Jeudi , 21 septembre 2017

Actualité

Les recommandations de l’UNESCO pour une presse plurielle et indépendante!

Quel état des lieux peut-on dresser de la situation des médias en Tunisie depuis la Révolution du 14 janvier 2011 ? Pour répondre à cette interrogation, l'UNESCO vient juste de publier un rapport qui évalue les changements opérés depuis près de deux ans dans le pays. Baptisé ''Etude sur le développement des médias en Tunisie'', ce document aborde à la fois le cadre juridique de la liberté d’expression, le degré de pluralisme des médias, les performances des médias en tant que plate-forme de débat démocratique ou encore les questions liées aux technologies de l’information et de la communication. Cette étude prend note des progrès qui ont été accomplis depuis la Révolution avec l’autorisation de douze nouveaux services de radio et cinq télévisions. Elle prend note de l'augmentation de journaux indépendants - 228 titres ont été enregistrés fin 2011 - tout en signalant les défis économiques auxquels ils sont confrontés. Elle encourage en particulier les réformes structurelles des radiodiffuseurs de service public pour assurer leur indépendance et note également l’absence d’un système d'autorégulation pour le secteur des médias et de mécanismes de traitement des plaintes du public. La sécurité des journalistes constitue une préoccupation croissante face aux attaques contre les médias. Le rapport souligne surtout l'importance d'adopter les garanties constitutionnelles du droit à la liberté d'expression, à l'accès à l'information et à la liberté des médias, conformément au droit international. Basées sur les normes internationales et les bonnes pratiques, ces recommandations adressées au gouvernement, à la classe politique et aux autorités concernées sont conçues pour aider à la transition démocratique en Tunisie et soutenir une pluralité de médias libres et indépendants qui peuvent servir l’intérêt public sur une assise durable. Il s'agit de10 recommandations pour améliorer le cadre législatif et politique, 2 pour le système de régulation de l’audiovisuel, 3 pour les lois sur la diffamation et autres restrictions sur les journalistes, 2 pour la censure, 3 pour promouvoir un mélange varié de médias publics, privés et communautaires, 4 pour l'attribution de licences et de bandes de fréquences, 3 pour la taxation et la régulation commerciale, 2 pour la publicité, 2 pour que les médias reflètent la diversité de la société, 5 pour un modèle du service public audiovisuel, 1 pour l'autorégulation dans les médias, 1 pour les conditions requises pour le respect de l’équité et de l’impartialité, 1 pour traiter le taux de confiance du public à l’égard des médias, 2 pour la sécurité des journalistes, 4 pour la formation professionnelle disponible dans le domaine des médias, 3 pour préserver l'existence de cours universitaires dans le domaine des médias, 1 pour la présence des syndicats et des organisations professionnelles et 1 pour la pénétration de la presse, de l’audiovisuel et des TIC. Le rapport attire l'attention sur le manque de transparence et d'indépendance dans la nomination des dirigeants des organisations de médias publics et sur l'absence d'un cadre de régulation indépendant pour le secteur de l'audiovisuel.

Ali Lârayedh inspecte l’ambassade de France «des quatre côtés»

Absent, vendredi, lors de l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis, Ali Lârayedh a tenu à descendre lui-même, aujourd’hui, sur le terrain, pour inspecter ses troupes autour de l’ambassade de France. Le ministre de l’Intérieur semble avoir retenu la leçon, avec un certain retard certes, des attaques contre l’ambassade américaine et l’Ecole américaine de Tunis, au quartier des Berges du Lac, vendredi dernier à Tunis, saccagées et incendiées par des groupes de salafistes. M. Lârayedh a été vu, vers midi, parader, à pied, autour du bâtiment de l’ambassade de France et s’enquérir des préparatifs des agents de police disposés sur les lieux et fermant les issus menant à la chancellerie française. Les brigades d'intervention dans les environs de l'ambassade de France. Commentaire sarcastique de Naoufel Ouertani sur Mosaïque FM: «Il a inspecté le bâtiment des quatre côtés», par allusion à la malheureuse phrase du ministre, essayant de justifier les carences du dispositif sécuritaire autour de l’ambassade des Etats-Unis, vendredi dernier : «On attendait les manifestants devant l’ambassade, ils sont venus par derrière».

