Samedi , 20 août 2022
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Régiment d’honneur: Un cérémonial militaire fastueux

 

 

Les murs extérieurs de cette caserne de la Manouba ne laissent rien apparaître de sa spécialité, n’était cette musique de fanfare que perçoivent parfois de loin riverains et passants. En apparence, une caserne comme toutes les autres de l’armée nationale, dans son architecture, son aménagement, son fonctionnement.

 

Ceux qui ont la chance d’accéder au quartier général du Régiment d’honneur à la Manouba, pénètrent dans un univers certes militaire mais à dimension culturelle, artistique, équestre et protocolaire. Le nec plus ultra. La musique a toujours accompagné les guerriers depuis l’aube des temps, les chevaux, éléphants, chameaux et autres montures aussi.

 

Les historiens de la dynastie husseinte attribuent à Ahmed Bey la constitution de la première brigade cavalière en 1840 qui, forte de 3 000 hommes, ira participer avec les troupes ottomanes à la guerre de Crimée. Quant à la fanfare, elle a été dans le cérémonial beylical. Sous l’occupation, l’armée française déployait sa propre compagnie d’honneur.

 

Il aura fallu attendre l’indépendance pour que la première compagnie d’honneur tunisienne voie le jour en 1963 et soit élargie dès 1965, en compagnie d’honneur avec détachements des trois armées : terre, mer et air.

 

«Aujourd’hui c’est tout un Régiment d’honneur», explique à Leaders son commandant, le colonel-major Fathi Ben Anaya. Formé à l’Académie militaire et dans diverses écoles spécialisées en Tunisie, en France, Espagne, Italie et aux Etats-Unis, cet officier supérieur, ancien des forces spéciales, avait assuré auparavant nombre de commandements dans la capitale et à l’intérieur du pays, y apporte son expérience et son sens du respect des traditions militaires.
«Le régiment compte trois unités, ajoute-t-il. La première est celle de la musique, formée de clique et musique. Musiques s’entend au pluriel puisqu’elles ne se limitent pas aux instruments de percussion et de cuivre, mais englobent également des orchestres d’harmonie.
La deuxième unité est formée des détachements des armées, alors que la troisième est réservée à la cavalerie.». Quatre missions principales sont assignées au Régiment d’honneur, indique le colonel-major Ben Anaya. Elles sont à caractère opérationnel, spécifique, général et dédiées à la formation. 
 
Au titre des missions opérationnelles, comme toute unité militaire nonobstant sa spécialité, il s’agit de se tenir à disposition pour assurer toute mission  de combat ordonnée par l’Etat-Major dans le cadre de la défense du territoire. C’est ainsi que des éléments du Régiment d’honneur ont servi sur le terrain lors du déclenchement de la révolution et, par la suite, lors de différents autres évènements.
 
Pour ce qui est spécifique, la mission consiste à rendre les honneurs militaires, lors de cérémonies officielles au plus haut niveau de l’Etat, telles que les visites officielles, la remise des lettres de créance, la commémoration de fêtes nationales et hommages aux martyrs, la célébration-souvenir  à des soldats étrangers tombés sur des champs de bataille en Tunisie, ou encore des manifestations culturelles, sportives et économiques. 
 
C’est ainsi que le régiment a participé aux cérémonies d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations (foot), en 2004, à des festivals culturels en Tunisie et à l’étranger, ou tout récemment à l’inauguration du Salon international de l’agriculture du machinisme agricole et de la pêche (Siamap), au titre des activités équestres relatives à la promotion du cheval. 
 
A l’étranger, le régiment était invité à la célébration du 70e anniversaire du débarquement des Alliés en Normandie, à Caen en juin 2014, alors que la clique et musique aligne pas moins de 17 participations à l’étranger.
 
Toujours au titre de cette mission spécifique, figure la préservation et la perpétuation des traditions équestres au sein de l’armée et leur consolidation en fournissant des chevaux à toutes les casernes, œuvrant à la préservation et à l’amélioration de la race chevaline, qu’il s’agisse de pur-sang arabe, barbe et arabe barbe.
 
