Samedi , 28 mai 2022
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Armée An 63 : la nation et ses militaires

La carrière militaire ne jouit pas d’un grand prestige dans notre société, ceci relève d’une Lapalissade car l’armée était plutôt méprisée et sa place dans la nation pâtit d’un certain laissé- pour- compte.. Cette indifférence endémique douloureusement vécue par les militaires qui ont pris conscience de leur déclassement vertigineux dans la hiérarchie des soucis des décideurs politiques , a de multiples causes. En exergue, la méconnaissance abyssale de l’armée, de son fonctionnement et de ses rouages, tant chez les responsables que chez le citoyen lambda pour lesquels, depuis longtemps, cette institution est une véritable “boîte noire”.

Soudain et à la faveur de la guerre contre le terrorisme, le militaire trouva une place de tout premier ordre dans les préoccupations du gouvernement et le pays, depuis le recouvrement de son indépendance, n’a jamais autant ressenti le besoin de disposer d’une armée forte et bien entretenue. Pas pour autant car au début des combats, nul ne semble avoir été plus décrié que le militaire tunisien; son incompétence, les lacunes de sa formation, son comportement, ses bavures  (qui étaient, il est vrai, nombreuses et parfois incompréhensibles et navrantes).

La dynamique de la guerre semble donc avoir opéré une mutation importante dans le processus qui mena à l’identification du militaire par rapport à la nation et elle a projeté le combattant au-devant de la scène. Du coup l’etat de suspicion et de défiance qui règne vis- à – vis de l’armée s’est effrité en faveur d’une symbiose entre la nation et ses militaires.

Au total, l’on peut dire “qu’à quelque chose malheur est bon”, la lutte antiterroriste à bouleversé la donne et une nouvelle armée est née et dans son sillage, un nouveau statut du militaire tunisien vient d’être mis en valeur.
Il s’agit en fait, de rompre avec une longue tradition clausewitzienne qui ne considère la guerre que comme un fait principalement politique. Clément Thibault, considère lui que: ” les formes de la guerre, la révolution politique et les mutations de l’armée sont liées parce que la guerre est un agent actif de transformation des sociétés politiques, un facteur de socialisation des valeurs modernes (citoyenneté, nation …ect)”

Dans le contexte actuel ,alors que la menace aux frontières n’a pas disparue ( mais aussi qu’il n’y a plus de frontières aux menaces ), l’actualité  nationale et internationale n’a de cesse de nous interpeller, d’une manière directe ou indirecte, sur la place qu’il conviendrait de donner à l’armée et au rôle à lui assigner au sein de la nation d’une façon générale, tant les défis sécuritaires présents de par leur nature, transcendent les moyens traditionnels affectés par l’État à cet effet.
Si les efforts actuels semblent se concentrer sur l’acquisition de matériels récents et le dégagement de marges de manœuvre budgétaire, il ne faut sans doute voir là que la volonté des décideurs de parer au plus pressé et de permettre de retrouver les capacités nécessaires au développement serein d’un modèle d’armée adaptée au rôle stratégique souhaité.

Un appel à la lucidité des décideurs

De toute évidence, l’équipement de l’armée est une priorité absolue mais la préservation de cette institution passe inéluctablement par celle de sa composante humaine – en activité et à la retraite – afin d’être en mesure de faire face aux enjeux majeurs de demain et après-demain.

Cette affaire de  préservation du potentiel humain de l’armée devrait être prise bien au sérieux et susciter un sursaut de lucidité chez les responsables civils et militaires.
À mon avis, l’armée est trop sollicitée depuis plus d’une décennie. Sans exclure la nécessaire voire indispensable réflexion sur la continuité entre défense et sécurité, j’estime aujourd’hui que la place d’une grande partie de soldats est à l’instruction dans leurs cantonnements, en formation dans les écoles et centres spécialisés, à l’entraînement dans les camps de manœuvre , au repos pour profiter d’une aération à laquelle ils ont droit. Les chefs militaires – et j’ai été de ceux – là – ont toujours eu beaucoup de pudeur à insister sur la nécessité de garantir des phases de détente et de récupération qui conditionnent le bon moral de la troupe, facteur multiplicateur d’efficacité ou, à contrario, élément fondateur de mécontentement et de révolte.

