Mercredi , 29 juin 2022
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La Tunisie dans le classement de Davos :Une performance en demi-teinte

Bonne nouvelle, mauvaise nouvelle, tel est le jugement pouvant être formulé sur le nouveau classement de la Tunisie dans le rapport du Forum économique mondial de Davos pour l’année 2018.

Paru tout récemment, le rapport de la dernière édition sur la compétitivité dans le monde place la Tunisie au 87ème rang parmi 140 pays et ce, malgré l’amélioration d’un point de son score qui est passé de 54,6 en 2017 à 55,6 en 2018.

Ce classement, toutefois, est dicté par l’adoption, désormais, par le Forum de Davos d’une nouvelle méthode de calcul de l’indice de compétitivité mondiale qui rebat les cartes. Hormis ce renouveau méthodologique, la Tunisie aurait occupé la 95e position et accusé par-là un positionnement anachronique.

Force est de rappeler à cet égard, que la nouvelle approche de notation pays  dans le rapport de la compétitivité mondiale, qui s’inscrit dans la logique de la 4e révolution industrielle, consiste en des changements au niveau des pondérations associées aux variables qualitatives et quantitatives utilisées dans la construction des indices, en sus de l’émergence de nouveaux piliers et la disparition d’autres tout en préservant toujours un total de 12 piliers constituant l’indice global. Les principaux nouveaux piliers portent sur l’«adoption des TIC», « éducation et compétences », et « système financier ». Des regroupements des piliers en catégories ont également eu lieu aux fins d’affinement de l’indice de la compétitivité globale. Lesdites catégories sont au nombre de 4, en l’occurrence l’environnement favorable (institutions, stabilité économique…), le capital humain (santé, compétences…), les marchés (taille ou dynamique de marchés) et l’écosystème innovant.

La nouvelle donne a indubitablement « sauvé la face » de la Tunisie sans coup férir et ordonné relativement un classement au mieux de la notation du pays malgré le recul d’un point dans le rang mondial dans la mesure où la Tunisie, qui occupait la 86e place l’année dernière au vu de la reconversion des classements selon la nouvelle méthode, se place cette année au 87e  rang.

Grâce à ce nouveau classement, la Tunisie occupe respectivement la troisième place à l’échelle africaine (après l’Afrique du Sud et le Maroc) et la 9e place au plan arabe (après les Émirats Arabes Unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite, Oman, Bahreïn, Jordanie, Maroc et Liban) après avoir été respectivement aux piètres 11e et 9e rangs en 2017. Une performance qui fait éviter au pays une « remontrance ». Cependant, le score de la Tunisie demeure largement en deçà du score moyen à l’échelle mondiale qui est de 60,4 points de la frontière, exprimant la meilleure performance en termes de compétitivité. Faut-il signaler que le «top 5 » de la compétitivité globale est constitué des Etats-unis, Singapour, l’Allemagne, la Suisse et le Japon.

La Tunisie a, en fait, enregistré une amélioration dans 39 indicateurs, stagné autour de 20 indicateurs et observé une dégradation sur 57 indicateurs sur un total de 98 indicateurs retenus dans la construction de l’indice global.

Des messages clairs et des enseignements forts

Au-delà des considérations méthodologiques, l’édition du Forum économique mondial est toujours éloquente. Analyser et suivre au peigne fin le positionnement compétitif du pays mérite toujours considération.

Selon le nouveau rapport, les principales améliorations de la Tunisie portent sur les indicateurs relatifs au « Taux d’homicide », la « Protection de la propriété intellectuelle », l’« Indice de connectivité routière », la « Fiabilité de l’approvisionnement en eau», les « Abonnements téléphoniques mobiles et cellulaires », la « Dynamique de la dette », le « Nombre moyen d’années de scolarité », l’ « Ouverture du commerce de service », le « Financement des PME », les « Délais de création d’entreprise », le « Dépôt de brevets ».

En revanche, les principales sources de dégradation concernent l’« Incidence du terrorisme », la « Fiabilité des services de police », l’« Efficacité du cadre juridique »,  la « Liberté de la presse », l’« Orientation future du gouvernement », l’« Incidence de corruption », l’« Efficacité des services de transport », la « Qualité de la formation professionnelle », les « Compétences numériques parmi la population active », l’« Approche critique dans l’enseignement », l’« Étendue de la domination du marché », les « Politiques actives d’emploi », la « Solidité financière des banques », la « Croissance d’entreprises innovantes », les « Entreprises adhérentes à des idées novatrices », la « Qualité des institutions de recherche ».

Ce sont essentiellement les institutions dans leur acception la plus large qui sont donc plus pointées dans le rapport de la compétitivité mondiale, beaucoup plus que l’instabilité macroéconomique et la situation financière du pays. A ce titre, les conclusions du rapport de Davos ne semblent pas infondées. A vrai dire, nous en passons réellement sous la fourche. En effet, la cartographie de la performance tunisienne fait ressortir, plutôt re-confirmer, les effets sur le positionnement compétitif du contexte institutionnel et sécuritaire en premier lieu et les effets d’ordre structurel liés à la capacité d’innovation du pays et au climat des affaires en second lieu.

Dans cette lignée, le constat du président du Forum de Davos Klaus Schwab est que « seules les économies capables de reconnaître l’importance de la Quatrième révolution industrielle seront en mesure d’offrir plus d’opportunités à leur population ». Le Forum n’a pas manqué également de réitérer le rôle capital de la qualité des institutions dans la promotion d’un climat favorable à la productivité, la compétitivité et la pratique des affaires.

En matière de compétitivité, la Tunisie est une terre de contrastes. Le changement d’attitude au plan institutionnel demeure la condition sine qua non au regain des performances de la Tunisie dans le classement mondial, mais aussi et surtout à la libération des initiatives, à l’entrepreneuriat, à l’investissement et à l’innovation. La « tolérance » à l’échec sur ce front n’est plus permise. Les remous politiques et la fêlure dans la vie publique ne peuvent être à la rescousse du changement voulu et l’aspiration à un avenir meilleur.

Si le nouveau format de l’indice de compétitivité mondiale est venu réconforter en quelque sorte le positionnement de la Tunisie, il ne doit pas occulter la boîte de Pandore.

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