Samedi , 13 août 2022
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Gestion de la crise libyenne: La solidarité n’a pas de prix mais elle a un coût.

 

Les gouvernants semblent chercher des remèdes à une situation qui risque de devenir explosive et des solutions pour remplacer le manque à gagner

 

La crise libyenne commence à peser sur la Tunisie. C’est une phrase extraite de l’interview donnée par le ministre des Affaires étrangères tunisien au journal égyptien « Almasry al youm » dans son édition du 13 août, et qui sonne comme un aveu.

 

Avec un flux de cinq à six mille ressortissants Libyens franchissant les frontières nationales par jour, depuis un mois environ, les visiteurs sont estimés, toujours selon la même déclaration de Mongi Hamdi, à deux millions de personnes, soit 20% de la population tunisienne de dix millions et quelque !

 

La situation est d’autant plus compliquée que les homologues avec lesquels les Tunisiens auraient pu négocier ont disparu derrière la fumée des armes. Et s’il y en a, leur marge de manœuvre est extrêmement limitée pour ne pas dire quasi nulle.

 

Les autorités tunisiennes doivent donc se débrouiller comme elles le peuvent face à cette situation extrême et faire  preuve d’inventivité, le temps que nos voisins règlent leurs affaires.

 

Pour laisser de côté le sentimentalisme bavard à l’origine de slogans « nos frères libyens sont les bienvenus dans leur deuxième pays » tout à fait inutiles en de telles circonstances, la Tunisie a ratifié des conventions internationales, lui enjoignant de ne pas refouler des réfugiés en situation de détresse, fuyant une guerre chez eux. L’honneur du pays et son image sont en jeu, sans parler du très important aspect humanitaire.

 

Cela étant dit, dans le monde entier, l’intérêt national passe avant toute considération. Aussi, l’Etat se doit-il de mettre en place des stratégies pour réussir l’accueil de deux millions d’étrangers sans en faire pâtir la communauté nationale.

 

Les volets économique et éducatif

 

Si le volet sécuritaire a été longuement traité, les autorités semblent avoir pris les mesures adéquates, il n’en est pas de même pour les autres aspects de la question. Du coup, une vague impression de manque de maîtrise circule dans l’atmosphère et une gouvernance approximative semble dominer tous les champs d’activité. Pour preuve : « Une partie de l’économie est subventionnée. Ce surplus de population commence à poser problème », finit par lâcher le ministre des Affaires étrangères dans le même entretien. Les gouvernants semblent chercher des remèdes à une situation qui risque de devenir explosive et des solutions pour remplacer le manque à gagner. Pour l’heure, rien n’a été communiqué, alors que la Libye paraît s’enfoncer dans la crise et non l’inverse. Serait-on amené à montrer sa carte d’identité pour acheter un kilo de couscous ou deux paquets de pâtes ? Ou alors une partie des charges de la caisse de subvention pourrait être alimentée par des fonds libyens.

 

Mais encore. A mesure que la rentrée scolaire se rapproche, des dizaines de milliers d’élèves libyens doivent aller à l’école. Les autorités ont invité les Libyens à construire des établissements pour y accueillir leurs enfants, et prendre en charge les enseignants. Nous ne savons pas encore, dans quelle mesure les Libyens ont répondu ou pas à l’appel. Joint par La Presse, le directeur général de l’enseignement primaire au ministère de l’Education reconnaît qu’il est fort possible d’avoir des enfants libyens à scolariser avant le 15 septembre. La stratégie à appliquer s’adaptera en fonction des données fournies par le ministère de l’Intérieur précisant le nombre des enfants, leur tranche d’âge et la répartition sur le territoire.

 

M. Kamel Hajem ajoute en substance qu’il y aura trois pistes à explorer, les écoles libyennes déjà opérationnelles, tout comme les écoles tunisiennes installées en Libye, conformément à un accord bilatéral entre les deux pays, les écoles privées ; et, si le nombre dépassait la capacité d’accueil de ces deux types d’établissements, les enfants Libyens doivent être intégrés dans les écoles publiques, à condition qu’ils ne soient pas concentrés dans un nombre limité d’écoles. « Nous allons travailler avec les délégations régionales de manière à ajouter seulement trois à quatre élèves, pour ne pas entraver le déroulement des cours, et éviter la surcharge au niveau des classes et, parallèlement, pour faire bénéficier les élèves libyens de leur droit d’apprentissage », détaille le directeur général.

 

L’inévitable test de niveau

 

Une question alors : « Si tel est le cas, comment l’enseignant doit-il procéder pour mettre à niveau l’ensemble des élèves, sachant que les systèmes éducatifs tunisiens et libyens n’ont pas grand-chose en commun, sans oublier les langues, discipline où les tunisiens sont en avance, enfin presque » ? Nous avons le test de niveau auquel sont systématiquement soumis les élèves étrangers, répond le responsable, ou encore les petits tunisiens partis avec leurs parents et rentrés au pays. Un mécanisme supervisé par le conseil pédagogique de l’école primaire. Il n’est pas exclu dans certains cas qu’un élève soit admis en niveau 4 pour la langue arabe et les autres matières et au niveau 2 pour la langue française », répond le responsable en essayant d’être confiant.

 

L’accueil des élèves libyens, assure encore M. Hajem, ne sera jamais entrepris aux dépens des élèves tunisiens. Les recommandations du ministre de l’Education sont claires, a-t-il insisté : « nous allons aider selon nos moyens et nos capacités, jamais au-delà », conclut le directeur général de l’enseignement primaire.

 

Il est également prévu que la Tunisie fasse appel aux organismes et partenaires internationaux qui ont leur expérience dans le domaine et pourront apporter un précieux concours. 

 

Dans un pays qui peine à se relever depuis plus de trois ans, la Tunisie avec les Tunisiens se trouvent dans l’obligation de faire leur devoir vis-à-vis de leurs voisins et de la communauté internationale, en n’oubliant pas cet adage, la solidarité n’a pas de prix, mais elle a un coût.

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