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Tunisie : “Si l’inflation ne s’arrête pas, les conséquences seront désastreuses” (El Abassi)

En février, le taux d’inflation a atteint 7,1%. Réaction de la BCT : L’augmentation du taux directeur qui passe de 5 à 5,75%. Le gouverneur Marouane El Abassi confirme que c’est une mesure douloureuse, mais il rappelle : “Si rien ne se fait pour freiner l’inflation, les répercussions seraient bien plus graves”.

Directement dans le vif du sujet, Abbassi a présenté la situation ayant poussé la BCT à prendre cette mesure : «Nous comprenons la conjoncture difficile. Nous sommes un pays qui passe par une transition globale. Nous avons des difficultés dans tous les domaines. Mais malgré tout, avoir 10% de déficit de la balance des paiements est intolérable. Le taux d’inflation a aussi atteint des proportions insoutenables. En février, il était de 7,1%. Un chiffre qui n’a pas été atteint depuis deux décennies. Là il fallait réagir, sinon, les choses deviendraient incontrôlables ».

Ce glissement, qualifié de « dangereux » par le gouverneur de la BCT a imposé des mesures urgentes, parmi lesquelles, l’augmentation du taux directeur de 75 points, passant ainsi de 5% à 5,75%.

Rim Kolsi, directrice des stratégies monétaires, souligne que cette augmentation du taux directeur, jugée « excessive » par plusieurs experts est « la meilleure solution pour freiner l’inflation ». Elle souligne : « C’est une mesure d’anticipation inévitable, surtout avec le taux de change du dinar par rapport à l’euro et au dollar », a-t-elle déclaré. Pour la responsable de la BCT, l’inflation va se poursuivre. La BCT envisage 7,2% pour l’année 2018. La sortie du tunnel ?

Pour la responsable de la BCT, ce sera vers la fin de l’année 2018. Quand à l’impact de l’augmentation du taux directeur, elle aura des effets en 2019. Elle souligne ensuite que si l’inflation continue, au-delà des prévisions, le taux directeur de la BCT pourrait encore augmenter : « De 20, 50 ou 100 points. S’il le faut, nous irons le plus loin possible, parce que nous n’avons pas vraiment le choix ».

Le gouverneur reprend la parole et affirme que la situation économique est « effrayante ». Il souligne : « Nous sommes un petit pays. Dans une économie de marché, nous sommes exposés à tous les dangers : politiques, sociaux et même climatiques. Maintenant, pour revenir en arrière, baisser le taux d’inflation et conserver la stabilité des prix, il y a beaucoup de travail et de sacrifices à faire ».

Défendre le dinar ? Pour Marouane El Abassi, c’est actuellement très compliqué : «Même si nous le voulons, nous ne pourrons pas. Le déficit du commerce extérieur est alarmant. En termes d’avoirs en devises, nous sommes à 80 jours d’importation. Nous devons inciter les entreprises à investir. Encourager l’export et rationnaliser l’import».

Mais comment encourager l’investissement quand les taux d’intérêt augmentent, ce qui impacte directement les coûts des projets et la compétitivité des entreprises exportatrices ? El Abbassi répond : «Pour l’investisseur c’est l’accès au crédit qui est le plus important et pas le taux d’intérêt. La bonification du taux ? C’est une décision budgétaire qui revient au ministère des Finances. Il faut comprendre que la BCT n’a pas le pouvoir exécutif sur tous les aspects de l’économie, mais c’est un parmi plusieurs autres intervenants qui doivent collaborer tous ensemble ».

Le gouverneur regrette ensuite le manque de réactivité de secteurs sensibles de l’industrie tunisienne : « Le textile, le tourisme ou encore l’extraction du pétrole ou du phosphate. Le port de Radès ? Il est inadmissible que des marchandises attendent des dizaines de jours avant d’être livrées. Les délais étaient de trois jours en 2010. Notre travail consiste aussi à relever et remonter certaines défaillances aux autorités compétentes, en espérant que des solutions concrètes soient rapidement appliquées ».

Le gouverneur de la BCT met ensuite les citoyens devant leurs responsabilités : « Quand les gens se plaignent, ils doivent être conscients qu’ils sont des acteurs de l’économie et qu’ils sont aussi responsables de la situation. Rien ne changera tant que le pays entre en hibernation durant le mois de Ramadan et aussi pendant l’été. Si nous voulons que les choses changent, que le dinar reprenne de la valeur, il faut tout simplement travailler. Il n’y a pas de solution miracle. Cette augmentation du taux directeur aura certes un impact négatif, mais si nous ne faisons rien pour freiner l’inflation, les conséquences seront désastreuses».

Le gouverneur de la BCT revient ensuite sur les rapports de l’UE, du GAFI et des agences de notation. En effet, la Tunisie s’apprête à contracter un nouveau prêt. Il s’agit de la troisième tranche du crédit du FMI.  « Nous devons rester positifs malgré tout ce qui a été dit et fait. Nous avons une sortie sur le marché monétaire international qui est prévue pour cette fin de mois, suite à la demande de l’Etat. Nous y allons avec beaucoup de confiance et de force, malgré toutes les difficultés ».

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