Lundi , 15 août 2022
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La Diplomatie tunisienne de la 2ème République

 

Avec l’avènement de cette nouvelle année 2015, laquelle -on l’espère – augurera d’une nouvelle ère de stabilité, de sécurité et de prospérité économique et sociale en Tunisie et après l’intronisation du Premier Chef d’État, élu démocratiquement et librement par le peuple tunisien pour veiller aux destinées de la deuxième République, il est grand temps que  la vertu du travail retrouve ses lettres de noblesse dans notre pays. En effet, le plus grand défi qui se dresse actuellement devant notre pays c’est de se remettre rapidement au travail avec conscience, abnégation et altruisme, comme à la veille de l’indépendance de la Tunisie et qui a fait de notre pays une exception dans tout le monde arabe.

 

Il est vrai que l’administration tunisienne a su assurer l’essentiel pendant et après la révolution et éviter au pays de sombrer dans le chaos, mais cette administration tourne depuis des années au ralenti et la révolution n’a fait qu’exacerber cet état de léthargie dans lequel se trouve le service public. Et quand on sait que le service public a toujours été considéré, à juste titre, comme la locomotive de tout l’appareil de production dans le pays, on peut mesurer l’ampleur du défi qui se dresse devant nous.

 

Le nouveau Gouvernement devra prendre des mesures d’urgence pour réanimer le service public, y compris l’appareil militaire, sécuritaire et diplomatique avant de s’attaquer directement aux maux structurels de l’administration tunisienne, tels que la lourdeur administrative, la bureaucratie, la productivité et l’efficacité, l’absentéisme, etc.

 

Mais si le fléau du terrorisme et la conjoncture internationale et régionale ont poussé dans l’urgence, le Gouvernement sortant de M. Mehdi Jomaa à ouvrir le chantier de la restructuration et la modernisation de l’appareil militaire et sécuritaire, rien n’a encore été fait du coté du service diplomatique. Ce service, tout aussi important dans la lutte contre le terrorisme et dans la protection de la souveraineté du pays, demeure depuis le Gouvernement de Ben Ali, complètement négligé.

 

Nous sommes confiants que le nouveau Président de la République, M. Beji Caïd Essebsi, qui a été Ministre des Affaires Étrangères pendant l’âge d’or de la diplomatie tunisienne, saura lui donner son lustre d’antan en lui redonnant plus d’équilibre, de professionnalisme et de sobriété.

 

L’ancien Président Ben Ali qui s’est toujours senti rejeté par les diplomates et autres fonctionnaires du Ministère des Affaires Étrangères (MAE) du temps où il était Attaché Militaire au Maroc et ensuite Ambassadeur en Pologne, a tout fait pour marginaliser les diplomates tunisiens et le Département des affaires étrangères. Il a veillé surtout à nommer dans les postes de responsabilités au Ministère et notamment à la tête des missions diplomatiques et consulaires à l’étranger des personnes qui n’avait aucune formation ou connaissance du métier diplomatique. Leur seul mérite était d’être tout à fait acquis à sa personne et complètement au service de son régime.

 

 Cette marginalisation de la diplomatie s’est poursuivie avec la Troïka qui n’avait aucune vision claire de notre politique étrangère. Pire on a même assisté à la détérioration de nos relations extérieures avec un certain nombre de pays partenaires de la Tunisie.

 

Afin de permettre à la diplomatie tunisienne de retrouver son rayonnement international et de recouvrir son rôle précurseur sur la scène arabe, musulmane et non alignée, il est primordial de redonner le prestige, la confiance et les moyens à ce corps d’élite et à ce Département de souveraineté.

 

Il est également urgent d’insuffler un renouveau au niveau des responsabilités au sein du MAE et des postes diplomatiques et consulaires, en amenant à la barre une nouvelle génération de diplomates de carrière talentueux, professionnels, intègres et neutres, issus de l’institut Diplomatique de Formation et des Études (IDFE).

 

Le MAE a mis en place depuis le début des années 90, une formation spécialisée destinée aux futurs Diplomates, qui sont sélectionnés par la voie d’un concours externe. Cette formation a débuté au sein de l’École Nationale d’administration (ENA) avant de donner naissance à L’IDFE et qui devrait à son tour donner un jour naissance à toute une Académie diplomatique, comme dans les pays développés.

 

Chaque promotion de diplomates portait alors le nom d’un ancien diplomate tunisien comme la promotion Mongi Slim, qui fût la première à terminer sa formation académique et pratique de deux ans à l’ENA et qui a intégré le Département des Affaires Étrangères en 1991 avant que ses membres soient appelés à servir leur pays dans les postes diplomatiques à l’étranger. Ces diplomates, aujourd’hui dans la cinquantaine, qui ont désormais une longue expérience dans l’art diplomatique, qu’ils ont acquise au sein du Ministère, dans les postes à l’étranger ou même auprès d’institutions internationales, devraient prendre les rênes à la tête de la diplomatie tunisienne pour assurer son renouveau.

 

Il est également primordial de mettre un terme définitif au parachutage de personnes étrangères au corps et au métier diplomatique et qui ne lui apportent aucune valeur ajoutée. Il est tout aussi important de veiller à éviter les nominations arbitraires sur la base du favoritisme ou pour allégeance partisane, permettant à certains diplomates, dépourvus de toute expérience requise, de brûler les étapes et d’être catapultés dans des postes de responsabilité. Ces parachutage et nominations arbitraires se font au détriment des anciens diplomates méritants, provoquant ce phénomène de frustration et de contestation qui règne jusqu’à ce jours au MAE. 

