé Fabio Massimo Castaldo.

Les observateurs de l’Union européenne ont également précisé avoir suivi le dépouillement des votes, qu’ils ont évalué positivement dans les bureaux où ils étaient présents, ainsi que la compilation des résultats dans l’ensemble des centres de collecte.

Le réseau Mourakiboun a mis en garde, pour sa part, dans un communiqué diffusé hier, contre un manque de transparence observé dans le dépouillement des votes pour les législatives.

« Mourakiboun, au même titre que d’autres associations de la société civile, a été empêché de suivre le processus d’agrégation et de décompte des voix dans les centres prévus à cet effet et mis en place par l’ISIE. Les représentants de la société civile, dont les observateurs de Mourakiboun, pourtant accrédités à observer cette étape importante de tout processus électoral, ont été placé à une distance ne permettant pas d’observer cette opération et ce dans la majorité des centres. Mourakiboun rejette fermement ces procédures et appelle l’ISIE à faire preuve davantage de collaboration avec la société civile durant cette période historique que vit la Tunisie.», a précisé le réseau.

Mourakiboun avait communiqué le 6 octobre 2019, deux déclarations préliminaires sur la base des rapports continus des observateurs. Des données qui ont révélé que l’ouverture des bureaux, le processus de vote ainsi que le dépouillement ont été conduits en respectant les procédures sur l’ensemble des bureaux hormis « quelques disfonctionnements mineurs ».

Le réseau a notamment relevé la violation du silence électoral dans certains centres où les affiches des listes n’ont pas été décrochées et observé des opérations d’achat de voix, à Nefza notamment. Faits confirmés par le Centre tunisien méditerranéen qui a également fait état d’achat de voix moyennant de l’argent ou des promesses d’argent ou encore des cartes de recharge pour téléphone, à Tozeur et à Siliana. Le Centre a observé le transfert organisé de groupes d’électeurs pour voter pour certaines listes.

La mission d’observation de l’UGTT a relevé, de son côté, un manque de partialité chez certains directeurs de bureaux de vote qui sont suspectés d’appartenir à certaines parties politiques.

Les observateurs de l’union syndicale ont fait part de violences, et d’intimidation dans certains bureaux de vote, en plus de défaillances dans l’organisation, de l’expulsion d’observateurs, et le fait de les empêcher d’être présents lors des opérations de tri.

Le rapport de la Ligue des électrices tunisiennes a fait état de violence politique à l’égard des femmes. Dans son rapport final la ligue a souligné que certaines candidates étaient harcelées par d’autres membres de la même liste, comme cela a été le cas dans la circonscription de Jendouba, ce qui entrave l’activité politique de ces candidates.

L’association a également constaté que des photos de candidates ont été omises ou apparaissaient floues comme à Bizerte, Medenine et Ben Arous, en plus des discours misogynes et moqueurs pour embarrasser les candidates en les jugeant notamment sur leur apparence et leur tenue vestimentaire.

L’Association tunisienne pour l’intégrité et la démocratie des élections (Atide), a confirmé, quant à elle,  l’existence de cas de violence entre le personnel de l’Isie et des représentants des listes de candidats qui continuaient à mener leurs campagnes dans les districts de Hay Ennour et Hay Habib à Medenine, et aussi à Zaghouan ou à Gabès.

Atide a fait part de violents échanges entre des partisans de différentes listes. Un bureau de vote à Sousse a même été la cible de jets de pierres le jour des élections et il y’a eu également des actes de vandalisme signalés à Redaief et Gafsa. L’Association a précisé que le processus électoral a été marqué par la poursuite des campagnes aux abords des centres de vote, avec un impact direct sur les électeurs.

Les missions d’observation ont salué les efforts déployés par l’Isie pour réussir ces élections qui se déroulent dans un contexte particulier. Les faits que certaines relèvent laissent toutefois planer une certaine inquiétude, tant la violence et la corruption ont été aussi de la partie. Des voix s’élèvent déjà pour contester les résultats des législatives. Des dirigeants de la gauche affirment que les voix des électeurs ont été achetées, que le parlement en devient illégitime et il y’en a qui appellent déjà à sa dissolution…

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