mardi , 31 janvier 2023
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Libye : alerte en Méditerranée

Le chaos politique et sécuritaire qui règne en Libye touche ses voisins, l’Europe… Et préfigure une recomposition géopolitique d’envergure.

Oubliez le casse-tête chinois, préférez-lui son pendant libyen. Une équation qui rendrait neurasthénique le plus patient des diplomates sous Prozac. Sur le papier, la Libye est un bonheur économique. Six millions d’habitants, un territoire vaste comme deux fois et demi la France, un sous-sol gorgé de richesses (la neuvième réserve de pétrole au monde), une situation géographique radieuse, bref, la félicité faite terre. Avec plus de 3 % des réserves mondiales de pétrole, la Libye a théoriquement les moyens financiers de vivre confortablement, de s’assurer un futur radieux et prospère, d’édifier un système de santé, éducatif, digne des pays scandinaves. De devenir une sorte de Qatar du Maghreb. Ça, c’est pour la théorie.

Trois gouvernements en parallèle

En 2017, un tiers de sa population a besoin d’aide humanitaire, selon un rapport de la Banque mondiale. En 2017, le pays est synonyme de terrorisme, de mafias qui organisent l’exploitation des migrants africains, d’insécurité. En 2017, 18 millions d’armes sont en circulation, selon les propos du ministre des Affaires étrangères tunisiennes, Khemaïes Jhinaoui. Donald Trump a récemment couché le nom de la Libye sur son décret anti-immigration (aux côtés de ceux de la Syrie, de l’Irak ou du Yémen). La France a rapatrié son ambassade à Tunis fin juillet 2014 à la suite de l’attentat qui a dévasté ses locaux et manqué de tuer son ambassadeur à dix minutes près. En 2017, ils sont plusieurs à revendiquer la gouvernance du pays. Si l’ONU a imposé un gouvernement d’union nationale présidé par le placide el-Sarraj, son volontarisme ne fait pas l’unanimité sur place. À l’ouest comme à l’est, à Tripoli comme à Tobrouk, on ne reconnaît pas sa légitimité. Et un militaire, ancien pilier de Kadhafi, a lancé sa propre guerre.

La croisade du maréchal Haftar

Khalifa Haftar n’est pas un nouveau-né issu de la révolution qui a fait chuter Kadhafi en 2011. Il a été un de ses militaires fétiches, avant de prendre le chemin de l’exil en 1986. Il résidera aux États-Unis pendant plus de vingt ans. Il effectue son come-back en 2014. Et mène sa propre guerre à partir de l’Est. Ses cibles ? Les islamistes. De Daech aux clans tripolitains. Ce qui lui vaut l’ardent soutien du raïs égyptien, le maréchal Sissi. Haftar a longtemps fait du porte-à-porte diplomatique pour trouver des soutiens financiers. L’homme a besoin d’armement pour sa soldatesque. Il semblerait que Vladimir Poutine soit désormais sensible à sa cause. La Russie pourrait à peu de frais – quelques rencontres de haut niveau, des soins médicaux accordés aux soldats de Haftar – mettre un orteil sur les rives libyennes. Ce qui serait un séisme géopolitique pour l’Europe.

Essebsi : « Le risque de partition demeure »

La seconde victime de ce chaos, après les Libyens, est la Tunisie. Sa longue frontière mitoyenne (plus de 500 kilomètres) est désormais surveillée comme le lait sur le feu. Un mur de sable a été érigé, doublé d’un large fossé empli d’eau. Un rempart contre les djihadistes et les contrebandiers. Les uns étant parfois les alliés des autres. À Tunis, on s’active. On reçoit. On consulte. On n’interfère pas dans les affaires intérieures, « une constante de la diplomatie tunisienne », selon son président, la Tunisie estimant que c’est « aux Libyens à trouver une solution entre eux ». Le président Essebsi a toujours martelé qu’une intervention militaire serait contre-productive. Le 21 janvier, une réunion s’est déroulée au Caire entre l’Algérie, l’Égypte, la Tunisie et les acteurs-clés du casse-tête libyen. Objectif en langage diplomatique : « rapprocher les points de vue entre les différentes parties libyennes ». D’autres réunions tripartites suivront. Dans son livre d’entretiens avec Arlette Chabot (1), Béji Caïd Essebsi résume l’enjeu : « La Libye était notre grand débouché commercial. Nos relations bilatérales étaient bénéfiques. C’est aujourd’hui notre voisin de tous les dangers. » « La Libye avant 2011 était le deuxième partenaire de la Tunisie », explique son ministre des Affaires étrangères, M. Jhinaoui, « les échanges étaient de l’ordre de 2,5 milliards de dollars ». Aujourd’hui, la somme est proche de zéro. Et si BCE ne croit pas « à une partition de l’Irak et de la Syrie », il estime que « le risque de partition de la Libye demeure avec l’enjeu des ressources pétrolières ».

Sans solution politique point d’avenir

Outre le terrorisme, le trafic des migrants est devenu un des cauchemars de l’Union européenne. Ses dirigeants se sont réunis à Malte le 3 février dernier. Le jour même, 1 300 migrants étaient secourus au large des côtes libyennes. À la suite de ce sommet informel, une déclaration était publiée. En syntaxe ouatée, cela donne ceci : « En Libye, il est essentiel de renforcer les capacités pour que les autorités soient en mesure de prendre le contrôle 
des frontières terrestres et maritimes et de lutter contre les activités de transit et de trafic. » En version brute : avec 181 000 migrants venus de Libye en 2016, des centaines (au minimum) de morts en Méditerranée, l’Europe vacille faute de solution politique entre les différentes parties libyennes. Le dossier libyen concerne de très nombreux pays. De Tunis à Bruxelles, de Moscou au Caire, d’Alger à Washington, on tente de favoriser des solutions. Qui ne pourront venir que d’une volonté locale. Les responsables libyens seront responsables devant l’histoire de leur cupidité politique et territoriale. Faute d’une solution, la nature ayant horreur du vide, il y aura toujours des fanatiques et des caudillos potentiels pour tenter leur chance. Le casse-tête libyen demeure insoluble. Et venimeux.

1. Tunisie, la démocratie en terre d’Islam aux éditions Plon.

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