Lundi , 15 août 2022
Page d’acceuil / Un week-end de petites violences en prélude à des semaines de grandes tensions
Triste week-end pour la Tunisie avec une série de violences physiques et morales qui ont touché des militants, des hommes politiques, des journalistes et des prédicateurs. Descente spectaculaire sur la chaîne Ettounsia et ses clients, arrestation musclée du prédicateur octogénaire Houcine Laâbidi, agression physique sanglante de l’homme politique septuagénaire Abdelfattah Mourou, agression verbale du penseur Youssef Seddik, insultes sur un plateau TV entre le leader d’Al Watad Chokri Belaïd et le ministre Mohamed Ben Salem, arrestation pour des motifs fallacieux des deux journalistes Sofiane Chourabi et Yassine Mehdi Jelassi, agression physique par une dizaine de policiers de la militante et enseignante universitaire, Leena Ben Mhenni. Tout cela s’est déroulé en l’espace de 3 jours, en un mois censé être celui de la paix, de la tolérance et de la conciliation. Sans aucun doute, la tension est palpable dans le pays et tout cela ne présage rien de bon pour les semaines à venir. En apparence, les différents incidents survenus ce week-end n’ont aucun lien entre eux. Il est en effet impossible d’imaginer une quelconque relation entre l’agression physique barbare dont a été victime Abdelfattah Mourou et l’arrestation de Sofiane Chourabi. Seulement voilà, la règle est qu’il y a rarement de coïncidences en politique. Et dans le cas du dernier week-end en Tunisie, il y a un peu trop de coïncidences. Il y a un peu trop de faits obscurs, il y a un peu trop de mensonges. Les cas des deux journalistes, de Houcine Laâbidi et d’Ettounsia en sont un exemple. Le premier a été accusé d’atteinte aux bonnes mœurs et d’ivresse sur la voie publique et ce en flagrant délit. L’accusation provient du porte-parole officiel du ministère de l’Intérieur. Une fois libéré, les journalistes ont affirmé qu’ils dormaient tranquillement sous la tente au moment de la descente policière. La consommation d’alcool sur la voie publique reste à prouver, tout comme cette atteinte aux bonnes mœurs dont on ignore totalement sur quoi elle est basée. A moins qu’on nous dise qu’une fille et deux garçons, seuls sur une plage déserte, doivent nécessairement et obligatoirement porter atteinte aux bonnes mœurs ! Absurdité que n’a pas observée le procureur de la République et qui soulève un point d’interrogation : sur quoi le porte-parole du ministère de l’Intérieur s’est basé pour lancer des accusations diffamatoires censées troubler l’ordre public, en l’absence flagrante de preuves ? Le prédicateur Houcine Laâbidi a déclaré devant caméras qu’il a été fortement agressé par des agents de la Brigade criminelle. Accusation rejetée en bloc par le ministère de l’Intérieur. Si le prédicateur a menti, pourquoi le ministère de l’Intérieur n’a réagi qu’avec un communiqué de démenti et non avec une action en justice en bonne et due forme, puisque l’accusation de Laâbidi porte préjudice à un corps souverain représentant l’autorité de l’Etat ? Quant à Ettounsia, un communiqué de la Douane essaie de justifier la descente sur les studios de la chaîne et affirme que cette descente n’a pas touché les clients de la chaîne. Ceci est faux, puisqu’on a des témoignages prouvant le contraire. Enfin, à propos de la manifestation de dimanche dernier, violemment réprimée par les agents de l’ordre, il y a lieu de s’interroger sur les raisons de l’usage de tant de violence contre des manifestants qui ne font que crier et ne ressemblent nullement à des casseurs ? Pourquoi une jeune fille frêle, comme Leena Ben Mhenni, un des symboles de la révolution, est sauvagement tabassée ? Le ministère de l’Intérieur peut toujours dire qu’il ne fait qu’appliquer la loi et que la manifestation était illégale. Il a tout à fait raison en cela, mais pourquoi n’a-t-il pas autorisé cette manifestation afin de permettre cette bouffée d’oxygène et laisser les gens crier en manifestant leur colère et, par là, leur citoyenneté ? Si ces éléments prouvent une chose, c’est qu’il y a un véritable climat de tension et de stress qui règne sur le pays. Conscient de cela, Ennahdha a publié dimanche après-midi un communiqué appelant au calme et rappelant que les guerres commencent d’abord par les paroles. Le communiqué signé par Rached Ghannouchi revient sur les événements des derniers jours, notamment la question d’indemnisation des anciens prisonniers (qui a déclenché une grosse vague d’insultes contre Ennahdha et ses dirigeants), l’égalité des sexes, les coupures d’eau… e hic, c’est que le communiqué qui se voulait conciliant contenait, lui-même, les ingrédients nécessaires pour ajouter de l’huile sur le feu. En effet, Ennahdha se lave de toute accusation et de toute responsabilité du climat tendu régnant sur le pays et accuse les médias et l’opposition d’exagérer la situation. « Ce n’est pas moi, c’est l’autre ». Or, dans le cas d’espèce, les médias n’ont fait que relayer des informations obtenues au hasard de la démission du ministre des Finances ou des fuites des réunions des commissions de l’ANC. A aucun moment, la question des indemnisations n’a fait l’objet d’un débat public lancé par le gouvernement ou le parti au pouvoir. A aucun moment, la question de l’égalité des sexes n’a été préalablement abordée par la troïka. C’est même tout le contraire, on démentait farouchement. Il est donc tout à fait normal que les médias fassent découvrir à l’opinion publique ce qu’ils considèrent comme étant une supercherie. Et il est tout à fait normal que de telles supercheries, quand elles sont découvertes, provoquent des crises de confiance et un climat de tension. Les semaines à venir, une fois l’aïd célébré, vont voir les sujets les plus polémiques débattus à l’Assemblée nationale constituante. On va parler du régime politique que l’on va adopter (parlementaire, présidentiel ou mixte), du mode de scrutin, de l’ISIE et de sa composition, de quelques textes objets de différends dans la constitution, de l’indépendance des médias et de leur instance, de l’indépendance de la magistrature et de leur instance, du budget 2013… Autant de sujets brûlants qui ne laissent personne insensible et qui devraient être précédés par un climat serein et une ambiance saine entre les différents acteurs politiques. Or, c’est tout l’inverse que l’on voit. Comme si l’on avait intérêt à préserver un climat tendu en permanence de telle sorte que ces débats qui vont engager la Tunisie pour des décennies soient bâclés ou n’aient pas lieu. Après les agressions verbales et physiques de ces derniers jours, il y a lieu de s’inquiéter sur le climat qu’on aura après l’Aïd lorsqu’on aura attaqué les véritables problèmes polémiques.