Bilan de l’attaque de l’ambassade US: Le recul d’Ali Laârayedh

Visiblement, M. Ali Laârayedh, ministre de l’Intérieur, s’est rétracté. Sa prestation avant-hier devant l’Assemblée constituante a déçu. On s’attendait à un compte-rendu exhaustif et franc des événements tragiques de la prise d’assaut de l’ambassade américaine à Tunis il y a une semaine. Il n’en fut rien. Ou plutôt il a été restrictif et évasif. Pourtant, quelques jours auparavant, il avait esquissé un timide mea culpa. Il avait publiquement reconnu, sur un plateau télé, que la semaine avait été éprouvante. Et que ses services y ont reçu des coups durs : mort d’un prévenu sous la torture, viol d’une jeune dame par trois policiers, violences, voies de fait et mort d’hommes lors de la prise d’assaut de l’ambassade US... En quelques jours, le ton a changé. Il semble que des interférences politiques et partisanes aient fait leur entrée en lice. Pourtant, le bilan des victimes et des victimes collatérales est bien lourd. D’abord, une désillusion quasi-définitive des Tunisiens. La peur, la frayeur et l’angoisse du lendemain gagnent des pans entiers de la société. Certains envisagent tout simplement de partir, eux et leur famille. Ensuite, les forces de l’ordre elles-mêmes doutent. On tend à leur faire endosser l’incurie des politiciens. On voudrait bien trouver en eux le bouc émissaire idéal face à la grogne citoyenne. Cela risque de peser lourdement sur leurs prestations à venir. Il y a également nos partenaires étrangers qui ne nous regardent plus du même œil. Cela est dû notamment à l’accumulation des déboires politiques, des tortures et des violations des droits de l’Homme ainsi qu’aux manquements à nos engagements diplomatiques. Et cela survient au mauvais moment. Tout cela alimente en effet la crise de légitimité qui se profile. La date-butoir du 23 octobre 2012 pose sur le tapis la question de la légitimité électorale de l’Assemblée constituante et du gouvernement. La conférence de presse tenue hier par l’ancien Premier ministre et dirigeant de Nidaa Tounes, Béji Caïd Essebsi, est fort révélatrice. Le pays est divisé désormais en trois pôles. Un pôle islamiste conservateur, dirigé par Ennahdha et ses alliés ; un pôle libéral démocratique chapeauté par Nidaa Tounes et ses alliés du Parti républicain et d’Al Massar ; un pôle progressiste coiffé par une constellation de partis de la gauche radicale. Le premier pôle semble actuellement en souffrance, le deuxième monte et le troisième jouerait volontiers les arbitres. Le topo est particulièrement tranché entre les différents pôles. Même si la gauche radicale semble moins importante que ses rivaux d’extrême droite et de droite libérale. On s’attendait à l’émergence d’un gouvernement d’union nationale à l’issue de la série de couacs traduisant l’impasse de l’establishment gouvernemental. La rétraction du gouvernement nourrit plutôt les antagonismes. Retour à la case départ. Point de salut public à défaut d’un mea culpa. Les protagonistes ne veulent guère jouer les sapeurs-pompiers du dernier quart d’heure. Ce qui équivaudrait à les instrumentaliser. Une manière de leur faire porter la responsabilité à l’heure des douloureux bilans. Et l’on ne voit pas comment l’opposition consentirait à endosser le rôle du dindon de la farce. Encore une fois. En renvoyant la responsabilisation aux calendes grecques, le gouvernement fait mûrir davantage les raisins de la colère. Une manière de se desservir politiquement. Parce que, désormais, l’heure des choix électoraux sera aussi, et surtout, un moment de bilans. De passage en revue des pertes et profits. Les préjugés favorables dont bénéficiait M. Ali Laârayedh, aux yeux de l’opinion, s’effritent au fil des jours. Et des vicissitudes sécuritaires et politiques. Ce faisant, il endosse l’interférence de son parti, de ses exigences et de ses prises de position. Au détriment de son portefeuille gouvernemental et de sa stature d’homme politique. Les exigences partisanes ont leurs raisons que la raison ignore.

Interdiction de manifester aujourd’hui sur tout le territoire

Le ministère de l’Intérieur a annoncé hier l’interdiction officielle de toute manifestation sur l’ensemble du territoire national aujourd’hui vendredi «en application des dispositions de l’état d’urgence» en vigueur depuis les événements du 14 janvier 2011. Toute personne qui ne respecte pas cette décision sera sanctionnée conformément aux dispositions de la loi n°4 en date de 1969 régissant les réunions publiques, les manifestations et les rassemblements, souligne un communiqué du ministère de l’Intérieur. Cette mise en garde vient suite à l’appel lancé à travers les réseaux sociaux pour manifester contre la publication par l’hebdomadaire français Charlie Hebdo d’une caricature du Prophète Mohamed.