Également , en plagiant les modes d’action des forces de sécurité ( défense statique des édifices par exemple ), les soldats sont réduits à un rôle de supplétifs de sécurité avec en plus des moyens inadaptés .C’est comme utiliser une voiture de sport avec interdiction de passer la seconde vitesse!.

On ne peut que constater qu’après chaque attentat , il a été demandé à l’armée de déployer toujours plus de militaires aussi bien dans les grandes villes qu’en rase campagne .Ces décisions sont ,à la longue , destructrices pour des hommes ( et des femmes ) qui devraient se former , s’entraîner ou se reposer avant un nouvel engagement. Rogner sur un de ces aspects nécessaires au maintien en condition d’un soldat , c’est scier le pied d’un tabouret avec les effets qui peuvent être dévastateurs sur le terrain d’abord où  cela exige un haut degré de préparation individuel et la maîtrise de savoir – faire collectifs compliqués .Sur le potentiel humain , ensuite , avec l’impossibilité de conjuguer vie professionnelle et vie sociale ou familiale.

Confinés dans le refus – au demeurant indispensable – du syndicalisme, les militaires se réfugient dans une tradition de mutisme et confient à leurs chefs d’ouvrir les yeux des politiques et de défendre leurs intérêts professionnels. Ceci ne semble pas toujours évident tellement le Commandement militaire est soumis au sacro-saint principe d’obligation de réserve. L’armée l’a ainsi forgé ou pour faire plus soft…formaté.

En tout état de cause, confier aux militaires des missions qui ne sont  pas de leur ressort peut , en effet , rassurer le bon peuple sauf que ces hommes n’y sont pas particulièrement entrainés et le malheureux qui, un jour, fera en toute naïveté usage de son arme sur un grand boulevard pour protéger ce bon peuple ira… en tôle ! Parce que c’est la loi…! Tant pis pour les familles,  pour les femmes et les enfants… Ils ont de toute manière choisi un métier incompréhensible par les trois quarts de la population.

Que la raison l’emporte sur les passions

Avant de conclure cette contribution, qu’il me soit permis de rappeler le malheureux destin réservé par l’ancien régime aux nombreux militaires de carrière victimes d’une opération d’écrémage insensée. Ces hommes de valeur qui ont, par vocation et conviction, embrassé la carrière militaire souvent à un âge où les choix fondamentaux n’étaient pas évidents. Le traitement dont ils ont fait l’objet est, pour le moins que l’on puisse dire, inhumain. À plus d’un titre et en toute logique cette situation n’est pas de nature à laisser indifférent qui que  se soit, civil ou militaire. A fortiori, leurs collègues militaires qu’ils soient en activité ou à la retraite, qui ont tous en partage certaines  valeurs inculquées par le métier des armes.

Il est temps que la raison l’emporte sur les passions et que la nation réhabilite définitivement ces militaires .Nous sommes tous mortels. “Aucun cavalier n’a été enterré sur le dos de sa monture” dit le proverbe.

Enfin, dans un contexte d’ubiquité du danger, la Tunisie peut être fière de quelque chose …Ses soldats et son armée .Ils sont toujours là ,debouts, lorsque l’État et la République vacillaient et  qu”à l’horizon pointaient le khalifat et le salafisme.
Au prix de leur sang et de leur sueur, fidèles au serment qu’ils ont fait à la Patrie, au nom de nos chouhadas, ils ont fait rempart à tout ce qui était de nature à menacer notre intégrité territoriale. Il en a été ainsi hier, il est de même aujourd’hui et il en sera ainsi demain .Advienne que pourra.

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