Un week-end de petites violences en prélude à des semaines de grandes tensions

Triste week-end pour la Tunisie avec une série de violences physiques et morales qui ont touché des militants, des hommes politiques, des journalistes et des prédicateurs.

Descente spectaculaire sur la chaîne Ettounsia et ses clients, arrestation musclée du prédicateur octogénaire Houcine Laâbidi, agression physique sanglante de l’homme politique septuagénaire Abdelfattah Mourou, agression verbale du penseur Youssef Seddik, insultes sur un plateau TV entre le leader d’Al Watad Chokri Belaïd et le ministre Mohamed Ben Salem, arrestation pour des motifs fallacieux des deux journalistes Sofiane Chourabi et Yassine Mehdi Jelassi, agression physique par une dizaine de policiers de la militante et enseignante universitaire, Leena Ben Mhenni. Tout cela s’est déroulé en l’espace de 3 jours, en un mois censé être celui de la paix, de la tolérance et de la conciliation.
Sans aucun doute, la tension est palpable dans le pays et tout cela ne présage rien de bon pour les semaines à venir.

En apparence, les différents incidents survenus ce week-end n’ont aucun lien entre eux. Il est en effet impossible d’imaginer une quelconque relation entre l’agression physique barbare dont a été victime Abdelfattah Mourou et l’arrestation de Sofiane Chourabi. Seulement voilà, la règle est qu’il y a rarement de coïncidences en politique. Et dans le cas du dernier week-end en Tunisie, il y a un peu trop de coïncidences. Il y a un peu trop de faits obscurs, il y a un peu trop de mensonges. Les cas des deux journalistes, de Houcine Laâbidi et d’Ettounsia en sont un exemple. Le premier a été accusé d’atteinte aux bonnes mœurs et d’ivresse sur la voie publique et ce en flagrant délit. L’accusation provient du porte-parole officiel du ministère de l’Intérieur. Une fois libéré, les journalistes ont affirmé qu’ils dormaient tranquillement sous la tente au moment de la descente policière. La consommation d’alcool sur la voie publique reste à prouver, tout comme cette atteinte aux bonnes mœurs dont on ignore totalement sur quoi elle est basée. A moins qu’on nous dise qu’une fille et deux garçons, seuls sur une plage déserte, doivent nécessairement et obligatoirement porter atteinte aux bonnes mœurs ! Absurdité que n’a pas observée le procureur de la République et qui soulève un point d’interrogation : sur quoi le porte-parole du ministère de l’Intérieur s’est basé pour lancer des accusations diffamatoires censées troubler l’ordre public, en l’absence flagrante de preuves ?

