Lundi , 27 juin 2022
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Le capital patience des familles des disparus épuisé

 

La société civile tunisienne se pose aujourd’hui plus d’une question sur le bilan du dossier de la migration et des victimes du tombeau marin, après la clôture de la période de transition qui a connu une succession de cinq gouvernements.

 

Dans ce sens, une conférence de presse a été organisée, le 29 janvier à Tunis, et ce conjointement par le Forum tunisien des droits économiques et sociaux, la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. L’objectif est de demander au nouveau gouvernement d’accorder de l’importance à ce dossier épineux.

 

Après Charlie Hebdo, l’amalgame

 

«Il est plus que nécessaire aujourd’hui de traiter ce dossier. La tragédie de Charlie Hebdo a conduit à des amalgames de toute sorte. Et face à la montée des actes anti-musulmans, certains Tunisiens résidant en Europe ont réellement peur», nous a affirmé Tarek Ben Hiba, président de la FTCR.

 

Après la France, le deuxième pays qui a été directement et doublement touché par les événements est la Tunisie qui a perdu six de ses enfants en France. Menés, à tord, au nom de l’Islam, les actes terroristes qui ont visé les caricaturistes et les Juifs ont également visé les musulmans qui vivent en France, en particulier.

 

La vague de l’amalgame a mis de l’huile sur le feu. Au dossier des disparus en mer s’est ajouté celui de l’immigration clandestine, légale ou «forcée». Les événements du 14 janvier 2011 ont poussé plusieurs Tunisiens à quitter massivement le territoire, mais d’une manière régulière, notamment vers Lampedusa. Cette vague de migration en 2011 avait fait 1.500 jeunes disparus en mer et en Italie. En 2012, 350 autres se sont dirigés vers le fossé marin. «Les conditions précaires dans lesquelles vivent certains Tunisiens les poussent à tenter de réaliser leurs rêves à l’étranger, ce qui n’est pas forcément évident. Ces immigrés se retrouvent aujourd’hui entre le paradis imaginaire et l’enfer réel. Nous voulons que le Conseil supérieur de l’immigration soit créé afin de nous apporter des réponses claires et urgentes à cet énigme qui a duré quatre ans», s’est exclamé Imed Soltani, fondateur de l’Association tunisienne “Terre pour tous“.

 

Aujourd’hui, la question de l’immigration ne concerne pas uniquement les familles des disparus en mer mais elle touche également toutes les familles des ressortissants tunisiens qui habitent ou travaillent régulièrement en Europe.

 

Un SOS au gouvernement

 

Le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) effectuait depuis le drame de Lampedusa un travail de terrain avec les migrants et leurs familles dont celles des disparus, et aussi un travail de plaidoyer afin de trouver des solutions auprès du gouvernement. Le FTDES mène également des recherches et tente, à l’aide d’experts, de trouver des traces de naufrage de bateaux dans la mer.

 

«Les familles attendent une réponse de la part des autorités depuis 2011. Quatre ans se sont écoulés, aujourd’hui ces familles ont épuisé leur capital de patience», a affirmé pour sa part Abderrahmane Lahdili, président du FTDES.

 

A l’heure actuelle, il n’existe pas de stratégie en matière de politique migratoire en Tunisie. «Pour préparer une stratégie il nous faut beaucoup de temps. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas travaillé sur l’élaboration d’une stratégie. La phase a été notamment consacrée au négociations avec nos partenaires étrangers», nous avait fait savoir Houcine Jaziri, ancien secrétaire d’Etat à l’Immigration et aux Tunisiens à l’étranger, auprès du ministre des Affaires sociales, dans le gouvernement Hamadi Jebali, un poste qu’il a conservé dans le gouvernement Ali Larayedh.

 

«Nous souhaitons que le gouvernement Essid accorde beaucoup d’importance à ce dossier dans son agenda. Il s’agit notamment de créer le Conseil supérieur de l’immigration, d’élaborer une stratégie nationale et de consensus avec la participation de la société civile et de créer un cadre juridique pour les immigrés libyens en Tunisie afin de leur garantir des droits et régulariser leur situation qui ont dépassé trois mois dans le pays. Il serait également important de revoir l’efficacité des conventions sur l’immigration clandestine ou forcée et d’apporter des solutions au dossier des disparus en mer», a affirmé Mouldi Jendoubi, secrétaire général adjoint de l’UGTT.

 

Selon Jendoubi, le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi, a appelé à la création d’un secrétariat d’Etat à l’Immigration, au cours d’une rencontre, organisée le 28 janvier, avec le nouveau chef de gouvernement Habib Essid.

 

 

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