 

Une autre condition sine qua non pour valoriser le capital humain et ce vivier de compétences, dont regorge le MAE et qui ont longuement attendu leur chance pour accéder aux postes de responsabilité, est la nécessité de l’adoption du nouveau statut du corps diplomatique. Ce nouveau statut, qui a fait l’objet de multiples rounds de négociation depuis plus de deux ans entre le MAE, la fonction publique et l’UGTT, est nécessaire pour garantir un service diplomatique républicain, neutre et professionnel au service de la patrie. “La diplomatie est un métier et la neutralité est une nécessité” résume bien les revendications des diplomates tunisiens qui ont longtemps milité pour l’adoption de ce statut.

 

Les autorités de tutelle devraient s’atteler d’autre part à mettre en place un nouvel organigramme qui prend en compte l’élargissement et les nouvelles attributions du Ministère, ainsi que les nouvelles réalités géostratégiques, dans un monde en perpétuel changement. Cet organigramme devrait intégrer davantage la composante économique qui doit être mise en exergue dans la diplomatie tunisienne. Ceci nécessite une autre réforme de taille à savoir la récupération du dossier de la coopération internationale, qui a toujours été parmi les principales attributions de la diplomatie tunisienne. Le MAE a été amputé de sa deuxième large prérogative, lorsque que l’ancien Président a décidé la création du Ministère de la Coopération Internationale et de l’investissement Extérieur. La coopération internationale est l’essence même du travail diplomatique et la création du Ministère de la coopération n’a fait que disperser les efforts et rallonger les procédures entre les différents intervenants. Cela a négativement influé sur la célérité du traitement des dossiers de coopération, notamment technique et financière avec les partenaires étrangers. Il serait également utile que le MAE récupère un autre dossier, qui a toujours fait partie de ses attributions consulaires, à savoir le dossier des tunisiens à l’étranger, lui aussi tiraillé entre le département des Affaires Étrangères et celui des Affaires Sociales.

 

Sur le plan des représentations diplomatiques à l’étranger, la Tunisie est loin derrière ses voisins sur le plan de la présence, que ce soit en Afrique, en Asie, en Amérique Latine et même en Europe de l’Est. La nécessité d’élargir la présence diplomatique à l’étranger a été reconnue depuis des années sans que cela ne soit mis en œuvre. Le projet d’ouverture d’une Ambassade en Malaisie ou au Mexique date de dizaines d’années mais n’a pas eu lieu jusqu’a ce jour. Il est donc temps de programmer un planning d’ouverture de représentations diplomatiques et consulaires dans ces deux pays, mais aussi en Afrique où la Tunisie est très peu présente, notamment en Afrique Australe et de l’Est. Il serait également utile de penser à moyen terme à l’ouverture même de bureaux d’intérêt sur la côte Ouest américaine notamment au sud du coté de la Californie et au nord du coté de Vancouver au Canada. Ces deux régions, à très forte croissance économique, recèlent d’énormes opportunités de coopération économique, touristique et scientifique, ainsi que de placement de main d’œuvre. La reprise de la tradition des missions itinérantes notamment vers les pays lointains comme en Asie du Sud et du Centre et en Amérique du sud, devrait être envisagée, mais avec une préparation et un suivi adaptés.

 

Ce fût un temps pas si lointain où il était indispensable à tout département ou entreprise publique d’informer le MAE de tout contact, initiative ou programme de coopération entrepris avec des partenaires étrangers.

 

Il était également obligatoire à tout responsable publique d’informer et le MAE et les missions diplomatiques concernées, avant tout déplacement officiel ou de travail à l’étranger et ce dans le but de coordonner et d’harmoniser toutes les initiatives et les programmes entre les différents intervenants tunisiens et leur garantir toutes les chances de succès. L’application de cette directive du Premier Ministère n’est plus respectée, causant beaucoup de tort à nos relations avec des partenaires étrangers. On a même assisté pendant le règne de la Troïka à des visites et des missions de travail, dans des pays étrangers par des Ministres et d’autres hauts responsables, sans que le MAE ni l’ambassade tunisienne dans le pays visité ne soient informés. Il serait donc utile d’informer systématiquement le MAE avant d’entreprendre des programmes de coopération ou effectuer des visites dans les pays étrangers. Il est également indispensable à toutes les représentations tunisiennes à l’étranger relevant de l’ONTT, CEPEX, Ministère de l’Enseignement Supérieur, Tunisair et autres, de mieux coordonner leurs programmes et plans d’action avec la mission diplomatique pour conjuguer et optimiser les efforts de coopération et de promotion dans le pays d’accréditation.

 

Il n’est pas possible de terminer cette réflexion sur l’avenir de la diplomatie tunisienne sans rappeler encore et toujours, qu’il faut doter le MAE et les missions diplomatiques et consulaires à l’étranger, des moyens nécessaires pour mener à bien leur ambition de développement des relations extérieures   et de coopération avec tous les partenaires étrangers et afin de promouvoir notre pays à l’étranger sur toutes ces facettes.

 

Sans la mise en œuvre de ces réformes urgentes et ces programmes de rénovation de l’appareil diplomatique qui s’imposent et sans la mise à disposition des moyens humains, logistiques et financiers nécessaires, il n’est pas possible d’envisager une diplomatie digne de la deuxième République. Une diplomatie qui s’acquitte pleinement de son rôle, au service du développement de la Tunisie, par la mise en œuvre de programmes de coopération, de partenariat et d’attraction des investisseurs, des bailleurs de fonds et des touristes étrangers.

 

C’est l’occasion ou jamais de le faire, en capitalisant sur la transition démocratique pacifique, comme argument, devant les instances financières internationales et les pays frères et amis de la Tunisie.

 

 

 

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