Le prédicateur Houcine Laâbidi a déclaré devant caméras qu’il a été fortement agressé par des agents de la Brigade criminelle. Accusation rejetée en bloc par le ministère de l’Intérieur. Si le prédicateur a menti, pourquoi le ministère de l’Intérieur n’a réagi qu’avec un communiqué de démenti et non avec une action en justice en bonne et due forme, puisque l’accusation de Laâbidi porte préjudice à un corps souverain représentant l’autorité de l’Etat ? Quant à Ettounsia, un communiqué de la Douane essaie de justifier la descente sur les studios de la chaîne et affirme que cette descente n’a pas touché les clients de la chaîne. Ceci est faux, puisqu’on a des témoignages prouvant le contraire.

Enfin, à propos de la manifestation de dimanche dernier, violemment réprimée par les agents de l’ordre, il y a lieu de s’interroger sur les raisons de l’usage de tant de violence contre des manifestants qui ne font que crier et ne ressemblent nullement à des casseurs ? Pourquoi une jeune fille frêle, comme Leena Ben Mhenni, un des symboles de la révolution, est sauvagement tabassée ?
Le ministère de l’Intérieur peut toujours dire qu’il ne fait qu’appliquer la loi et que la manifestation était illégale. Il a tout à fait raison en cela, mais pourquoi n’a-t-il pas autorisé cette manifestation afin de permettre cette bouffée d’oxygène et laisser les gens crier en manifestant leur colère et, par là, leur citoyenneté ?

Si ces éléments prouvent une chose, c’est qu’il y a un véritable climat de tension et de stress qui règne sur le pays. Conscient de cela, Ennahdha a publié dimanche après-midi un communiqué appelant au calme et rappelant que les guerres commencent d’abord par les paroles. Le communiqué signé par Rached Ghannouchi revient sur les événements des derniers jours, notamment la question d’indemnisation des anciens prisonniers (qui a déclenché une grosse vague d’insultes contre Ennahdha et ses dirigeants), l’égalité des sexes, les coupures d’eau…

e hic, c’est que le communiqué qui se voulait conciliant contenait, lui-même, les ingrédients nécessaires pour ajouter de l’huile sur le feu. En effet, Ennahdha se lave de toute accusation et de toute responsabilité du climat tendu régnant sur le pays et accuse les médias et l’opposition d’exagérer la situation. « Ce n’est pas moi, c’est l’autre ». Or, dans le cas d’espèce, les médias n’ont fait que relayer des informations obtenues au hasard de la démission du ministre des Finances ou des fuites des réunions des commissions de l’ANC.

A aucun moment, la question des indemnisations n’a fait l’objet d’un débat public lancé par le gouvernement ou le parti au pouvoir. A aucun moment, la question de l’égalité des sexes n’a été préalablement abordée par la troïka. C’est même tout le contraire, on démentait farouchement. Il est donc tout à fait normal que les médias fassent découvrir à l’opinion publique ce qu’ils considèrent comme étant une supercherie. Et il est tout à fait normal que de telles supercheries, quand elles sont découvertes, provoquent des crises de confiance et un climat de tension.

Les semaines à venir, une fois l’aïd célébré, vont voir les sujets les plus polémiques débattus à l’Assemblée nationale constituante. On va parler du régime politique que l’on va adopter (parlementaire, présidentiel ou mixte), du mode de scrutin, de l’ISIE et de sa composition, de quelques textes objets de différends dans la constitution, de l’indépendance des médias et de leur instance, de l’indépendance de la magistrature et de leur instance, du budget 2013… Autant de sujets brûlants qui ne laissent personne insensible et qui devraient être précédés par un climat serein et une ambiance saine entre les différents acteurs politiques. Or, c’est tout l’inverse que l’on voit. Comme si l’on avait intérêt à préserver un climat tendu en permanence de telle sorte que ces débats qui vont engager la Tunisie pour des décennies soient bâclés ou n’aient pas lieu. Après les agressions verbales et physiques de ces derniers jours, il y a lieu de s’inquiéter sur le climat qu’on aura après l’Aïd lorsqu’on aura attaqué les véritables problèmes polémiques.

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