Samedi , 28 mars 2020
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Secteur informel, un fléau à haut risque

 

 

Le marché informel s’attaque de plus en plus aux secteurs stratégiques. La contrebande infiltre, quant à elle, également le domaine sécuritaire, ce qui risque d’être très lourd de conséquences.

 

Les institutions financières  internationales tirent la sonnette d’alarme. Le marché parallèle en Tunisie maintient, depuis quelques années déjà, une tendance haussière spectaculaire, ce qui risque de mettre réellement en danger la santé de l’économie nationale. On parle ainsi d’un taux de plus de 51% du PIB et d’un montant dépassant les 40 milliards de dinars, alors que le manque à gagner fiscal s’élève à environ 2 milliards de dinars. Alarmant et effrayant, surtout en comparaison de nos voisins européens. Le marché parallèle se situe aux alentours de 11% du PIB en France et 15% en Italie, alors que la moyenne européenne est d’environ 19%. Et même  avec nos concurrents directs, l’écart reste significatif. Seul le Maroc détient une moyenne proche avec 50%.

 

Autre statistique : selon les données de la Banque mondiale, le secteur informel en Tunisie accapare à lui seul  54% de la main-d’œuvre, alors que l’informalité se concentre dans les microentreprises avec 524 000 unités et 35% du tissu entrepreneurial.

 

Ce qui est préoccupant, c’est que ce fléau s’étend aujourd’hui à tous les produits. Il s’attaque  même aux secteurs stratégiques, notamment l’énergie. En 2014, plus d’un million de tonnes de carburants ont transité par le marché parallèle.

 

 Il s’infiltre aussi, et c’est bien là un constat grave, dans le domaine sécuritaire, à travers le trafic d’armes, ce qui peut être très lourd de conséquences.

 

Une politique de contrôle fragile

 

Et c’est après la révolution que ce fléau a connu un rythme d’évolution assez accéléré en raison surtout de l’affaiblissement du contrôle. Préoccupé alors par la gestion d’une transition démocratique complexe, l’Etat a maintenu une politique passive et quelque peu indifférente face à la prolifération de ce fléau. On considère justement ce phénomène comme un moyen d’apaisement social grâce à sa capacité de créer des ressources financières stables. Et c’est là une question prioritaire pour nos décideurs, du moins provisoirement. Leur  souci majeur était justement de garantir absolument la stabilité sociale et éviter ainsi les mouvements de contestation et de perturbation.  

 

En plus de la question sociale, l’économie tunisienne, très mal outillée pour se relancer, s’est retrouvée, au lendemain de la révolution, grippée et totalement assoupie, avec une croissance anémique et étiolée. Cette fragilité de l’économie s’est traduite au concret  par l’aggravation d’un niveau de chômage, déjà inquiétant, notamment des jeunes. Cela est d’autant plus vrai que le secteur privé s’est montré incapable de satisfaire les demandeurs d’emploi. D’où cette orientation totale vers les circuits parallèles.

 

Ce qui est atterrant aussi, c’est que cette situation alarmiste peut s’aggraver davantage, notamment avec cette incertitude qui caractérise toujours notre environnement socioéconomique. Les grèves à répétition et la reprise en série des mouvements de protestation et de revendications forcent ce sentiment pessimiste.Aujourd’hui, face à ce tableau désolant, nos décideurs doivent rapidement mettre en place une stratégie adéquate, adossée à une politique d’orientation sociale plus réfléchie, tenant surtout compte des besoins réels de certaines couches, pour lutter contre ce fléau à haut risque.

 

 

L’objectif n’est pas certes de le réprimander complètement mais plutôt de le limiter, de l’organiser et mieux le contrôler. Car, malgré tous les dangers qu’il représente, le marché informel garde toujours une certaine utilité. Il offre parfois une chance réelle d’insertion, notamment pour les sans-statut et les sans-soutien.

 

 

 

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