Dimanche , 15 décembre 2019
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Les « revenants », une menace, mais pas uniquement !

Bien davantage qu’une menace, le retour des milliers de Tunisiens des zones de conflit a déjà les allures d’un véritable casse-tête auquel le gouvernement semble décidé à s’attaquer avec, faut-il le reconnaître, des moyens qu’il va falloir inventer et inscrire dans la durée dans le cadre d’une stratégie multidisciplinaire.

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a évoqué ce lundi la question sous les traits d’une « menace élevée qui s’ajoute à celles déjà existantes en matière de terrorisme, et à laquelle il importe de se préparer », tout en estimant que “la Tunisie a pu maîtriser le risque terroriste” et que “la situation sécuritaire a connu une nette amélioration par rapport aux trois dernières années”.

Seulement, avec l’arrivée des « revenants », la menace change de nature et de degré. D’autant que l’on ne sait pas encore avec précision combien sont-ils et par quels moyens ils vont regagner le pays. S’agirait-il de repentis, d’endurcis, ou d’un composé des deux à la fois ? Ce qui est très probable, c’est qu’on aura affaire à des profils à risque dont ceux classés « haut du spectre », c’est-à-dire les éléments les plus radicalisés, donc les plus dangereux, ne seraient pas du petit nombre. Ils viendraient en tout cas s’ajouter aux « velléitaires », ceux qui avaient cherché à rejoindre Daech sans y parvenir. Comprenons tout de suite qu’on aura là un cocktail tout ce qu’il y a de plus explosif, sans parler du millier de terroristes qui ont déjà regagné la Tunisie jusqu’au mois d’octobre 2018, tels que recensés par la commission nationale de lutte contre le terrorisme.

Combien seraient-ils ?

Dans tous les cas de figure, on est encore loin des 5000 répertoriés par un groupe de travail de l’ONU, dont cependant beaucoup sont morts au combat, et bien entendu des 3000 dont parlent les autorités tunisiennes. Mais l’épineuse question du retour se pose avec un surcroît d’acuité depuis que les Etats-Unis, sur le point de retirer leurs troupes en Syrie, poussent les pays d’origine à favoriser les rapatriements.

Bien qu’aucun des rapatriés n’ait été lié aux récents attentats en Tunisie, l’inquiétude se fait vive que leur présence dans le pays puisse contribuer à la radicalisation d’autres personnes, dont les actions pourraient continuer de nuire à la fragile transition démocratique en Tunisie, souligne le site anglophone The National qui indique que, sur les plus de 1 000 Tunisiens qui sont rentrés entre 2011 et 2018, un nombre indéterminé est placé en résidence surveillée, détenu dans les mêmes villes et communautés où ils ont été radicalisés. Certains sont soumis à des restrictions de déplacement qui les empêchent de quitter la Tunisie. Tandis que d’autres ont été entraînés dans le système pénitentiaire en crise de la Tunisie, loin de la population civile du pays, mais à deux pas des autres détenus. Une promiscuité qui en fait, souvent, une proie trop facile pour les recruteurs.

La radicalisation, un risque majeur

Certains responsables s’inquiètent du fait que certains compartiments des prisons sont gérés comme des « mini-Etats » explique Aaron Zelin, membre du Washington Institute, cité par The National. « Qui sait à quel point c’est vrai ou dans quelle mesure. Mais il existe bel et bien une dynamique semblable à celle des gangs “, a, -t-il indiqué, ajoutant que l’extrémisme religieux, a-t-il ajouté, est souvent le « liant » plutôt que la drogue ou l’argent.

Bien qu’elle soit confinée à l’écart du reste des détenus, la radicalisation reste un risque, selon Mohamed Iqbel Ben Rejeb, le président de l’Association d’aide aux Tunisiens bloqués à l’étranger, une ONG qui assure la liaison entre les familles des jihadistes et les autorités. Selon lui, les rapatriés , en l’absence de programmes de déradicalisation,” radicalisent déjà d’autres personnes, même s’ils disent qu’il y a une séparation entre les détenus terroristes et les autres prisonniers. “

“L’Etat considère que ceux qui sont en attente de jugement devant un tribunal ne sont pas dangereux, ils sont facilement contrôlés et évalués”, a déclaré Nabil Barkati, chercheur au sein du groupe de réflexion Maghreb Economic Forum basé à Tunis. Cependant, ajoute-t-il, le fait de renvoyer des combattants dans la communauté où ils ont été radicalisés a posé un risque pour la sécurité. Évaluer le risque global peut être difficile, les critères de dépistage étant au mieux ambigus.

Avec une économie en déclin et des opportunités d’emploi de plus en plus rares, la probabilité d’intégrer les combattants de retour dans leurs communautés reste décourageante. “En Tunisie, il n’y a pas beaucoup de chances offertes aux jeunes qui ne sont pas partis dans les zones de conflit”, a déclaré Ben Rejeb. “Alors, imaginez quelles sont les chances pour un jeune avec un casier judiciaire, sans parler de celui lié au terrorisme. Dans les conditions actuelles, il est presque impossible pour un jeune de retrouver une vie normale », a-t-il estimé.

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