Justice transitionnelle: Les archives, ces témoins du passé

Serait-il possible, aujourd’hui, en cette étape transitoire, de compter sur notre système d’archivage pour dépouiller les vérités voilées des décennies durant? Qui a accès aux archives des ministères et des administrations publiques, où les dossiers de la corruption et de la malversation sont encore en suspens? Pourquoi n’arrive-t-on pas à mettre en vigueur le décret-loi promulgué au lendemain de la révolution portant droit d’accès à l’information auprès du grand public? Autant de questions à poser pour découvrir les tenants et les aboutissants des affaires des blessés et des martyrs, mais aussi pour mettre le doigt sur les maux et les plaies du passé qui ne cessent de saigner, alors que leurs auteurs courent toujours dans l’impunité totale. Dans ce contexte, comment faire et agir pour rendre justice aux personnes lésées ? D’où l’intérêt et la nécessité d’asseoir la justice transitionnelle, dans son acception la plus large. C’est ce que cherche à mettre en place le ministère des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle. Dès le 14 avril dernier, ce ministère a lancé un dialogue national portant sur la justice transitionnelle auquel ont été conviées toutes les composantes de la société civile en Tunisie, et ce, à travers des forums et des discussions visant à éclairer le public et baliser le chemin à parcourir. Dans cette optique, l’Association tunisienne des gestionnaires des archives a organisé, hier à Tunis, une journée d’étude ayant pour thème «Rôle des archives dans la réalisation de la justice transitionnelle», en présence des archivistes et des professionnels du secteur. Les intervenants se sont penchés sur le système de catalogage et de stockage des documents et des fichiers dans l’administration tunisienne et son apport dans la découverte des vérités et l’incrimination des corrompus. Fouiller dans les annales de l’histoire d’un pays, où régnait la dictature depuis plus d’un demi-siècle n’est guère une mission facile. Cela exige, comme l’a affirmé M. Hedi Jallab, directeur général des Archives nationales, un véritable parcours du combattant, car effectuer des investigations et des enquêtes établissant les preuves argumentaires pour condamner ou acquitter qui que ce soit relève d’une lourde responsabilité. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, la neutralité et la transparence administratives sont de mise dans le traitement des archives et leur conservation, du moment qu’elles jouent le rôle de témoins sur des faits et des pratiques classés dans le tiroir du passé. Ces documents pourraient être, aujourd’hui, la seule piste existante. Mme Asma Shiri Abidi, directrice générale aux services du conseiller juridique auprès du gouvernement, s’est arrêtée sur le programme du gouvernement au sujet de la transparence administrative. Sa communication s’est focalisée sur l’impératif d’exercer le droit d’accès à l’information et aux documents administratifs, dans le but d’asseoir les fondements de la justice transitionnelle. Par conséquent, il importe d’optimiser le décret-loi y afférent qui a été promulgué et amendé en mai 2011. En fait, la sauvegarde des archives publiques, leur exploitation à bon escient et leur mise à la disposition des bénéficiaires, tout en préservant, bien entendu, les données personnelles et la vie privée, feraient certainement partie des supports et documents nécessaires qui contribuent à la restitution des droits et la réalisation de la justice transitionnelle. C’est ce qu’a relevé Mme Mériem Houidi, du ministère de la Justice, lors de son intervention qui s’est articulée autour des axes fédérateurs, à savoir la définition de la justice transitionnelle, celle des archives et son apport dans le dédommagement et la restitution des droits requis, leur appui argumentaire dans la découverte de la vérité. Pour dire que la responsabilité est de taille dans la conservation de la mémoire collective. Cette journée se veut également une occasion pour présenter des recommandations visant à consacrer la neutralité de l’administration et éviter l’instrumentalisation des structures des archives. Elle a pour objectif de sensibiliser les professionnels du secteur quant à la nécessité de protéger les archives de tout risque de dégradation, de dommages ou de perte. Et pourtant, la quête de la vérité n’occulte pas autant de difficultés. Tel est le cas de la commission d’investigation sur les dépassements et abus, créée avant le 14 janvier 2011, dont le responsable est Taoufik Bouderbala. Bien qu’elle ait fait du chemin, cette commission a été confrontée à maints obstacles l’empêchant d’accéder aux archives nécessaires dans le traitement des dossiers des martyrs et blessés de la révolution. «Au cours de notre mission, nous avons été confrontés à des rapports balistiques incomplets, des informations administratives manquantes et à l’absence de preuves fondamentales pour vérification des faits et condamnation des auteurs», déclare M. Mohamed Chihaoui, membre représentant de ladite commission. Des difficultés et des blocages qui auraient fait perdre le droit des plaignants à une justice transitionnelle rapide et équitable.