Lundi , 19 avril 2021
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Sidi Hassine : La gouvernance locale enrayée par la mainmise de l’Exécutif

Située à 18 kilomètres de l’artère principale de la capitale, la zone de Sidi Hassine semble ne pas avoir profité de la « bénédiction » de la capitale. Abandon scolaire, surpopulation, pollution, précarité des services publics, tels sont les problèmes phares dont souffre cette région d’après les élus locaux et les députés de la circonscription Tunis 1 dont fait partie Sidi Hassine.

Avec 35.000 logements et plus de 200.000 habitants, la commune de Sidi Hassine ne dispose pas de moyens financiers pour aménager l’infrastructure et améliorer la qualité de vie des citoyens. « Le taux de croissance de notre municipalité est l’un des plus faibles sur le Grand Tunis », regrette Fredj Gribaâ, maire de Sidi Hassine. « Avant les élections municipales de mai 2018, la délégation spéciale de Sidi Hassine disposait d’un très faible budget. Rien que 2,8 millions de dinars en 2011. Désormais, le budget a été revu à la hausse. Il a été multiplié par quatre, atteignant cette année 12,7 millions de dinars. Mais ce n’est toujours pas suffisant », ajoute Gribaâ.

Faibles ressources financières de la commune

Les ressources financières de la commune de Sidi Hassine proviennent principalement de la fiscalité locale et des impôts sur les sociétés. Malheureusement, la majorité des habitants ne paient pas leurs impôts. « Sur 35.000 habitations, la municipalité ne collecte que 400.000 milles dinars », précise le maire. La loi de finances 2019 a prévu une amnistie fiscale sur les trois dernières années. Pourtant, la collecte des impôts est toujours peu fructueuse. Le receveur chargé des finances régionales devrait intervenir dans ce cas pour payer la moitié des recettes fiscales non récoltées. Mais ce poste n’est pas encore créé à la commune de Sidi Hassine. Par conséquent, la recette des finances se charge toujours du recouvrement des impôts des institutions publiques, ménages et entreprises.

D’ailleurs, la municipalité ne dispose pas d’un siège. Elle est située dans une petite ruelle loin de l’artère principale de Sidi Hassine. « Nous avons acheté un domaine avec un coût de 3,5 millions de dinars pour bâtir un nouveau siège. Les travaux s’achèveront en 2020 », explique Fredj Gribâa. Toutefois, si la municipalité a pu acquérir un terrain, ce n’est pas évident pour tous à Sidi Hassine. Il y a souvent des litiges entre la municipalité, la délégation et le gouvernorat, compte tenu de la nature agricole des terrains.

Une zone agricole surpeuplée et problèmes fonciers

« Sidi Hassine occupe 40% de la superficie du Grand Tunis. A l’origine, c’est une zone agricole mais elle est envahie par les habitations anarchiques », révèle Abdennaceur Chouikh, élu de Nida Tounes sur Tunis 1 et désormais membre du bloc parlementaire « Allégeance à la patrie ». « Si l’Etat ne prévoit pas des solutions légales pour octroyer les terrains aux habitants, ces derniers continueront à détourner des terrains agricoles », prévient-il.

Bordée de l’ouest, par la Sebkha et, de l’est, par la décharge de Borj Chekir, Sidi Hassine souffre de la prolifération des logements anarchiques et de multiples insuffisances liées à la gestion des eaux usées. « En l’absence d’un plan d’aménagement, il est difficile de cerner les frontières de la région et de gérer ses périmètres », explique le maire de Sidi Hassine. « Nous sommes devant un grand dilemme : fournir les services principaux aux habitants ou appliquer la loi et détruire les constructions anarchiques », exprime Gribaâ avec inquiétude. D’après le maire, en 2011, 2000 décisions de destruction de bâtiments anarchiques ont été prises par la délégation spéciale dont seulement 5 ou 6 ont été appliquées.

En effet, le conseil municipal se retrouve face à deux éventualités aussi problématique l’une que l’autre. D’une part, il doit respecter le droit constitutionnel d’« inviolabilité du domicile » stipulé par l’article 24 et d’autre part, il a le besoin de se conformer aux procédures légales et administratives dans l’octroi des logements. « On reçoit mensuellement 1200 demandes de permis de bâtir. Certains habitants s’appuient sur des décisions judiciaires pour bénéficier des services d’eau et d’électricité, même s’ils s’installent de manière illégale », nous confie le maire. Selon Gribaâ, il s’agit d’un conflit de compétences entre les autorités locales et le pouvoir central. Les permis de bâtir doivent être attribués par la municipalité. Toutefois, le gouverneur intervient, dans certains cas, auprès de la STEG et la SONEDE pour désapprouver les demandes d’approvisionnement en eau et électricité des logements ayant obtenu des permis de la part de la municipalité.

