Mercredi , 8 avril 2020
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Congrès national de lutte contre le terrorisme (1): Dialogue de sourds

Confusion sur la manière préconisée par les uns et les autres pour combattre le terrorismeA l’heure actuelle, il n’y a pas un sujet qui recueille une si grande unanimité que celui du terrorisme qui suscite une mobilisation générale, ce qui est un indice fort rassurant. Elle témoigne du fait que les Tunisiens sont unis face à ce fléau et qu’ils sont tous d’accord sur la nécessité de l’éradiquer depuis la racine.

 

C’est la tendance générale que l’on observe chez toutes  les composantes de la société civile et politique. Cependant, elle n’est pas aussi claire chez la première que la seconde. Si la position des parties civiles est non équivoque, il n’en est pas de même pour la société politique qui reste divisée sur la question, aussi bien au niveau de la tenue du congrès national qu’au niveau de la définition du concept de terrorisme.

 

 Effectivement, en dépit des discours, apparemment, concordants sur ces questions, l’attitude des différents partis politiques n’est pas la même. D’où la confusion sur la manière préconisée par les uns et les autres pour guerroyer contre le terrorisme, une confusion  qu’on peut facilement déceler rien qu’à voir l’hésitation de certaines parties  quant à la fixation de la date de ce congrès tant attendu et tant souhaité. 

A couteaux tirésTout récemment, Houcine Abassi, le secrétaire général de l’Ugtt, a lancé un appel pour la tenue d’un congrès national de lutte contre le terrorisme. Pour ce faire, toutes les parties concernées devraient signer un document en vue de l’élaboration d’une stratégie claire, comportant plusieurs approches, notamment sécuritaire, sociale et religieuse, en vue d’installer un esprit de tolérance, un projet qui requiert d’importantes ressources aussi bien humaines que financières et la préparation d’un cadre juridique et législatif pour que cette opération puisse être menée à bien, d’après lui. Dans l’exposé de sa conception, le secrétaire général de la centrale syndicale  n’a pas manqué d’imputer à  certaines parties politiques la responsabilité de l’échec de l’initiative de ce congrès, en juin 2013, en allusion à la Troïka.

Abassi n’en est pas resté là, mais a également appelé à réviser les relations avec certains pays et organisations internationales qui soutiennent le terrorisme, d’après ses affirmations. En fait, ne fait-il pas là écho aux déclarations du ministre des Affaires étrangères qui n’étaient pas du goût du président de la République qui a donc désavoué son ministre? Enfin, le secrétaire général de l’Ugtt, qui voulait impliquer toutes les parties dans cet effort d’envergure nationale, a mis l’accent sur la responsabilité et le rôle des dignitaires religieux à faire face au fondamentalisme religieux, en œuvrant  à éclairer les jeunes au moyen d’une lecture correcte de la religion musulmane. La réponse n’a pas tardé à venir, puisqu’Abdessalem Atoui, le secrétaire général du syndicat des affaires religieuses, a expliqué que les imams et les penseurs islamistes se trouvaient en première ligne dans le combat contre le terrorisme et l’extrémisme.

De son côté, le porte-parole du Front populaire, Hamma Hammami, a confirmé que leur coalition serait présente au congrès national de lutte contre le terrorisme, initié par le secrétaire général de l’Ugtt, soulignant qu’il n’y a aucune raison qui amènerait le FP à boycotter ce congrès, d’autant plus qu’il était le premier à avoir appelé à son organisation lors des travaux du Dialogue national. Hammami a fait remarquer que, lors de ce congrès, le Front pourrait exposer et expliquer sa position sur la question, tout en insistant sur le fait qu’une enquête est nécessaire pour dévoiler les causes de la propagation du fléau du terroriste en Tunisie, surtout au temps de la Troïka, accusée d’en avoir fait le lit par le FP, qui avait perdu deux de ses illustres leaders et fondateurs, justement pendant son règne. La déclaration de Hamma Hammami était, indirectement, contestée, ou plutôt, démentie par le président de la République qui a déclaré, sur France24, qu’il n’a jamais accusé la Troïka d’être à l’origine de la recrudescence du terrorisme en Tunisie.

«J’ai tout simplement dénoncé son manque  de rigueur pour le juguler», a-t-il précisé. Faouzi Charfi, dirigeant d’Al Massar, qui s’est mêlé de la partie, n’était pas de l’avis de Béji Caïd Essebsi, autrement dit, il soutenait la thèse de Hammami, en déclarant qu’à l’époque : «On nous parlait malheureusement de gens qui faisaient du sport et qui n’étaient pas dangereux». Et les composantes de la Troïka, Ennahdha en tête,  récusent formellement l’accusation, comme on peut l’imaginer, et accusent, à leur tour, leurs détracteurs d’envenimer le climat social et politique et de saboter «l’unité nationale». 

Résoudre le blocageVoilà comment les différents partis politiques communiquent entre eux, ils le font indirectement et s’accusent mutuellement. Au vu de ces dissensions, peut-on dire que les conditions sont réunies pour la tenue de ce congrès national de lutte contre le terrorisme? A-t-il des chances pour réussir avec des «partenaires» si divisés? Malheureusement, le scepticisme semble l’emporter sur l’optimisme, d’autant plus qu’ils ne sont même pas d’accord sur la définition du concept de terrorisme, alors que s’entendre sur une acception commune de ce dernier constitue la condition sine qua non pour la mise en place d’une stratégie de lutte contre cette peste. Faouzi Charfi n’a-t-il pas raison de dire que «ce problème est difficile à résoudre et va durer dans le temps»?

Déjà la loi antiterroriste divise les rangs en raison de ses imperfections, relevées, notamment, par les militants des droits de l’Homme. On voit très bien que la classe politique est loin de se rassembler autour d’une conception claire du terrorisme, comme le prétendent certains qui versent dans un optimisme béat. Et quand cette donnée de base manque, il est difficile de s’attendre à ce qu’il y ait une convergence au niveau des priorités à arrêter et des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre cette grande menace. Toutes ces divergences n’expliquent-elles pas les reports indéfinis de ce congrès de lutte antiterroriste? Permettent-elles de maintenir l’espoir de le voir un jour se réaliser? Mais, à supposer que ce vœu soit concrétisé, ne risque-t-on pas d’assister à une copie de la «Marche de la République»? Alors, ne serait-il pas plus judicieux de chercher les vraies raisons de ce blocage loin des cérémonies vaines et tapageuses?

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