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Institut de Défense Nationale : Quand la grande muette brise le silence

 

 

Dame Nature souffle aujourd’hui le chaud avec un beau soleil printanier digne de la fin du mois où on ne se découvre d’aucun fil. D’ailleurs, le sujet de discussion des habitués de ces lieux tourne ce matin autour du changement des uniformes prévu pour le 22 mai prochain. Car ici, tout est calculé au millimètre…  à la seconde près.

 

En témoigne le dispositif sécuritaire installé à l’entrée afin que tous les accès soient passés au crible avec un sourire mesuré qui n’a rien de la familiarité mais plutôt tout d’un accueil qui se veut un tant soit peu chaleureux pour que les invités de cette première repartent imprégnés d’une institution sans doute pas comme les autres. Nous sommes un certain vendredi 29 avril 2016 à l’Institut de Défense Nationale où militaires et hommes de médias s’apprêtent à la clôture d’un événement historique aussi bien pour les uns que pour les autres

 

En effet, et pour la première fois de son histoire, l’institution militaire a tendu la main aux rédacteurs en chef des médias nationaux à travers une session de formation exceptionnelle organisée dans les locaux de l’un des plus prestigieux sites de l’armée où l’on ne forme pas n’importe qui. Tout au contraire, les bancs de cette institution sont réservés à des profils triés sur le volet et destinés à de hautes missions de l’Etat. Ici, tout se construit autour de la patrie, rien que la patrie tel que n’a jamais cessé de le répéter Le Colonel Major Mohamed Ennasser Ezar, le directeur des lieux.

 

Cet officier général n’a pas été sans marquer les esprits de la plupart des participants à cette session. Sa droiture, son sérieux et son souci de la discipline sont impressionnants, notamment à travers son regard qui force le respect et suscite même la curiosité. Il s’agit d’un personnage type se prêtant au portrait surtout quand on a fini par lui arracher le sourire et voir enfin se profiler une autre facette de ce grand commis de l’Etat qui n’a juré 15 jours durant que par le nom de La Tunisie

 

Et c’est dans cette même optique que les premiers responsables des trois différentes armées (terre, mer et air) ainsi que le directeur général de l’Agence des renseignements et de la sécurité pour la Défense ont fait un déplacement historique qui restera dans les annales de leur institution pour présenter leurs missions à des faiseurs de contenu médiatique.

 

Les membres du Conseil Supérieur des Armées de la Tunisie post 14 janvier 2011 viennent de signer une sortie légendaire de leur sacré silence au profit des responsables éditoriaux des médias afin de créer un canal de communication où l’objectif est unique et commun : lutter contre le terrorisme.

 

Cette guerre contre un seul ennemi est menée par des soldats de la patrie dont les uns « mouillent le maillot » sur les frontières, dans les montagnes, dans des conditions extrêmes et sur des terrains souvent impraticables sans jamais se lamenter ni se plaindre.

 

Et ce, jour et nuit, 24h sur 24h, 7 sur 7 et 12 mois sur 12. Quant aux autres soldats de la patrie, leur dévouement passe par leur plume, par leurs ondes et par leurs écrans. Et de là, vient toute la sensibilité de la mission respective des uns et des autres

 

Il va sans dire que le travail militaire dans ses moindres détails frôlant le confidentiel et le secret, n’a jamais été mis à la disposition des journalistes qui n’en demeurent pas moins curieux de découvrir de quoi sont faites les interminables journées de nos armées aussi bien aux bases que sur le qui-vive.

 

Cette session exceptionnelle de formation a servi en effet d’échange à même de fondre la glace entre deux corps qui comme les parallèles, ne se rencontrent jamais. Sans aucune ambition d’amadouer les hommes de médias, indomptables par définition, le débat a été lancé deux semaines durant sur la difficile équation d’informer en temps d’opérations terroristes c’est-à-dire en temps de guerre sans léser les forces de sécurité ou divulguer ce qui n’est pas censé être dit. Voilà c’est compliqué.

 

Et pourtant, militaires et rédacteurs en chef s’accordent à dire que le scoop ne peut jamais avoir lieu aux dépens de l’intérêt de ce pays. Et de continuer sur cette lancée historique de violons accordés avec un retour sur les erreurs monumentales commises lors de certaines couvertures d’opérations terroristes. Nul ne peut les nier et ce n’est une faiblesse ici.

 

Quelle grandeur d’âme que de se regarder dans la glace de la critique et voir ses lacunes. Après tout, on parle d’un secteur qui n’a jamais été confronté à des situations aussi délicates et sensibles ; on parle d’un secteur qui n’a pas assez été poussé jusqu’à ses derniers retranchements pour avoir le recul nécessaire de diagnostiquer ce qui a marché et ce qui a moins marché ; on parle d’un secteur qui a été livré à lui-même depuis le 14, un secteur en pleine gueule de loup entre les mains de personnes pas toujours les bonne ou les meilleures pour veiller sur ses intérêts et sa crédibilité.

 

Ce tableau est par ailleurs valable pour nos forces armées à quelques différences près. Partant, Farhat Horchani, le ministre de la défense ayant rehaussé par sa présence la cérémonie de clôture de cette session exceptionnelle à tous les points de vue, a saisi cette occasion pour mettre le doigt sur l’importance du rôle des médias dans cette guerre farouche contre un ennemi très particulier.

 

Si ce dernier est réputé pour être bien organisé sur tous les plans notamment celui de la communication dont il fait une arme tranchante, l’armée l’est encore plus et mieux puisque la discipline est son essence même.

 

Et pour preuve, elle élargit en une première son éventail d’organisation en collaborant avec les médias et en discutant les bases d’une stratégie de communication qui ne fâcherait pas les deux parties sans pour autant les léser dans leurs principes fondamentaux.

 

Ce terrain d’entente, d’après le ministre ainsi que les différents intervenants de la formation, passe par le bon sens et l’intérêt de la patrie. Que ceux qui à défaut de savoir faire du journalisme font du buzz ne soient pas la majorité de cette profession. La place est plutôt à ceux qui savent «slalomer » entre éthique et devoir d’informer ; rechercher l’exclusivité en bon journaliste soucieux d’arriver parmi les premiers à la course sans faire de cette recherche une fin en soi au détriment des troupes et de leur résultat.

 

Et les militaires de souligner à l’unanimité l’utilité de se poser des questions et de trier ses sources. Les rédacteurs en chef n’ont pas tout aimé dans ce qui a été dit et c’est tout à fait normal de prendre le micro pour tantôt rectifier le tir tantôt compléter ou renchérir

 

A la fin des deux semaines, et en présence de la crème de l’institution militaire, la salle studieuse s’est ornée des uniformes décorés selon les grades et les postes des officiers des différents corps de notre armée allant du vert de terre aux deux nuances du bleu de l’air et de la mer qui saluent et se saluent dans une ambiance solennelle et prestigieuse qui en dit long sur les couloirs du pouvoir de cette grande muette qui a su véhiculer et vendre son savoir faire aux rédacteurs en chef jusqu’au bout. 

 

Et plus. Parce que le besoin de se revoir a été exprimé de part et d’autre. Dans le même cadre ? D’emblée, l’Institut de Défense Nationale ne se présente pas désormais comme le site approprié. Mais qui sait ce qui pourrait se mijoter entre ses quatre murs avec l’accord de la hiérarchie ? Ce qui est certain tout de même, c’est qu’il y aura des retrouvailles ailleurs car la grande muette est plus que jamais déterminée à parler quand il le faut et comme il le faut. Attendons de voir.

 

 

 

 

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