Vu sa faiblesse en termes de capital humain et de moyens financiers, mais aussi vu l’absence d’un appareil exécutif efficace, la commune de Sidi Hassine se trouve dans une impasse. Elle dépend toujours du pouvoir central dans l’élaboration des projets régionaux de développement, notamment la valorisation des déchets. D’ailleurs, le conseil municipal a proposé un projet en partenariat avec une entreprise britannique pour le recyclage des déchets et la création d’emplois. Or, il est en stand by. Et pour cause, le ministère des Finances et la présidence du gouvernement n’ont pas encore entamé, d’après le maire, la procédure d’octroi d’un terrain à la municipalité pour installer le projet de valorisation des déchets.

Les organisations internationales s’en mêlent !

A notre arrivée à la municipalité de Sidi Hassine pour rencontrer les élus locaux, nous avons constaté une réunion entre les membres du conseil municipal et des représentants d’une organisation internationale. Il s’agit de Mercy Corps qui apporte une « aide au développement » et qui « accompagne les acteurs locaux à bâtir des communautés plus sûres ». Ici, elle a instigué le projet «Houmty» pour réaménager les espaces publics et appuyer le rôle du citoyen, notamment en matière de gestion des déchets. Anis Lassoued, chef du projet « Houmty » explique que cette convention a été conclue avec deux autres municipalités au centre du pays : Ennour et Sbeitla du gouvernorat de Kasserine. « Les entrées des deux villes ont été décorées par les chaises recyclées (…). Nous allons créer une application pour faciliter l’interaction entre la municipalité de Sidi Hassine et les habitants en matière de gestion des déchets. Nous travaillons de même à améliorer la situation des ramasseurs des déchets (barbéchas) pour leur assurer une couverture sociale », affirme-t-il. Pour sa part, Oussama Hammami, président de la commission des énergies renouvelables au conseil municipal revient sur le caractère laborieux de la concrétisation d’un tel projet. « Nous n’avons pas de plan de gestion des déchets préétabli. Nous avons tout commencé à zéro. J’ai l’impression que l’initiative de Mercy Corps brisera la glace entre le citoyen et le conseil municipal et incitera les habitants à créer davantage d’associations à vocation environnementale », confie-t-il à Nawaat.

Mise à part la valorisation des déchets de la décharge de Borj Chekir, Sidi Hassine est confrontée à un autre défi environnemental, celui de la Sebkha. Située à l’ouest de la région, la Sebkha est enregistrée sur la convention RAMSAR relative aux zones humides et la préservation des oiseaux d’eau. La députée Leila Ouled Ali, élue de Nida Tounes et actuellement membre de Tahya Tounes, a insisté sur la protection de cette zone et l’importance d’en faire une destination de tourisme écologique, tout en respectant sa spécificité géographique. « Nous ne voulons pas en faire un deuxième Lac (en référence au lac de Tunis) », martèle Ouled Ali. Sur le plan législatif, rien n’a été prévu en faveur de Sidi Hassine. « Il s’agit de projets transversaux où interviennent plusieurs ministères. Compte tenu de la situation financière assez difficile du gouvernement, certains projets sont bloqués. Le député ne pourra rien faire dans ce cas. Parfois, on se retrouve obligé de faire des promesses irréalisables », avoue Chouikh.

Des intentions, que des intentions

« Quand j’ai été désignée tête de liste de Nida Tounes sur la circonscription Tunis 1, j’étais consciente des défis de cette région : problèmes de délinquance, de consommation de stupéfiants, chômage… Mais je n’ai pas menti aux électeurs. Mon premier objectif était d’accompagner les jeunes mal orientés dans la mise en place de projets », explique Leila Ouled Ali. Dans cette optique, la députée nous a confié qu’elle a travaillé sur la création d’un « centre polyvalent » au profit des jeunes de Sidi Hassine, Sijoumi, Hay Helal, Hrayriya et autres quartiers périphériques de Tunis. D’après elle, ce centre serait installé dans un bâtiment délaissé situé aux alentours de la Sebkha. « Le ministère de la jeunesse a finalement donné son accord pour la mise en place de ce projet et a consacré 70.000 dinars pour entamer des études sur sa faisabilité », poursuit Ouled Ali.

Pour sa part, Asma Ben Amara, présidente de la commission de la jeunesse, de l’enfance et des sports au conseil municipal, a expliqué que son objectif optimal, « en tant que jeune », est de faire participer la base dans la prise de décisions à l’échelle locale. « Nous avons organisé plusieurs événements et rencontres avec les jeunes de Sidi Hassine et signé des conventions avec des partenaires internationaux comme la GIZ, Mercy Corps et Lab’ess pour lancer des projets de développement et d’économie solidaire. Il nous reste beaucoup de travail à faire », ajoute-t-elle.

Il est clair à ce stade que les problèmes de Sidi Hassine et des périphéries du Grand Tunis ne se résoudront pas de sitôt. Elus locaux et parlementaires se retrouvent incapables d’exécuter des projets. « Il nous reste encore 27 années pour que la décentralisation se généralise et que le pouvoir central délègue ses compétences au pouvoir local », précise le maire de Sidi Hassine. La route est longue et périlleuse.

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