Troisième mission, elle relève des interventions à caractère général, à savoir la participation à des actions de secours (inondations, séismes, etc.) et de maintien de l’ordre.
Quant à la quatrième et dernière mission, elle porte sur la formation dans les deux domaines spécifiques au régiment : la musique militaire et l’équitation. C’est ainsi que le Régiment d’honneur est doté d’une école de musique et d’un centre de formation de cavalerie. 

La parade musicale

 

Bâton de commandement en l’air, le commandant de la compagnie clique et musique avance en tête. Une centaine d’hommes et de femmes, en tenue de parade, le suivent en rangs harmonieux. La tenue est magnifique : rouge et blanc, les couleurs du drapeau, pour les grandes cérémonies, et en dérivé, rouge et noir pour les autres défilés et manifestations. Juste derrière le commandant se trouvent deux porteurs de chapeaux chinois. Surmontés chacun d’un croissant et d’une étoile, ces chapeaux métalliques revendiquent les couleurs tunisiennes.
 
La compagnie se compose de deux parties : la clique (4 instruments de percussion) et la musique  (26 instruments). Alignement, harmonie, gestuelle et sonorité : tout est solennel, faisant vibrer l’auditoire. Le commandant est vigilant, attentif au moindre détail, s’adressant à chacun de ses musiciens.
Quand il s’agit de tourner à gauche ou à droite, le mouvement devient chorégraphique. Pas la moindre imperfection. Il y va du faste cérémonial. 

Un véritable conservatoire de musique

 

Elle a tout d’un conservatoire de musique : enseignants diplômés, programmes pédagogiques, salles de répétition et même une unité de réparation et de maintenance des instruments. «Nous fonctionnons comme une école de musique orchestrale et militaire à part entière, explique à Leaders son commandant, le colonel Habib Ben Orfi. Le recrutement, hommes et femmes, se fait sur la base de concours nationaux pour les professeurs de musique.
Pour les autres, le choix est effectué parmi les élèves des écoles militaires en détectant les talents et en leur permettant de se perfectionner, selon leurs vocations. Au programme, des cours de solfège, orchestration, chant et maîtrise de divers instruments. Rien que pour la clique et musique, nous utilisons 30 instruments dont 4 spécifiques à la clique. Quant à la fanfare de la cavalerie, elle utilise 5 instruments».

«Devant rendre les honneurs lors des visites et cérémonies officielles, la compagnie clique et musique doit pouvoir jouer à la perfection les hymnes nationaux de tous les pays frères et amis, poursuit-il. Nous recevons tous les documents y afférents, notamment les partitions que nous consignons dans une base de données constamment mise à jour. Nous nous mettons aux répétitions.
Si pour les visites officielles et les cérémonies de remise de lettres de créance, nous sommes généralement avisés à l’avance, nous devons nous tenir prêts cependant pour toutes les circonstances imprévues ». 
 
Dans la salle de classe, une trentaine de musiciens, hommes et femmes, sont en plein exercice. Ce jour-là, ils jouent une marche militaire tunisienne intitulée «Hached». De grands compositeurs tunisiens, tels que Salah El Mehdi ou Mohamed Triki, ont légué à l’Armée nationale des marches mémorables. Le professeur de musique fait jouer les instruments un à un, puis par type, avant de lancer l’ensemble. Comme dans un conservatoire.
 
Dans une grande salle aménagée en mini-amphithéâtre, c’est l’orchestre oriental qui est en répétition. L’exercice du jour consiste à jouer un magnifique morceau intitulé «Ode de joie» qui fait appel à un talent affirmé de chacun de la quarantaine de musiciens.
Au pupitre, le chef d’orchestre, le lieutenant Mounir, avec sa baguette, veillant à l’harmonie. D’autres formations musicales sont également en cours de solfège ou de répétition, sous le commandement du capitaine Karim, un musicien talentueux qui joue pratiquement de tous les instruments. Le rythme bat son plein.  
La visite de l’école de musique ne peut se terminer sans une halte à l’atelier de réparation et de maintenance des instruments. De jeunes musiciens sont formés à ces techniques. «Pour être de bons techniciens, il faut qu’ils soient d’abord de bons musiciens, précise le colonel Ben Orfi.
C’est ce qui leur permettra d’assurer la maintenance et la réparation convenables en s’assurant du rendu musical exigé» Voilà un vrai métier qui est rare, peu prisé par les jeunes dans le civil et pourtant bien rémunéré.

 

 

 

 

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