Lundi , 19 août 2019
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Les migrants, ces indésirables…

Depuis 2014, douze mille migrants sont morts en Méditerranée.

Lundi 3 Juin 2019, deux avocats ont transmis une plainte à la cour pénale internationale, accusant les pays membres de l’union européenne, (UE) de crimes contre l’humanité, en raison des politiques migratoires appliquées par ces pays. Selon le texte de la plainte, l’UE est accusée de “vouloir enrayer à tout prix les flux migratoires vers l’Europe, y compris par le meurtre de milliers de civils innocents, fuyant une zone de conflit armé”. L’UE est également accusée d’avoir “orchestré l’interception et la détention de 40.000 personnes”.

Depuis 2014, douze mille migrants sont morts en Méditerranée. La voie maritime la plus meurtrière est celle qui relie la Libye à l’Europe. Dans un dossier volumineux, les deux avocats, basés à Paris, ont démontré que la première arme utilisée par les pays de l’UE, a été la dissuasion : dissuader les migrants de venir se réfugier en Europe. Malheureusement, et du fait des ONG, beaucoup d’entre ces migrants sont parvenus à mettre pied sur le sol italien ou français. C’est alors que, depuis 2017, l’UE a fait appel aux garde-côtes libyens pour intercepter les bateaux de migrants et ramener ceux-ci dans leur pays d’origine. Cette action de l’UE à l’égard des gardes-côtes Libyens a consisté à les fournir en bateaux, à les entraîner sur les navires de l’opération militaire européenne, et même sur le sol européen (Grèce, Espagne, Malte). Autre « initiative » : L’UE, a entrepris de renseigner les garde-côtes sur la localisation des bateaux en détresse. En somme, L’UE donne des instructions directes aux garde-côtes Libyens. Petite intrusion de bienfaisance dans les prérogatives d’un pays autonome… Dernier point (et non des moindres), les deux avocats plaignants, affirment disposer de preuves attestant que les gardes-côtes ont été financés par les européens pour intercepter les bateaux de migrants, en route vers les côtes européennes. Bien plus, les SOS de migrants en détresse, sur le point de faire naufrage, ne semblent pas avoir provoqué les réactions usuelles de sauvetage, de la part des pays européens : ils se sont tout bonnement déchargés d’un devoir humanitaire élémentaire, puisqu’ils l’ont « confié » aux gardes-côtes Libyens… Pas de sauvetage en urgence de la part des pays riverains, ce qui a conduit les deux avocats à accuser l’UE d’avoir facilité la mort, par noyade, de milliers de personnes.

En vérité,  la cour pénale internationale enquête depuis 2011 sur les crimes et tortures commis à l’encontre des migrants impliqués dans le conflit Libyen.  Mais, jusque là, l’UE n’a jamais été incriminée. Elle était la « victime », recevant sur son sol, un trop-plein de migrants dont elle n’avait que faire. Bien plus, elle était la plaignante : depuis 2017  les pays européens dénoncent l’attitude des ONG qui auraient été complices des passeurs et donc, indirectement responsables des catastrophes en série, survenues en mer. Ceci a été récemment déclaré par les ministres italien et français de l’intérieur, déclarations approuvées par leurs collègues allemands et britanniques. Les accusations portées à l’encontre des ONG ont été vivement critiquées par l’association « SOS Méditerranée », arguant du fait que les déclarations du ministre (en l’occurrence le ministre français de l’intérieur) n’étaient étayées par aucune preuve. En définitive, ces messieurs, ministres de l’intérieur des pays européens, demandent aux ONG de sauver les migrants quand la situation l’impose, mais de ne pas aider les passeurs, ces trafiquants de détresses humaines qui envoient les gens mourir en mer. Les dirigeants d’Amnesty International ont vigoureusement dénoncé les déclarations des ministres européens. Ces déclarations et les doutes qu’elles véhiculent, quant aux intentions des ONG, viseraient-elles à limiter, voire à avoir une main mise sur les opérations de sauvetage effectuées par ces ONG ? Sans doute : les ONG dérangent, pourquoi ne pas les déranger, elles aussi ? Lors d’un des naufrages de migrants, survenu le 10 mai dernier, l’embarcation, partie de Zouara, à 120 kms à l’ouest de Tripoli et transportant 90 migrants a disparu au large des  eaux territoriales Tunisiennes. Ce qu’il importe de savoir est que dans la zone de passage où ont coulé les migrants, les navires de secours européens ne patrouillent plus, et la plupart des bateaux d’ONG rencontrent de grandes difficultés pour y parvenir. Comme à chaque fois, les prises de position internationales se sont déclenchées: le haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés a encore une fois tiré la sonnette d’alarme (c’est fou le nombre de sonnettes qu’il possède !) appelant à renforcer les opérations de sauvetage.  Soyons attentifs aux mots : que dit ‘la sonnette ?’ Qu’il s’agit de sauver les migrants. Pas de les accueillir en Europe.

Que font les gardes-côtes Libyens des migrants qu’ils récupèrent en mer ? Depuis, la seconde moitié de l’année 2018, ils les parquent dans des camps ou les mettent à la disposition de milices, dans un pays où les combats font rage….Il est vrai que si ces « ex-migrants » meurent chez eux, cette mort est ‘dans l’ordre des choses’, au vu de la désastreuse situation sécuritaire qui règne en Libye. Qu’ils meurent donc, mais pas en mer ! C’est qu’il y’a mort et mort. Mourir dans un pays en proie à une guerre civile, voilà qui est prévisible ! Mais, mourir en mer sans avoir été secouru, la chose devient gênante pour tous les intervenants, européens compris.

Jusque là, en matière de droit d’asile, les pays européens adhéraient au « règlement de Dublin », signé en Allemagne en 2013.  Le principe de ce règlement est qu’une seule demande d’asile est autorisée par personne, dans un seul pays de l’UE. Pour ce faire, l’UE a créé une structure appelée Eurodac, qui consigne les empreintes digitales du demandeur d’asile, n’autorisant celui-ci à demander asile qu’auprès d’un seul pays de l’UE. Mais, cette gigantesque base de données, ne suffit pas et les mésententes continuent au sein des pays de l’UE, quant au quota de répartition, par pays, des demandeurs d’asile.

Après les dernières sélections européennes, le parlement européen arbore une tendance « extrême droite », très marquée. Gageons que cette tendance ne sera pas au bénéfice des migrants et que l’UE va resserrer l’étau à l’égard de ces visiteurs indésirables. La Méditerranée aura  encore bien des naufrages à purger, et bien des rêveurs fous, cherchant une terre promise, à balancer par-dessus-bord…

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