Dimanche , 15 septembre 2019
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L’affaire Nabil Karoui suscite l’intérêt des occidentaux

La Tunisie, un des rares pays dans le monde arabe à avoir réussi sa transition démocratique, a été durant ces dernières années le centre d’intérêt des pays occidentaux. Et cet intérêt s’est accentué après que des premières élections libres et démocratiques avaient été organisées en 2014. Le premier président de la deuxième République avait été alors élu sur les suffrages universels. Des événements tragiques avaient eu lieu (assassinats politiques, attentats, etc) et pourtant la Tunisie a toujours tenu bon, estimaient les analystes politiques.

Malheureusement, l’arrestation de l’homme d’affaires et candidat du parti « Au cœur de la Tunisie » à l’élection présidentielle, Nabil Karoui, pour suspicion de corruption et blanchiment d’argent, a remis en question l’avancée du processus démocratique. Certains observateurs avaient d’ailleurs estimé que le processus démocratique est en danger.

En France, le député de l’Union des démocrates et indépendantes (UDI), Jean-Christophe Lagarde, a indiqué, hier mardi 10 septembre 2019 lors d’une séance parlementaire à l’Assemblée nationale en présence du Premier ministre Edouard Philippe, que les Tunisiens et les Français sont inquiets « quant au déroulement – pour le moins curieux, inquiétant et unique en son genre – du processus démocratique en Tunisie ».

Le président du groupe UDI a dans ce sens appelé la France à exprimer son inquiétude dans cette affaire et à exiger que le candidat présente son programme électoral aux Tunisiens au moins dans les prochains deux jours. Et d’ajouter : « Quand on incarcère quelqu’un, c’est pour l’empêcher de fuir.  Quand on est candidat à la présidentielle, ce n’est pas fuir, mais c’est peut-être le régime qui est en train de connaitre une fuite en avant ».

De son côté, le député de la République en marche (LREM), M’jid El Guerrab, a indiqué, lors de sa prise de parole, que Nabil Karoui aurait subi plusieurs manœuvres pour l’empêcher de présenter sa candidature à cette échéance électorale. La première consistait en la tentative de fermeture de la chaîne privée Nessma TV. La seconde était la tentative de promulguer, il y a quelques mois, la loi électorale. Une loi, qui rappelons-le, avait suscité l’indignation de plusieurs acteurs politiques tunisiens et qui n’avait pas été promulguée par le défunt président de la République, Béji Caïd Essebsi.

Le parlementaire fait ici allusion aux nombreuses accusations lancées, il y a quelques mois, contre le gouvernement Chahed d’avoir tenté de fermer les locaux de Nessma TV en avril dernier et de dissuader Nabil Karoui de présenter sa candidature à cette échéance électorale étant donné que ce dernier a gagné en quelques années une certaine popularité grâce à son  association caritative « Khalil Tounes » et a réussi à se frayer petit à petit un chemin vers Carthage et le Bardo.

« Le fils du défunt président de la République, Hafedh Caïd Essebsi, que j’ai reçu hier à Paris m’a fait part des risques de dérive autoritaire de l’exécutif. Sans procès équitable et sans respect de présomption d’innocence, Nabil Karoui est tout simplement emprisonné. L’Union européenne a déploré cela dans un communiqué de presse. Sans jamais faire d’ingérence tout en respectant ce grand peuple ami et dans le respect de sa souveraineté nationale, quelle est la position de la France qui fait partie des observateurs de l’Union européenne ? », s’est interrogé le député.

La Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE UE) en Tunisie a, de son côté, appelé, dans un communiqué publié il y a deux jours, les autorités compétentes à prendre les mesures nécessaires afin de permettre à tous les candidats, dont Nabil Karoui, de mener sa campagne électorale dans le respect du principe d’égalité des chances à l’élection présidentielle, tel qu’énoncée par la loi électorale et les dispositions réglementaires en vigueur.

Or, à l’heure actuelle, l’homme d’affaires et patron de Nessma TV n’a toujours pas pu mener sa campagne électorale ou prendre part au débat présidentiel afin d’exposer aux Tunisiens son programme.

Pailleurs, le centre Carter a critiqué le timing de l’arrestation de Nabil Karoui, décision prise le 23 août dernier.

« Le moment choisi par le mandat d’arrêt soulève des questions, puisqu’un tribunal d’instance inférieure lui a permis de rester en liberté depuis 2016 alors que l’enquête était en cours. La plainte initiale était basée sur des informations fournies par I Watch, une organisation de la société civile nationale (OSC), qui visait également le candidat à la présidence et chef du gouvernement actuel, Youssef Chahed, et l’ancien membre du Conseil de la Choura d’Ennahda et candidat à la présidentielle, Hatem Boulabiar. Aucun de ces derniers n’a été arrêté. Le mandat d’arrêt de Karoui n’a aucune incidence sur sa candidature officielle. Il restera sur le bulletin de vote et pourra être élu, même s’il reste emprisonné. Le moment de l’arrestation met en lumière des motivations politiques et remet en cause l’intégrité du processus. L’arrestation signifie également que, contrairement à tous les autres candidats, Karoui sera désavantagé car il ne peut pas participer personnellement à la campagne. De plus, sa détention pose certaines ambigüités sur sa participation dans la suite du processus électoral », lit-on dans le communiqué publié il y a deux jours.

Le centre a, par ailleurs, révélé que la justice a catégoriquement refusé la demande faites par les membres de la mission d’observation de rencontrer Nabil Karoui qui se trouve actuellement à la prison de Mornaguia. Le centre s’est aussi interrogé comment la détention du candidat à la présidentielle affectera le statut de sa participation au reste du processus électoral.

A l’heure qu’il est, le gouvernement ne s’est toujours pas prononcé sur les accusations lancées par les acteurs politiques, les ONG étrangères et les députés français concernant cette affaire ayant fait couler beaucoup d’encre. Certains estiment même qu’il y a péril en la demeure et que le gouvernement met en danger le processus démocratique déclenché depuis la révolution de janvier 2011. Son chef et candidat à la présidentielle, Youssef Chahed, est même accusé par la chaîne Nessma TV d’être derrière cette affaire en usant de son pouvoir pour mettre des bâtons dans les roues de son rival.

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