Dimanche , 29 mai 2022
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Tataouine : Pour BCE et Chahed, TOUT commence… ou s’arrête ici

C’est sans aucun doute l’un des virages les plus délicats à négocier pour l’exécutif tunisien. C’est à travers la gestion de la crise à Tataouine, plus même que tous les autres défis du moment, que le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi et celui du gouvernement, Youssef Chahed, gagneront leurs gallons de patrons de l’exécutif. Ou les perdront. Définitivement. Au-delà de la crispation sociale dans une région, c’est l’avenir de tout un pays qui se joue là, sous nos yeux. L’heure est grave, et là pour le coup ce n’est pas un artifice langagier, elle l’est vraiment. De ce qu’on a entendu, pour le moment, la situation est inextricable. Elle a même tendance à empirer, avec le décès d’un manifestant survenu ce matin du lundi 22 mai 2017, dans des circonstances floues pour le moment. Le ministre de l’Emploi, Imed Hammami, lui parle d’une bousculade qui aurait été fatale à Mustapha Sekrafi, piétiné par la foule qui cherchait à échapper à l’épais nuage de gaz lacrymogène lâché par les forces de l’ordre. Alors que c’est un tout autre son de cloche à Jawhara FM, qui évoque la main, involontaire, des forces de l’ordre, ou plus précisément un de leurs véhicules qui aurait écrasé le malheureux. Même conclusion du site d’informations jeuneafrique.com. Ce qu’on sait pour le moment c’est que les résultats de l’autopsie n’ont toujours pas été dévoilés, épaississant davantage le mystère autour de cette tragédie…

Après le tour de vis décrété par le président de la République, le 10 mai 2017, excédé par les mouvements de protestation qui bloquent les sites de production depuis le départ de Ben Ali, il fallait s’attendre à ce que la tension atteigne son paroxysme. Un incident de ce type était inévitable, car on était sûr que les manifestants allaient, d’une manière ou d’une autre, tester les limites de cette réorientation majeure depuis la révolution. Tournant décisif, prise de conscience, retour de l’Etat de droit, application pleine et entière de la loi… Vous l’appelez comme vous le voulez, une chose est sûre : Les événements de Tataouine vont dicter le tempo de la direction du pays. Pour les chefs de l’exécutif – BCE et Chahed -, ça passe ou ça casse.

L’ordre a un prix, très lourd

Depuis cette fameuse journée du 14 janvier 2011, les institutions ont été jaugées, sous toutes les coutures, par une jeunesse en colère, souvent à juste titre, mais rarement avec la justesse qu’il faut, confondant souvent liberté et anarchie, droit et droit absolu, revendications légitimes et désidératas à satisfaire immédiatement. L’autorité de l’Etat est sans cesse bousculée, piétinée, bafouée ces dernières années. Patiemment, pendant trop longtemps peut-être, les responsables ont laissé faire, préférant s’accommoder de ce qui tout de même tue l’économie à petit feu et donne une piètre image de la Tunisie. Alors qu’à côté, au Maroc par exemple, ce sont des environnements sans aucun nuage que les autorités offrent aux investisseurs, qui ne se font pas prier pour rappliquer.

Pourtant les gouvernements, toux ceux qui se sont succédé depuis le départ précipité du dictateur, n’ont pas manqué de générosité face à une jeune intraitable, aux yeux de laquelle rien ne trouve grâce. Il y a quelques jours, à Kamour, ce sont des milliers d’emplois qui ont été lâchés pour acheter la paix sociale. En vain, manifestement. Avant cela il y a eu les concessions faites aux sit-inneurs du champ pétrolier Sidi El Kilani, à Mahdia ou celles de la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco à El Golâa, à Kébili, etc. Ce qu’on veut dire par là c’est que l’Etat à chaque fois, après avoir épuisé toutes les voies de la raison en invitant les jeunes à patienter, a cédé, presque systématiquement, repoussant toujours au lendemain les décisions difficiles, lourdes de conséquence, il faut le reconnaitre. Avec les incidents de ce lundi les autorités, dos au mur, ont enfin réagi, durement, à la mesure du péril qui guette le pays, en plus des autres batailles à mener (terrorisme, contrebande, corruption, incivilités, pollution environnementale, bataille de la croissance économique, de la relance…). Le président de la République et le chef du gouvernement ont fait un grand pas vers le retour de la prévalence de la loi et de l’ordre. La pression populaire à Tatouine et ailleurs sera forte, elle l’est déjà, on verra si le nouvel édifice ébruité et vendu un peu partout après la sortie de Essebsi tiendra…

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