Mardi , 24 octobre 2017
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Tunisie-Libye: Pourquoi Hafter est-il venu en Tunisie ?

Annoncée en dernière minute, plus est de sources autres qu’officielles, la visite en Tunisie du maréchal Khalifa Hafter, l’homme fort de l’Est libyen, semble tenir davantage du mystère que de la pratique diplomatique. Le protocole a été sauf et de bon aloi. L’hôte libyen a été reçu comme il se devait au palais de Carthage par le président de la République, Béji Caïd Essebsi qui lui a réaffirmé « le souci de la Tunisie de ne pas s’ingérer dans les affaires internes de la Libye et de se tenir à égale distance des différents acteurs libyens ». Une position défendue et invariablement réitérée par les responsables tunisiens, convaincus que « la stabilité de la Libye est la condition sine qua non pour celle de la Tunisie ». D’ailleurs, BCE a appelé les différents acteurs libyens à « transcender les conflits et à faire prévaloir le dialogue et la réconciliation pour aller de l’avant dans la construction de l’Etat, et la mise en place de ses institutions, dans le droit fil de la consolidation des attributs de la sécurité et de la stabilité en Libye et dans la région toute entière ».

Peu loquace sur la question, le maréchal Hafter s’est borné à «rendre hommage au président de la République pour ses efforts et son souci contant de pousser vers un règlement de la crise en Libye », tout en saluant «  le rôle de la Tunisie et son engagement continu à se tenir aux côtés du peuple libyen et à le soutenir en ces circonstances délicates, particulièrement dans sa lutte contre le terrorisme ». Point barre.

Hafter est-il venu en Tunisie pour uniquement rencontrer le président de la République, Béji Caïd Essebsi ? Des responsables libyens cités par « Herald Libya » un site libyen « généralement incontournable s’agissant d’informations puisées à bonne source », ont affirmé que la « vraie raison de la visite de Hafter en Tunisie est de s’entretenir avec l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Peter Bodde. Ce dernier, ajoutent les mêmes sources, a eu des « discussions approfondies avec Fayez al-Sarraj, président du Conseil Présidentiel du Gouvernement d’Union National (GNA) sur la situation politique en Libye, des entretiens qui se sont poursuivis pendant 5 heures », révélant que « dans une tentative de sortir de l’impasse, Washington est en train de faire pression sur les deux hommes [ Al-Sarraj et Hafter] pour aller de l’avant dans l’accord dont ils avaient convenu à Paris en juillet dernier ».

Un arrangement resté lettre morte

Lors de ce rendez-vous parisien, les deux principaux protagonistes de la crise, avaient promis de travailler à la tenue d’élections en 2018. Mais, pour le moment, aucun de deux acteurs ne donne vraiment l’impression d’aller dans le sens des engagements pris. Il est vrai que les deux hommes se sont abstenus de parapher un quelconque texte, mais s’étaient engagés sur une feuille de route pour sortir leur pays de la crise qu’il traverse depuis 2011. Le document final évoquait, en outre, la promesse d’un cessez-le-feu, l’idée de la création d’une armée nationale et surtout la volonté d’organiser des élections, présidentielle et législatives, rapidement. Mais rien de tel n’a été traduit dans les faits alors que le processus convenu s’ensable au fil des jours.

D’autres pays et organisations sont entrés en lice pour faire bouger les choses. Au point que le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, est allé jusqu’à estimer dernièrement que «  le moment était venu d’organiser des élections en Libye pour mettre fin à l’anarchie politique qui y règne depuis 2011 », soulignant la nécessité pour les Libyens de se préparer à retourner aux urnes en 2018. « Il est très important, cependant, de ne pas trop se presser. Il doit y avoir une constitution et une base acceptée pour que ces élections se déroulent», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse animée conjointement avec le Secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson au terme d’une rencontre consacrée justement à la Libye et à laquelle ont pris part des représentants français, italien, égyptien et des Emirats arabes unis.

Hafter, l’homme incontournable

Il est dit que le maréchal Haftar a toutes les cartes militaires en main pour conforter son statut d’homme fort car le pouvoir est éclaté entre les milices de Tripoli, de Misrata au nord-ouest du pays, les Touaregs et les Toubous au sud, les Amazighs à la frontière tunisienne et tous les groupes qui dépendent soit d’Al-Qaida au Maghreb Islamique soit de Daech. On dit aussi qu’il est le seul à avoir sous ses ordres des troupes conséquentes avec infanterie, aviation et une marine. Et pour l’Europe, il est l’homme du moindre mal qui pourra monnayer l’arrêt de l’immigration sauvage.

Un profil qui ferait de lui un maillon incontournable pour toute solution de la crise qui s’envenime en Libye depuis 6 ans. Les Européens l’ont compris, les Américains aussi. Les Tunisiens viscéralement attachés à leur ligne de stricte neutralité vis-à-vis de tous les acteurs politiques de leur voisins, et hostiles à toute intervention étrangère, pensent et entendent jouer un rôle, de concert avec l’Algérie et l’Egypte, pour déblayer le terrain vers un consensus qui mette fin au chaos et préparer la transition vers un Etat dans lequel se reconnaitront tous les nombreux protagonistes.

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